Serena indestructible, 16-14 au 3e : Le top 50 des matches de l’Open d’Australie (10-6)

Par Maxime BATTISTELLA, Rémi BOURRIERES et Laurent VERGNE

Open d’Australie

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IL Y A 5 HEURES

6. Serena Williams – Kim Clijsters

Edition : 2003
Demi-finale
Vainqueur : Serena Williams (Etats-Unis)
Adversaire : Kim Clijsters (Belgique)
Score : 4-6, 6-3, 7-5

Peut-être une des plus grandes victoires de la carrière de Serena Williams. Une de ses plus mémorables à coup sûr, en tout cas. Si c’est bien en finale, où elle battra sa grande sœur Venus pour la 4e fois consécutive pour un titre en Grand Chelem, que Serena a parachevé son “Serena Slam”, c’est son succès en demi-finale contre Kim Clijsters qui demeure le plus inoubliable. Un vrai miracle, une bataille épique, et la matérialisation de ce qui, plus encore que son jeu, aura fait l’essence de la championne qu’elle est : une féroce absence de renoncement.

Venus s’est déjà qualifiée pour la finale en battant Justine Henin dans le premier duel “belgo-williamsien” du jour lorsque Serena rentre sur le central de Melbourne avec Kim Clijsters. Son ainée est d’ailleurs dans les tribunes pour l’encourager. Mais rien n’est simple pour la cadette : elle perd le 1er set, affiche un certain opportunisme pour empocher le 2e puis se retrouve dans une situation désespérée lorsque Clijsters mène 5-1 dans la manche finale.

Depuis une demi-heure, Serena souffre de ces trois ampoules au pied droit qui lui pourrissent la vie depuis le début de la quinzaine. Il ne lui reste plus qu’à s’accrocher. “D’abord, je me suis dis ‘pas question que tu perdes 6-1. Puis, je ne veux pas perdre 6-2“, raconte-t-elle. Elle ne perdra ni 6-1 ni 6-2. Elle ne perdra pas du tout. A 5-2, il n’a pourtant manqué qu’un point à la Flamande. Mais Williams a écarté deux balles de match, la seconde sur une volée de coup droit en extension. Elle remporte les six derniers jeux pour s’en tirer sur un fil.

Pour Clijsters, le coup est rude. La jeune Belge, 19 ans à l’époque, tourne alors autour de son premier titre majeur. Elle réfute avoir trembloté au moment d’achever la bête : “Je n’étais pas nerveuse du tout. Elle a juste commencé à taper beaucoup plus de coups gagnants à partir du moment où j’ai mené 5-1 dans le 3e set. Je suppose que c’est pour ça qu’elle est N°1 mondiale et qu’elle gagne tout.”

La miraculée a terminé avec 65 fautes directes contre 33 à son adversaire. Mais la grandeur d’une championne se manifeste plus que jamais quand elle n’est pas au sommet de son expression. Au 1er tour, déjà, Serena Williams avait frôlé l’élimination contre Emilie Loit. Cette fois encore, elle a vu la sortie de près. “J’ai toujours été une battante, dit-elle. Je ne sais pas d’où ça vient, c’est en moi, c’est inné.” Mais elle s’en est tirée, encore et toujours. Lors de cette période dorée de sa carrière, à la fin, c’est toujours Serena qui gagne.

7. Monica Seles – Steffi Graf

Edition : 1993
Finale
Vainqueur : Monica Seles (Yougoslavie)
Adversaire : Steffi Graf (Allemagne)
Score : 4-6, 6-3, 6-2

1993. Le tennis féminin est un monde dominé par Monica Seles. De la tête et des épaules. Depuis le début des années 90, la Yougoslave s’est imposée comme la patronne, reléguant la pourtant immense Steffi Graf au rang de première dauphine.

1991 : Petit Chelem.
1992 : Petit Chelem.

