Wimbledon 1992 ou la mue de la star Agassi en champion

Andre Agassi aura 50 ans mercredi. Toute la semaine, retour sur la carrière d’un des grands personnages du tennis masculin, présent sur le circuit pendant vingt ans, avec des très hauts et quelques bas. Cap ce lundi sur son premier sacre en Grand Chelem, à Wimbledon, en 1992. Là où et quand on l’attendait le moins.

Andre Agassi aura été un paradoxe ambulant. Il a joué jusqu’à plus de 35 ans au tennis, un sport qu’il a longtemps détesté, faute de s’être plongé dedans pour les bonnes raisons. Il a débarqué sur le circuit avec une tignasse pas possible, marque de fabrique capillaire reconnaissable entre mille, pour finir chauve comme un œuf à compter du milieu des années 90. Il n’a pas mis les pieds à l’Open d’Australie des années durant avant de devenir presque injouable sous le cagnard de Melbourne. Et ainsi de suite. Un vrai roi du contre-pied, pour les autres et pour lui-même.

Mais le plus beau et le plus fameux paradoxe de sa carrière reste aussi un des premiers. Baptisé “Le sauveur du tennis américain” à son arrivée sur le circuit, au moment où McEnroe et Connors amorçaient doucement leur déclin, le Kid de Las Vegas n’a cessé de passer à côté de son destin lors de ses premières années. Alors qu’il était en train de se parer d’une étiquette de “loser”, il a ouvert son palmarès majeur là où personne ne s’y attendait, à Wimbledon. Et au moment où même ses aficionados de la première heure commençaient à désespérer de lui.

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Le gazon, cette horreur

Ce n’est pas de voir Andre Agassi remporter un titre du Grand Chelem qui a surpris. Mais bien qu’il accomplisse sa mue définitive de champion ici, à Londres, et maintenant, en ce début d’été 1992. Ce gazon, il l’a longtemps détesté. Lorsqu’il met les pieds à Wimbledon pour la première fois en 1987, à 17 ans, l’Américain tombe sur Henri Leconte. Demi-finaliste l’année précédente, le gaucher français est un client sur herbe.

Agassi, lui, découvre non seulement le tournoi mais aussi la surface. Son rang encore modeste l’a contraint à aller s’entraîner sur les courts couverts, en dur. Résultat, quand il affronte Leconte, jamais il n’a encore mis les pieds sur du gazon, ne serait-ce que pour taper quelques balles. Sur ce court numéro 2, cimetière des éléphants du All England Club, il vit un cauchemar, comme l’a confié dans son autobiographie :

Quel choc ! La balle ne rebondit pas droit, elle ne rebondit pas du tout parce que ce gazon n’est pas du gazon mais de la glace enduite de vaseline. J’ai si peur de glisser que je marche sur la pointe des pieds. (…) Vous pouvez ajouter mon nom à la liste de ceux qui ont expiré dans ce cimetière. Leconte m’assassine. Je dis à Nick (Bollettieri, son entraîneur) que je ne reviendrai jamais ici. Je préfèrerais serrer une nouvelle fois mon père dans mes bras que de remettre les pieds à Wimbledon.

Wimbleodn, 1987 : Andre Agassi au bout de sa vie sur le gazon anglais.Wimbleodn, 1987 : Andre Agassi au bout de sa vie sur le gazon anglais.

Wimbleodn, 1987 : Andre Agassi au bout de sa vie sur le gazon anglais.

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Désir paternel

Son père… Un père qu’Agassi décrit comme colérique, tyrannique et assoiffé de pognon : “La principale raison de son amour pour le tennis. Mon père aimait l’argent, ne s’en excusait pas, et il voyait dans le tennis le moyen d’en gagner.” Surtout à travers son fils. Andre est le plus doué de la fratrie, alors Mike Agassi va miser à fond sur lui. Il le pousse et Andre, qui n’aime guère le tennis, en tout cas pas assez pour se faire à l’idée d’y consacrer une carrière professionnelle, n’osera jamais s’opposer au désir paternel.

Malheureusement pour lui, le jeune Agassi est si doué qu’il perce vite. A 16 ans, pour son deuxième tournoi chez les pros, il atteint les quarts de finale en battant au passage Tim Mayotte, 12e mondial. Il ne s’incline que contre John McEnroe, sans être ridicule (6-3, 6-3). Au cours du match, le Kid a expédié un retour à une vitesse invraisemblable. A la sortie du court, Big Mac n’a retenu que ça : “J’ai joué contre Becker, Connors, Lendl, et personne ne m’a jamais envoyé un retour aussi puissant. Je n’ai même pas eu le temps de voir la balle.”

