Violences sexuelles: le témoignage glaçant d’une ancienne athlète de l’équipe de France

Depuis les révélations de Sarah Abitbol sur les violences sexuelles dans le patinage, il y a deux semaines, les témoignages se multiplient et les langues se délient dans d’autres disciplines. Dans une interview accordée au Parisien, Catherine Moyon de Baecque revient sur le cauchemar qu’elle a vécu. L’ancienne lanceuse de marteau a été victime d’agressions sexuelles en 1991, alors qu’elle était âgée de 24 ans. Tout comme l’une de ses coéquipières. Quatre de leurs partenaires en l’équipe de France les ont violées à plusieurs reprises, avec la complicité de l’entraîneur national.

Après une longue bataille judiciaire de deux ans, Catherine est parvenue à faire condamner ses agresseurs, qui ont écopé de peines de prison avec sursis et d’amendes. Mais le monde de l’athlétisme, et même du sport français dans son ensemble, lui a alors tourné le dos. A tel point qu’elle n’est jamais parvenue à redevenir une athlète de haut niveau.

“J’ai été traitée comme une coupable”

“J’ai tout gagné sur le plan judiciaire, sportif et administratif, raconte-t-elle. Mais, ensuite, le monde du sport et de la politique a préféré protéger les agresseurs (qui pour certains ont continué leur carrière en équipe de France, ont participé aux Jeux olympiques) et a mis les victimes à l’écart en essayant de les détruire. J’ai payé très cher le fait d’avoir parlé. De victime, j’ai été traitée comme une coupable.”

Coupable d’avoir brisé l’omerta, Moyon de Baecque a subi d’énormes pressions, des humiliations et même reçu des menaces de mort. Elle livre aujourd’hui quelques anecdotes glaçantes de cette période éprouvante, comme ce rapport de l’Inspection générale de la jeunesse et des sports, rédigé avant le procès de ses agresseurs, qui a conclu qu’elle était “mythomane” et “nymphomane”. Ou la réaction de Robert Bobin, l’ancien président de la fédération d’athlé, qui lui a dit: “Ma petite fille, vous êtes jeunes, vous oublierez!” Un discours que lui a également tenu le directeur de l’Insep, où elle s’entraînait.

“J’ai voulu mourir pour ne plus souffrir”

Dégoûté par ce manque de soutien et ces remarques horribles, qu’elle a aussi subies de la part de certaines femmes, Catherine n’a encore jamais dévoilé publiquement l’identité des personnes qui ont tenté de la réduire au silence. Mais elle compte bien le faire. “Je donnerai les noms plus tard, assure-t-elle. Aujourd’hui, certains doivent avoir du mal à dormir. Je n’ai peur de rien. Plusieurs fois, j’ai cru que j’allais mourir, j’ai voulu mourir pour ne plus souffrir. Mais j’ai apprivoisé mes souffrances, j’ai traversé l’enfer, j’ai surmonté mes fragilités pour me reconstruire.”

En attendant de lever le voile, l’ex-championne de France compte sur les autorités actuelles pour faire bouger les choses. Pour que personne ne revive son traumatisme. “L’Etat doit prouver qu’il ne cautionne plus ces violences sexuelles, estime-t-elle. Il existe une opportunité historique de faire bouger vraiment les choses. À condition de dépasser les effets d’annonce. Il y a urgence.”

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