Seul Wimbledon lui résiste encore. Absente en 1991, elle s’est inclinée en finale l’année suivante. Contre Graf, évidemment. Pour le reste, elle rafle tout. A Melbourne, en janvier 1993, la finale les réunit à nouveau, comme de bien entendu. Un peu moins aboutie que leur finale à Paris au printemps précédent (impossible, à vrai dire, d’égaler ce chef-d’œuvre), celle-ci va aussi valoir le détour. Il n’est pas exagéré de parler de match extraordinaire. C’était leur norme, tout simplement.

Steffi Graf a assuré ne pas nourrir le moindre début de complexe contre celle qui est venue bouleverser sa marche triomphale sur le circuit. Et le début de rencontre semble le confirmer. C’est elle qui frappe la première et prend les devants au score (6-4). Mais sur le long terme, elle semble toujours un peu à court de solutions contre la madone de Novi Sad. Comme s’il lui manquait toujours le dernier coup de rein.

Sans surprise, cette affaire se règle en trois sets. Deux jeux, ceux de la bascule, disent tout de ce qui sépare les deux championnes. Seles signe d’abord le break à 3-2. Puis, dans le jeu suivant, alors qu’elle fait face à une balle de débreak, elle claque son service le plus rapide de la finale. Ace. “Je me suis dit ‘prends le risque, vas-y’. Et ça a payé”. Et c’est tout sauf un hasard. Monica tient sa mise en jeu et Steffi rend les armes dès le jeu suivant.

Ce qui rend Seles si difficile à battre ? “Sa volonté et sa confiance en elle“, répond Graf. Elle est effectivement bien plus qu’une formidable machine à cogner à deux mains des deux côtés, ce qu’elle est aussi. A 19 ans, Monica Seles décroche son 8e titre du Grand Chelem, le 7e sur les neufs derniers Majeurs disputés. Elle semble partie pour régner des années, écrire la légende du tennis et peut-être battre tous les records.

Trois mois plus tard, agressée au couteau en plein match à Hambourg par un supporter allemand de Steffi Graf, Gunther Parche, Seles voit sa carrière partiellement brisée. Au-delà des blessures physiques, elle souffre de dépression. Il lui faudra plus de deux années pour retrouver les courts. Steffi Graf, elle remportera les quatre tournois du Grand Chelem suivants pour redevenir l’ogresse du circuit WTA. Rarement un évènement hors-terrain aura à ce point changé le cours de l’histoire du sport.

8. Margaret Court – Evonne Goolagong

Edition : 1971
Finale
Vainqueur : Margaret Court (Australie)
Adversaire : Evonne Goolagong (Australie)
Score : 2-6, 7-6, 7-5

Avant de devenir le nom d’un des courts principaux de Melbourne Park puis de perdre ce statut et un sujet de controverse jusque dans son propre pays, Margaret Court a été une immense championne, véritable gloutonne du Grand Chelem. Avec 24 titres majeurs, hommes et femmes confondus, elle détient d’ailleurs toujours le record absolu de victoires dans les quatre plus grands tournois du tennis mondial. Près de la moitié de cette razzia a été effectuée chez elle, en Australie, où elle a conquis pas moins de onze titres.

Lorsque débute l’édition 1971, son bilan à domicile est le suivant : 11 participations, 10 titres, une finale. Double championne sortante, elle fait office de grandissime favorite, eu égard à son statut et à son passé, mais aussi en raison des circonstances. Parmi les dix meilleures joueuses du monde, elle est la seule à figurer dans le tableau.

La tête de série numéro deux, sa compatriote Evonne Goolagong, ne compte pas encore parmi les plus grandes références du circuit. A 22 ans, ses références restent marginales, avec un seul petit quart de finale en Grand Chelem. Si la finale, qui les voit s’affronter, est logique au regard de la hiérarchie du tableau, l’écart entre les deux joueuses apparait disproportionné. Elle dispute sa première finale de Grand Chelem, Court sa 25e.