Son coup droit dévastateur, voilà la marque de fabrique du jeune Américain. Il va vite le porter vers les sommets. Fin 1987, il décroche le premier titre de sa carrière, à Itaparica, au Brésil. Puis un autre, dès son premier tournoi de la saison 1988. Cette année-là, à 18 ans, il atteint les demi-finales de Roland-Garros et de l’US Open, décroche quatre titres supplémentaires, se qualifie pour son premier Masters et se hisse à la 3e place mondiale. Tout va vite, très vite.

Il ne voulait pas être Andre Agassi

D’autant qu’Andre Agassi se voit propulsé instantanément au rang de star. Son coup droit est révolutionnaire ? Son look aussi. Cheveux longs, shorts en jean, puis bientôt cuissards fluos rose ou jaune. Dédé dépote. Les foules deviennent folles de lui. Son sourire ravageur, sa bonhommie apparente. Tout a l’air si facile pour lui, raquette en main ou micro devant la bouche. Mais tout est faux. Les pointes et la crête iroquois sont une perruque masquant sa calvitie naissante et non assumée, il vomit l’exercice médiatique et rêve d’être partout ailleurs que sur les courts.

Roland-Garros 1988 : Andre Agassi débarque avec son short en jean.Roland-Garros 1988 : Andre Agassi débarque avec son short en jean.

Roland-Garros 1988 : Andre Agassi débarque avec son short en jean.

Crédits Getty Images

Il est une star, oui. Mais aussi un adolescent qui ne sait pas bien qui il est lui-même. Certains lui reprochent de vouloir se faire remarquer. Ils n’ont rien compris. Il se cache derrière ces artifices. Alors, voir des fans l’imiter, s’habiller et se coiffer comme lui, tout ça le dépasse. “Je n’arrive pas à comprendre que tous ces gens s’efforcent de ressembler à Andre Agassi alors que, moi, je ne veux pas être Andre Agassi“, écrit-il. Il tente de mettre des mots sur ce mal-être, y compris, parfois, avec des journalistes : “De temps en temps, j’essaie d’expliquer cela dans des interviews, mais je n’arrive pas à m’exprimer convenablement. Vous m’interrogez sur le sujet que je connais le moins bien, à savoir moi-même.”

A plusieurs reprises, il envisage de tout arrêter. A l’été 1987 notamment où, après sa calamiteuse découverte de Wimbledon, il touche le fond dans la foulée à Washington. Il balance ses raquettes, qu’il donne à un clochard de la capitale. Ce pourrait être la fin. Mais à chaque fois qu’Andre Agassi sera sur le point de tout balancer, le tennis va le rattraper par le col. Comme après Washington. Il accepte de jouer une exhibition pour un peu de fric puis s’aligne à Stratton Mountain. Là, il bat Pat Cash, tout juste auréolé de son couronnement à Wimbledon et atteint les demi-finales, où il est tout près de battre le numéro un mondial Ivan Lendl. Tout ça à 17 piges.

Le loser

Voilà pourquoi il a continué, malgré tout. Parce qu’il était “trop bon”. Parce qu’il était convaincu, aussi, de devenir un grand parmi les grands. “J’ai toujours pensé que j’en serais un (grand champion), moi aussi, que je l’aie voulu ou non, confiera-t-il. C’était ma vie, et même si ce n’était pas moi qui l’avais décidé, la certitude de cette perspective était ma seule consolation. Au moins le destin avait-il une logique.” Il paraît même tout tracé.

Mais rien ne sera jamais simple avec Andre Agassi. Installé si vite dans la cour des grands, il se montre incapable de concrétiser ces évidentes qualités par un grand titre. Les prometteuses demies de 1988 en Grand Chelem se transforment bientôt en échecs tous plus frustrants les uns que les autres. Une demie, encore, à Flushing en 1989. Puis trois finales majeures perdues.

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Pire, ces défaites sont concédées alors qu’il abordait ces dernières marches en grand favori : Andres Gomez à Roland-Garros en 1990, Pete Sampras à l’US Open la même année, puis Jim Courier à nouveau à Paris au printemps 1991. Agassi a beau être encore tout jeune et avoir déjà épinglé un Masters à son palmarès naissant, le temps des doutes s’étire dangereusement. Comme si les tourments du jeune homme déteignaient sur ceux du champion naissant.

