Tournoi des six nations : les Bleus braconnent en terre galloise et songent au grand chelem

Elu homme du match, Romain Ntamack a inscrit l’essai de la victoire côté français, après une interception.

Elu homme du match, Romain Ntamack a inscrit l’essai de la victoire côté français, après une interception. GEOFF CADDICK / AFP

« Braconner, c’est aller dans les bois la nuit et en revenir avec de quoi garnir une marmite. » D’après l’auteur du cru Roald Dahl, qui possède une place à son nom à Cardiff, les braconniers s’attaquent à toute sorte de gibier, mais dans sa région, ils chassent surtout le faisan.

En la matière, foin de faisans, mais samedi 22 février les dindons de la farce furent Gallois. En s’imposant dans la marmite remplie à ras bord du Millenium Stadium de Cardiff (27-23), le XV de France a signé sa troisième victoire de rang dans le Tournoi des six nations. La première à l’extérieur pour l’escouade de Fabien Galthié, dix ans après la dernière victoire française dans la capitale galloise.

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Les Bleus le savaient : pour devenir la première équipe à faire tomber les tenants du titre dans leur antre bouillante depuis trois ans, il leur faudrait résister à tout. « On va à Cardiff pour se faire respecter ! On va à Cardiff pour montrer qui nous sommes », avait insisté Fabien Galthié jeudi.

Les spectateurs du Millenium Stadium ont vu. Au sortir de ce « test de maturité », les Français avaient le sourire éclatant. De ceux qui ont réussi le coup. Et, pour une fois tenu, la distance. « Nous savions que nous étions capables de maintenir l’intensité, et d’aller matcher avec eux pendant 80 minutes », a savouré le coach français.

Pour les observateurs, comme pour les Gallois, c’était une nouveauté. Alors que les Bleus maîtrisaient à merveille l’art de perdre en seconde période, leurs adversaires avaient pour eux les statistiques. Et la certitude d’avoir remporté plus de la moitié des sept dernières rencontres à domicile où ils étaient menés à la pause. Jusqu’à ce samedi.

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Battre les Gallois à leur propre jeu, en mêlée

Car une nouvelle fois, le XV de France a démarré en trombe. Anthony Bouthier a profité de la première vraie offensive bleue pour prendre à revers la défense galloise et s’en aller inscrire son premier essai sous le maillot frappé du coq.

Quelques minutes après un essai refusé à l’ailier de circonstances, Gaël Fickou, pour un en-avant, Paul Willemse a concrétisé la domination française, portant l’avance des siens à onze points à dix minutes de la pause.

Portés par le stade de Cardiff, les tenants des Six Nations n’entendaient pas abdiquer. Après avoir mis la pression cette semaine sur l’arbitre à propos de la mêlée, c’est sur cette partie technique de la rencontre que les expérimentés hommes en rouge ont tenté de piéger les jeunes Bleus. En vain, à l’image des dix dernières minutes, où après avoir enchaîné plusieurs mêlées dans leurs cinq mètres, les Bleus ont inversé la tendance.

Portés par l’entrée fracassante du pilier remplaçant – « finisseur », insiste Galthié, qui ne parle cette année que de « titulaires et de finisseurs » – Demba Bamba, les coéquipiers de Charles Ollivon ont récupéré la balle. « Sur cette mêlée, la performance de chacun est primordiale, a salué le capitaine français. On n’a pas reculé alors qu’ils ont pris mêlée sur mêlée, et on a même pris le dessus. On l’a senti à l’intérieur. »

Battus à leur propre jeu, les Gallois s’en sont pris à l’autorité, regrettant après le match que l’arbitre n’ait pas choisi d’infliger un essai de pénalité aux Français après une série de mêlées écroulées à quelques mètres de leur ligne. « On l’a bien vu, peut-être que sur cette décision, ils ont au tort », a soufflé l’entraîneur Wayne Pivac.

Il ne s’est pas étendu en revanche sur la décision, quelques minutes plus tard d’accorder un essai limite à Dan Biggar. Ayant perdu la balle avant d’aplatir, l’ouvreur gallois s’en est ressaisi pour marquer. Il a beaucoup parlé à l’arbitre, bien aidé par la pression des 73 931 spectateurs, pour obtenir gain de cause.

Essai décisif après interception

Une façon pour les tenants du titre de faire abstraction des vingt minutes durant lesquelles ils ont joué à quinze contre quatorze, après les cartons jaunes de Grégory Alldritt (en fin de première période) et de Mohamed Haouas (en fin de seconde). Sans jamais parvenir à fendre la cuirasse française. « Quand on a vu leurs regards un peu perdus à la fin de la première mi-temps, quand ils pilonnent sur notre ligne et qu’on s’en sort à quatorze sans prendre de point, ça nous a donné un surplus d’énergie », a dévoilé Romain Ntamack.

Parfait au pied, le demi d’ouverture toulousain a également signé l’essai de la victoire pour les Français : il a intercepté un ballon d’attaque gallois alors que les vagues rouges revenaient incessamment sur les défenseurs français, s’en allant tout seul, au terme de cinquante mètres de course, marquer, et assommer les Gallois, revenus quelques minutes plus tôt à un point des Bleus.

« Sur le coup, c’est tout ou rien. Soit il y a essai pour nous, soit c’est pour eux, donc je tente. Il y a encore des Gallois derrière, donc s’il n’y a pas ça, il y a essai pour eux », a souri le Toulousain. Un essai après une « défense offensive » qui a rendu heureux Shaun Edwards, l’entraîneur chargé de la défense française, qui en a fait son credo. « On était sur un temps faible, ça nous met la tête hors de l’eau, ça les enfonce un peu plus. ça leur fait mal et nous donne un supplément d’énergie pour tenir jusqu’à la 80e minute. »

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Les Français ont pour le moment du mal à prendre du recul, et savourent l’instant, même s’ils gardent « l’idée d’un grand chelem dans un coin de la tête », à en croire Teddy Thomas – le seul qui a concédé y songer. Ils peuvent aussi faire leurs les mots de Roald Dahl : « Le braconnage est un art. Un grand braconnier est un grand artiste. » Samedi, ils étaient quinze, et le gibier était gallois.

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