Les deux joueuses ont appris à se connaitre. Elles ont disputé le double ensemble et n’ont pas laissé échapper le titre. La toute jeune Evonne pourrait (devrait) être impressionnée par celle qui lui sert de mentor, mais le fait d’avoir partagé le court avec son illustre ainée l’a décomplexée en démythifiant au moins partiellement Court.

Dans cette finale, elle ne va cesser de surprendre. D’abord en dominant (nettement) le 1er set. Ensuite en surmontant sa déception d’avoir laissé filer le 2e, au tie-break alors qu’elle entrevoyait la victoire. Dans ce jeu décisif, elle ne marque pas un point. Tout le monde pense alors que l’histoire est déjà écrite : Goolagong a laissé passer sa chance, Court va s’imposer. Encore.

C’est vrai, elle va s’imposer, mais après avoir été encore plus au bord du précipice. Dans la dernière manche, la reine Court se retrouve menée 5-2. Mais une fois encore, Miss Maggie va s’en sortir. Elle aligne les cinq derniers jeux et rafle son 10e “Australian”. Comme elle l’écrira plus tard : “Je n’arrêtais pas de dire à Evonne que la vraie championne était celle qui se battait sur chaque point, quoi qu’il arrive, sans jamais abandonner. Dans cette finale, je venais de mettre en pratique cette théorie“. Aux dépens de la malheureuse Goolagong.

Mais cette dernière apprend vite. Cette année 1971 sera celle de sa grande révélation. Après sa finale perdue à Sydney, elle remportera Roland-Garros puis Wimbledon, battant en finale à Londres une certaine Margaret Court. Evonne Goolagong sera désignée sportive australienne de l’année.

9. Chanda Rubin – Arantxa Sanchez

Edition : 1996
Quart de finale
Vainqueur : Chanda Rubin (Etats-Unis)
Adversaire : Arantxa Sanchez (Espagne)
Score : 6-4, 2-6, 16-14

Chanda Rubin a joué une demi-finale de Grand Chelem dans sa carrière, à l’Open d’Australie 1996 – ce qui lui a permis d’atteindre peu de temps après la 6e place mondiale, son meilleur classement, à 20 ans – et le moins que l’on puisse dire est qu’elle a gagné cet honneur de haute lutte : 16-14 au 3e set face à Arantxa Sanchez, au terme d’un bras de fer de 3h33 qui reste le plus long match féminin de l’histoire de l’Open d’Australie en nombre de jeux (48, ex-aequo avec le Halep-Davis 2018), même si son record de durée a ensuite été battu (restez connectés…)

L’Américaine aurait pu faire plus court, c’est indéniable. Elle mène 6-4, 2-0. Elle mène encore 4-1 au 3e set. Elle obtient deux premières balles de match à 4-5. Elle aurait pu perdre aussi puisque Sanchez sert pour la victoire à 6-5 et 8-7. Finalement, après en avoir manqué deux nouvelles balles de match à 13-14 et une autre encore à 14-15, Rubin finit par conclure à sa 6e opportunité, d’une superbe volée de coup droit. Il est alors 22h43.

Oui, l’Américaine aurait plus faire court. Et elle aurait aimé, d’ailleurs. “Je me sentais mal pour le public car je savais que tout le monde attendait impatiemment le match entre Agassi et Courier”, dira-t-elle ensuite en rigolant. Un choc Agassi-Courier qui sera finalement reporté au lendemain au bout de 9 jeux, en raison d’une grosse averse et d’un horaire définitivement trop tardif.

Le problème, c’est que Chanda ne sait faire que long, dirait-on. L’année précédente, elle avait remporté ce qui reste toujours, pour le coup, le plus long match féminin de l’histoire de Wimbledon : 17-15 au 3e set et 3h45 de jeu au 1er tour face à la Canadienne Patricia Hy-Boulais). Quelques semaines plus tôt, à Roland-Garros, elle avait gagné ce 3e tour mémorable contre Jana Novotna après avoir été menée 5-0, 40-0 au 3e set et sauvé neuf balles de match.