Pire, il est en train de rater le train de cette génération américaine dont il devait être le fer de lance. Michael Chang, à qui il a botté les fesses pendant des années chez les jeunes, a ouvert la voie avec son improbable titre à Roland-Garros en 1989. Pete Sampras l’a imité à New York en 1990. Puis ce fut au tour de Jim Courier. Son presque clone, formé comme lui à l’Académie Bollettieri. Son grand tourmenteur. A la moitié de la saison 1992, Courier est le nouveau patron du tennis mondial. Il s’est offert trois des cinq derniers tournois du Grand Chelem. Deux “French” et un “Australian”.

Roland-Garros 1991 : Encore raté pour Agassi, battu par Jim Courier en finale.Roland-Garros 1991 : Encore raté pour Agassi, battu par Jim Courier en finale.

Roland-Garros 1991 : Encore raté pour Agassi, battu par Jim Courier en finale.

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Opération commando

Sur la terre battue parisienne, la demi-finale entre les deux hommes a viré à la boucherie lors de ce Roland-Garros 92. Balayé 6-3, 6-2, 6-2 par son rival, Agassi a été bouffé tennistiquement, physiquement, mentalement. Il cogne dans la balle sans aucun fil conducteur. Cette fois, on commence à se demander pour de bon si le natif du Nevada n’est pas en train de passer à côté de sa propre histoire. Celui qui affirme qu’il était convaincu, ce jour-là, après ce match-ci, qu’Andre Agassi gagnerait Wimbledon trente jours du plus tard, est un génie ou un menteur.

Après sa débâcle dans le derby parisien, Agassi est rentré directement chez lui, à Las Vegas. Il joue au golf, pas au tennis. Il ne touche pas une raquette pendant dix jours. Le mercredi 17 juin, soit seulement cinq jours avant le coup d’envoi de Wimbledon, il se décide à appeler en pleine nuit Nick Bollettieri.

J’attendais ton appel“, lui aurait répondu l’homme le plus bronzé de Floride. Le lendemain matin, son protégé débarque à Bradenton pour une session d’entraînement. Deux jours plus tard, le jour même du tirage du tableau de Wimbledon, le clan Agassi débarque en Angleterre. Une véritable opération commando.

Nick Bollettieri et Andre Agassi à Bradenton, en Floride.Nick Bollettieri et Andre Agassi à Bradenton, en Floride.

Nick Bollettieri et Andre Agassi à Bradenton, en Floride.

Crédits Getty Images

Son aversion pour le lieu et la surface s’est estompée depuis l’édition précédente. En 1991, quatre ans après le cauchemar contre Leconte, l’Américain avait décidé de retenter sa chance à Wimbledon. Il y a atteint les quarts, où il a cédé en cinq sets contre son compatriote David Wheaton, mais ce fut le début de sa réconciliation avec l’herbe londonienne.

Pour autant, personne ne lui prête une grande attention à l’entame de cette cuvée 1992. On le surveille du coin de l’œil, guère plus. Et ses premiers pas n’incitent pas à le réintégrer dans la caste des prétendants au titre. Ses deux premiers tours, contre Andrei Chesnokov et Eduardo Masso, s’avèrent poussifs. A chaque fois, il perd la première manche avant de s’en sortir en quatre sets. Dans son autobiographie, Nick Bollettieri se souviendra de son match face au Russe et surtout de l’attitude de son poulain : “Il avait eu un comportement infect avec l’arbitre, Alan Mills. Un type super, mais il n’a pas arrêté de s’en prendre à lui. Andre était à la limite et, franchement, il aurait pu se faire exclure du tournoi.

Becker…

Dans un entretien au New York Times pour les vingt ans de sa victoire, en 2012, Agassi estimera avoir bénéficié d’un coup de pouce du destin avec cette entame de tournoi lui ayant épargné un spécialiste du gazon d’entrée. “Je n’étais pas prêt, jugeait-t-il. J’ai affronté deux joueurs de fond de court et c’est ce qui m’a permis de m’en sortir.”

