“Trahison” et “discrimination” : le football italien entre en guerre avec son gouvernement

SERIE A – Haute tension en Italie. Alors que la reprise des entraînements des clubs de football, espérée le 4 mai, a été repousée de presque quinze jours, la Ligue italienne a décidé de s’en prendre directement au gouvernement. Entre “trahison” et “discrimination”, le Calcio se sent pris pour cible.

C’était probablement la goutte de trop. Persuadé d’obtenir le feu vert pour

la reprise de ses entraînements, le Calcio est tombé de haut, dimanche soir, au moment de l’allocution du Premier ministre Giuseppe Conte. En coulisses, tout semblait pourtant fixé pour la date du 4 mai. Mais concernant “les sportifs collectifs“, c’est finalement celle du 18 mai qui a été annoncée par le chef du gouvernement italien. De quoi faire déborder le vase de la Ligue italienne de football, qui n’hésite pas à parler d’une véritable “trahison” de Vincenzo Spadafora, le ministre des Sports.

Les entraînements collectifs vont reprendre le 18 mai en ItalieLes entraînements collectifs vont reprendre le 18 mai en Italie

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Les entraînements collectifs vont reprendre le 18 mai en Italie

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Nous sommes certains de la route qui a été prise“, a par ailleurs affirmé Gabriele Gravina, le patron de la Fédération italienne de football (FIGC). Ce dernier semblait pourtant optimiste avant cette fameuse soirée de dimanche. Le Comité scientifique avait jugé le protocole de reprise des entrainements “insuffisant” ? “Nous sommes prêts à le modifier pour repartir au plus vite“, avait-il expliqué. Visiblement, sa bonne intention n’a pas suffi. Les équipes de Serie A vont devoir (encore) attendre avant de rouvrir leurs centres d’entraînement. Lundi, la Gazzetta dello Sport expliquait que l’Inter Milan, par exemple, avait déjà tout préparé pour le 4 mai. En vain.

“Discrimination”

Personne ne peut dire quand le football reviendra, nous confie Paolo Condò, journaliste historique de la Gazzetta dello Sport. Mais il doit se préparer, comme toutes les autres industries, à redémarrer. C’est comme un remplaçant à qui on demande de rentrer sur le terrain. Un joueur doit s’entraîner, même individuellement. L’interdiction d’accéder aux centres d’entraînements m’est incompréhensible. J’ai bien peur qu’une faction de la politique italienne, représentée par le ministre des Sports, veuille imposer une vision paupériste de la société pour frapper les riches de Serie A – qui a aussi ses fautes – à coup de réthorique“.

Furieuse, la Lazio Rome a été le premier club à réagir de manière officielle. Président, joueurs, dirigeants : tout le monde est sorti du bois. Avec un seul homme dans le viseur. “Je ne sais pas quel est l’objectif de Vicenzo Spadafora, mais il ne veut pas de bien au football“, a par exemple lâché Igli Tare, le directeur sportif du club romain. Marco Parolo, le milieu de terrain des Biancocelesti, a encore été plus dur en parlant de “discrimination” pour les footballeurs.

Nous ne sommes pas traités de la même manière, c’est évident que quelqu’un ne nous veut pas du bien“, a-t-il regretté. Son coéquipier et capitaine Francesco Acerbi lui a emboîté le pas : “S’ils ouvrent les parcs publics, il serait juste de le faire aussi avec les centres d’entraînement. Nous aimerions comprendre pourquoi nous ne serions pas en sécurité (…) En reprenant le 18 mai et non le 4, le risque de ne pas finir la saison est grand. Nous avons été abasourdis par ces annonces.” Ancien grand gardien italien, Walter Zenga, désormais entraîneur de Cagliari, a quant à lui dénoncé un manque de cohérence des mesures annoncées. “Ça me paraît absurde“, a-t-il lâché à Sky Italia.

Un complot, quel complot ?

Cible de toutes les critiques, Vicenzo Spadafora a décidé de se défendre. Pour lui, il n’y a ni “trahison“, ni “complot” éventuel contre le football. “La bataille contre le coronavirus n’est pas encore gagnée pour notre pays, a-t-il prévenu lors d’un direct sur Facebook. Je sais que le football est important économiquement et socialement. Mais il faut repartir en sécurité pour éviter une nouvelle vague de contaminés. Les sports individuels reprennent avant pour une raison évidente : ils concernent moins de personnes et ont des exigences d’organisation plus simples. Si le Comité scientifique parvient à corriger le protocole établi par la FIGC, les entraînements collectifs reprendront le 18 mai. Mais cela ne veut pas dire que le championnat reprendra forcément.

Vincenzo SpadaforaVincenzo Spadafora

Vincenzo Spadafora

Crédits Getty Images

Face à l’hypothèse d’une non-reprise, le manque à gagner pour le football italien est estimé à environ 700 millions d’euros (billetterie, sponsors, merchandising etc…). Selon la Repubblica, dix clubs de Serie A risqueraient la faillite. Un scenario catastrophe que personne ne veut réellement envisager. “J’ai la sensation que le football est perçu comme un divertissement et non comme la troisième industrie du pays“, nous explique Paolo Condò. Problème, son éventuelle reprise continue à susciter beaucoup de scepticisme du côté des scientifiques. Voici les points qui posent problème selon la Gazzetta dello Sport :

  • Trop de personnes sont concernées. Entre joueurs, staff technique, médecins, physiothérapeutes et salariés : chaque club devrait isoler un “groupe-équipe” de 50 à 70 personnes. C’est trop.
  • La difficulté à limiter les contacts avec les personnes extérieures.
  • Les déplacements seraient trop nombreux en cas de reprise du championnat.
  • La disponibilité et le coût des tests (sérologiques et virologiques) liés au coronavirus.
  • Si un test se révèle positif, tout le “groupe-équipe” devra être mis en quarantaine selon les scentifiques.

De son côté, la Fédération italienne de football a assuré ces dernières heures qu’aucun accord “n’a été trouvé” avec le gouvernement italien concernant une date de reprise de la Serie A. “Aucune indication n’a été donnée“, ont précisé plusieurs sources de la FIGC à l’agence de presse ANSA. En France, le coup de sifflet final de la saison a officiellement été sifflé par le Premier ministre Edouard Philippe ce mardi. Pour l’heure, ce n’est toujours pas le cas en Italie. Question de temps ?

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