Et puis, parfois, cela tourne en sa défaveur, aussi. Ainsi, lors de cet Open d’Australie 1996, elle perdra finalement sa demi-finale contre Monica Seles après avoir mené 5-2 au 3e set (et obtenu deux balles de 5-1). Mais elle se consolera en gagnant le double dames, son seul titre du Grand Chelem. Avec qui ? Avec Arantxa Sanchez, bien sûr.

10. Steffi Graf – Chris Evert

Edition : 1988
Finale
Vainqueur : Steffi Graf (Allemagne)
Adversaire : Chris Evert (Etats-Unis)
Score : 6-1, 7-6 (3)

L’histoire ruisselle de partout dans ce match. Ce n’est certes pas la finale la plus inoubliable de tous les temps sur un strict plan tennistique, mais elle constitue une date importante pour le tennis féminin. D’abord, c’est la toute première finale jamais jouée dans le tout nouveau complexe de Melbourne, alors connu sous le nom de Flinders Park, rebaptisé quelques années plus tard Melbourne Park.

Surtout, il s’agit d’une finale au présent, au futur et au passé. 15 années séparent la jeune Steffi Graf, 18 ans, de Chris Evert, 33 ans et monument de son sport. On sent bien que, pour Chrissie, les temps deviennent durs. Le tennis féminin est en train de changer. Un mouvement que personne n’incarne comme la jeune Graf, lauréate en 1987 de son tout premier Grand Chelem, à Roland-Garros, avant d’atteindre la finale à Wimbledon puis à l’US Open, où elle a été battue à chaque fois par Martina Navratilova. La question n’est toutefois déjà plus de savoir si Graf va prendre le pouvoir, mais quand.

Evert, elle, rentre doucement dans le rang. Doucement, puisqu’elle est encore numéro 3 mondiale. Mais en 1987, pour la première fois depuis la saison 1972, elle n’a pas atteint une seule finale majeure. Alors, quand en janvier 1988, elle se hisse en finale à Melbourne, en prime via une victoire sur son éternelle rivale et grande copine Martina en demie, beaucoup veulent croire à un nouveau retour de flamme. Mais “Chrissie” va se heurter à la nouvelle réalité de son temps.

Cette finale est d’abord marquée par une interruption de 90 minutes due à la pluie en tout début de match. Steffi Graf mène 2-1 lorsque l’orage tombe du ciel. Lorsque le jeu reprend, les 15 années de différence se font sentir : l’Allemande martyrise son ainée, qui n’inscrit plus que quatre points jusqu’à la fin du set : 6-1. La jeune Steffi continue sur sa lancée. Son jeu, ce n’est pas un orage, c’est une tornade, doublée d’un ouragan. Elle mène rapidement 6-1. On a un peu de peine pour la reine Evert. On a tort de la plaindre. Elle a trop d’orgueil et de savoir faire pour sombrer de la sorte.

Alors cette finale devient un vrai match. Evert sauve l’honneur, remporte un jeu, puis deux, puis cinq pour mener 6-5 dans ce 2e set. Mais Graf est aussi déjà très grande dans la gestion de ce type de moments. Sans paniquer, elle revient à 6-6 avant de dominer le tie-break. En la bousculant dans ce 2e acte, Evert ne s’est pas grandie, elle n’avait plus besoin de cela, mais elle a magnifié la victoire de sa jeune rivale. Graf, elle, n’en rajoute pas. Sa joie est mesurée, sans doute par respect pour le monument qu’elle vient de faire tomber. C’était la 34e finale majeure de Chris Evert. Ce sera la dernière. Graf, elle, amorce tout juste une campagne légendaire, qui la mènera jusqu’au Grand Chelem, avec le titre olympique en guise de cerise sur le gâteau.

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