Il sort ensuite Derrick Rostagno en trois sets puis s’impose à nouveau sans lâcher une manche lors d’un huitième de finale sur mesure face à l’Allemand Christian Saceanu, 176e mondial. Le revoilà en quarts, comme il y a un an. Un autre Allemand l’y attend, et pas n’importe lequel : le maître des lieux, Boris Becker.

Andre Agassi à Wimbledon.Andre Agassi à Wimbledon.

Andre Agassi à Wimbledon.

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Boum Boum est chez lui ici. Lors des sept dernières éditions, il n’a été absent qu’une seule fois de la finale. Avec trois titres et trois finales, Becker reste l’homme à battre à Wimbledon. Mais Agassi n’est pas si mécontent. D’abord, il juge son tournoi d’ores et déjà réussi compte tenu des conditions dans lesquelles il l’a “préparé”. Surtout, il adore jouer Becker. Il reste sur cinq victoires contre lui depuis deux ans et demi, et toujours sur des scènes d’importance : Indian Wells, Roland-Garros, l’US Open et le Masters à deux reprises. “J’espère que le gazon fera la différence en ma faveur, mais avec lui, on ne sait jamais…“, pressent l’Allemand.

Pour l’occasion, Andre a taillé sa barbe. Lors de ce quart de finale, il va jouer sur herbe comme on y joue aujourd’hui. Du fond du court. Contre Becker. Sauf qu’à l’époque, sur ce gazon ultra-rapide au rebond capricieux, personne ne joue comme lui. Vainqueur en cinq sets (4-6, 6-2, 6-2, 4-6, 6-3), il sidère le public anglais… et sa victime. “Je n’ai jamais vu quelqu’un jouer à Wimbledon ce genre de tennis, je veux dire en restant au fond“, soupire Becker.

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McEnroe…

Evidemment, cette victoire change tout. Elle lui ouvre des perspectives. D’autant que c’est un drôle de Wimbledon. Pour la première fois depuis 1984, ni Becker ni Edberg ne figurent dans le dernier carré. Et pour la première fois depuis 1951, aucune des quatre premières têtes de série n’est encore en vie à ce stade du tournoi. Il reste pourtant des clients. Les deux énormes serveurs, Pete Sampras et Goran Ivanisevic, ont rendez-vous dans un duel en mode “tous aux abris”. Agassi, lui, hérite d’une légende des lieux. John McEnroe. Encore un triple vainqueur du tournoi. Mais là aussi, 1984 reste le dernier point d’ancrage de Big Mac au sommet du vénérable club du sud de Londres.

A 33 ans, c’est un retour de flamme pour McEnroe. La plus belle patte gauche de tous les temps espère mettre des poux dans la tête de son jeune compatriote. Il joue à fond la carte de la figure tutélaire, mais il n’a plus grand-chose d’autre à lui opposer. En face, Agassi sort ce qu’il considère toujours aujourd’hui comme “un des meilleurs matches” de sa carrière. “Je me souviens avoir trouvé un équilibre parfait entre contrôle et prise de risques, s’est-il souvenu en 2017 sur la BBC. Je ne ratais rien, tout ce que je tentais, je le réussissais.” McEnroe s’incline 6-4, 6-2, 6-3. On ne le reverra jamais à Wimbledon.

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Pas favori, enfin…

La drôle d’opération commando, montée à la hâte, a donc contre toute attente et presque contre toute logique guidé Agassi vers la finale. Sa quatrième en Grand Chelem. Mais il ne voit pas les choses ainsi. “Ce n’est pas ma quatrième finale de Grand Chelem, c’est ma première finale de Wimbledon“, dit-il après avoir étrillé contre McEnroe. Tout est différent. Et comme il n’est toujours pas à un paradoxe près, même s’il va croiser un débutant à ce niveau de la compétition, il n’est pas, pour la première fois, le grand favori. Face à Gomez, Sampras ou Courier, on attendait de lui une victoire.

Contre Goran Ivanisevic, la donne est différente. Le Croate est pourtant plus jeune que lui. Il n’a que 20 ans. Mais il est déjà une telle terreur sur herbe avec son service dévastateur qu’a minima, chacun comprendrait qu’Agassi, si peu taillé a priori pour ce gazon-là, ne trouve pas la clé.

Il l’avouera dès sa conférence de presse après la finale, cette position a eu valeur de délivrance : “C‘était un tel soulagement de rentrer sur le court pour jouer une finale et enfin, enfin, de croiser quelqu’un qui était supposé me battre. Ce seul sentiment m’a aidé à ne pas avoir l’esprit pollué.”

