Toulon: Didier Demory, des terrains de rugby au service réanimation de l’hôpital

Didier Demory, quel est votre quotidien de médecin pendant cette crise sanitaire?

Avec l’épidémie de coronavirus, mon activité au niveau du RCT s’est arrêtée car les joueurs sont au chômage technique. L’hôpital m’a demandé de redevenir à une activité totale au sein du service de réanimation. Ma formation d’anesthésiste-réanimateur m’a logiquement amené à être appelé en renfort. Les conditions sont évidemment très différentes par rapport à notre activité dans le monde du rugby. Mais on y retrouve un travail d’équipe. Un médecin du sport travaille avec des préparateurs physique, des kinésithérapeutes, des ostéopathes. En réanimation, le docteur ne peut pas soigner un malade s’il n’est pas entouré d’une infirmière, d’une aide-soignante, d’un kiné, etc. Mais aussi de tout ce qui entoure le soin. Il y a des techniciens, des ingénieurs, des pharmaciens. Et beaucoup de personnel qui s’occupe, ici, à l’hôpital Sainte-Musse notamment de faire le ménage toutes les trois ou quatre heures pour que l’on soit dans des situations d’hygiène optimal. C’est un travail collectif.

Il était important pour vous de répondre présent dans une telle période?

On est soignant avant tout. Quand on vit une période comme celle-ci, on doit essayer de participer à l’élan national. Même les médecins à temps plein dans les clubs se sont, pour beaucoup, portés volontaires pour pouvoir venir aider. Moi, j’enchaîne généralement des gardes de 24 heures, des astreintes à domicile et des périodes de repos. L’hôpital a, ici, triplé sa capacité de lits de réanimation et avait donc besoin de personnel. C’est une situation hors-normes, une catastrophe sanitaire. On ne pensait pas vivre ce genre de moments et il faut tirer un coup de chapeau aux équipes hospitalières. Les conditions sont loin d’être similaires mais, dans le sport de haut niveau, on est également habitué à gérer l’urgence. Quand on est soignant, on ne se pose pas de questions. C’est notre métier.

Avez-vous le temps de rester en contact avec “vos” joueurs du RCT?

Oui, grâce à mon staff médical qui m’envoie de nombreux messages et gère parfaitement la situation. On a différents problèmes dans une équipe de rugby. On a les joueurs qui vont bien. On les contacte deux fois par semaine pour faire un point avec eux. Ils ont un programme quotidien de préparation physique. Il y a même un challenge, qui a été mise en place par notre préparateur physique, Alex Marco, pour apporter un peu d’émulation et marquer des points, c’est plus ludique. 

Et il y a les blessés, qu’il faut surveiller à distance, comment faites-vous?

C’est l’aspect le plus embêtant pour nous. Actuellement, le club est fermé. Le confinement fait que les soins de kinésithérapie ne sont pas préconisés. Les moyens de protection, comme les masques ou les gants, sont dédiés au secteur à l’hôpital et aux services de santé prioritaires. Si on prend l’exemple d’un joueur qui vient de se faire opérer, sa rééducation se fait via des moyens inhabituels. On fait des séances par WhatsApp, FaceTime. Ces vidéos nous permettent de les suivre et de leur donner un programme d’exercices assez précis. Un kiné travaille généralement avec ses mains. Evidemment, à distance, ce sont des conditions atypiques. Mais on s’adapte… Le chirurgien qui a opéré notre blessé a récemment fait avec lui une téléconsultation pour vérifier que la convalescence se passe bien.

Quel retour d’expérience ferez-vous dans votre club après cette période d’activité au cœur de l’hôpital?

Déjà, on ne sait pas quand l’entrainement et la compétition reprendront. Ce n’est pas moi qui l’ai dit, c’est le président de la République. On est confiné… au moins jusqu’au 11 mai. Et tout est évolutif d’ici au 11 mai. Pour vivre au quotidien ce virus dans un hôpital, tout ce qu’on a pu prévoir est souvent confronté aux nouvelles connaissances que l’on acquiert sur ce virus. Et, donc, tout est amené à évoluer au fil du temps. Pour moi, la question n’est pas de savoir quand est-ce que l’on reprend, mais dans quelles conditions! Il faudra bien faire comprendre aux sportifs, aux dirigeants et à tous les acteurs d’un club qu’il y aura un avant et un après. De plus en plus d’études nous montrent que ce virus est susceptible de revenir à différentes périodes de l’année, pas comme une grippe. Il faudra gérer cette incertitude tant qu’on n’aura pas de vaccins.

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