Toute la quinzaine, Andre Agassi a été d’une sérénité inédite pour lui. Il est arrivé à Wimbledon détaché de tout et a su conserver cet état d’esprit. Dans la maison louée pour lui et quelques proches, il regarde des films, d’horreur souvent, joue aux cartes, au backgammon. On écoute de la musique. On parle de tout et de rien, mais surtout pas de tennis. Il ne jettera même pas un coup d’œil au tableau avant les quarts de finale.

Le 5 juillet 1992, le Centre Court de Wimbledon voit se présenter deux joueurs aux profils si contrastés que pareille opposition de style dépasse peut-être même celle entre Borg et McEnroe plus d’une décennie auparavant. Ivanisevic sert entre 30 et 35 aces par match. Agassi en a claqué 30 sur tout le tournoi. “Mais s’il y en a un ici qui est capable de relancer le service de Goran, a prévenu McEnroe, c’est Andre.”

Assumer d’avoir confiance

La finale sera belle, indécise, parfois un brin chaotique, mais rafraichissante. Agassi va la traverser comme le reste de la quinzaine, nappé d’une certaine tranquillité. Contrairement à ses trois premières finales, qui furent toutes celles des occasions manquées, il saute sur ses rares chances. Après le match, il aura cette phrase : “Je m’étais dit, je m’étais promis même : assume d’avoir confiance en toi“.

Après la perte du premier set au tie-break, il remporte les deux suivants avec un certain opportunisme. Quand il prend 6-1 dans la quatrième manche, on se dit que tout recommence. Que ses démons resurgissent. Raisonnement biaisé. “Je savais que je ne voulais avoir aucun regret, expliquera-t-il en 2017. J’étais déterminé à être audacieux, à tenter des choses. Si je devais perdre, OK. Mais je ne perdrais pas parce que j’étais mort de trouille.”

Andre a la chance de servir en premier dans la manche décisive. Il tient son service tant bien que mal. Puis vient le dixième jeu. Mené 5-4, Ivanisevic n’a plus de soupape de sécurité. Il commet une double faute. Une deuxième. Il recolle à 30 A mais Agassi s’offre une balle de match d’un passing de coup droit gagnant. Plus qu’une balle de match. Une balle de titre, de fin des démons, de certains d’entre eux en tout cas.

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Les voix dans sa tête

Là, pour la première fois peut-être, le Kid de Vegas réalise. “Je me suis dit ‘je suis peut-être à un coup de raquette de gagner Wimbledon“, confie-t-il. Alors il lève le bras pour signifier qu’il n’est pas prêt. Il tourne sur lui-même, Ivanisevic se replace. “J’ai fait ça parce qu’il y avait plein de voix dans ma tête et que la seule que je ne pouvais pas entendre, c’était la mienne, dira-t-il encore après le match devant les médias. J’ai essayé de faire le vide et une dernière fois, j’ai pensé : ‘OK, aucun regret, envoie tout ce que tu peux’.

Sur la seconde balle, son retour dans les pieds pousse Ivanisevic à la faute. 6-7, 6-4, 6-4, 1-6, 6-4. Il l’a fait. Il s’écroule au sol, Ivanisevic est déjà passé de l’autre côté du filet quand il se relève. Il pleure, Bollettieri ne fait pas le fier non plus dans son box. A 22 ans, Andre Agassi vient d’ouvrir son palmarès en Grand Chelem en mettant fin au règne des attaquants à Londres. Lui, l’homme des shorts en jean, a gagné en blanc immaculé. Seule coquetterie, Dédé triomphe avec une casquette sur la tête, une première ici depuis Yvon Petra en 1946.

Il faudra encore du temps, beaucoup de temps à Agassi pour régler tous ses problèmes avec lui-même. Sa carrière sera jalonnée de bien d’autres moments de gloire comme celui-ci, et de passages plus sombres. Il retombera très bas, pour mieux remonter. Complexe, intrigant, indéchiffrable parfois, ainsi sera Agassi, jusqu’au bout ou presque. Mais ce titre à Wimbledon, surgi de nulle part, a tout de même chassé une partie de ses démons. Son destin, comme il le disait, prenait ici du sens. Evidemment, il ne regagnera jamais à Wimbledon. Evidemment, il gagnera partout ailleurs. Le paradoxe. Jusqu’au bout.

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