Saga Haka – Épisode I : “Nous sommes les All Blacks !”

Nouvelle-Zélande – Afrique du Sud est l’une des affiches les plus emblématiques du rugby mondial. Dominés en nombre de victoires par les Springboks avant leur boycott des années 80, les All Blacks ont par la suite progressivement repris le leadership dans cette opposition (58 victoires en 99 confrontations). Mais la rivalité est toujours là, et les matchs au sommet entre les deux nations sont souvent synonymes d’un engagement technique et physique à son paroxysme.

Alors quoi de mieux qu’une réception cruciale des Sud-Africains pour innover ? Ce 27 août 2005 à Dunedin, les All Blacks n’ont pas le droit à l’erreur. Battus trois semaines auparavant au Cap, les coéquipiers de Tana Umaga doivent impérativement s’imposer s’ils veulent espérer remporter le Tri-Nations. Outre le XV de départ très sérieux aligné par Graham Henry, ce sont les joueurs qui réservent une surprise à leurs adversaires en avant-match.

Les All Blacks réalisent le Kapa o Pango face à l'Afrique du Sud en 2005

Les All Blacks réalisent le Kapa o Pango face à l’Afrique du Sud en 2005Other Agency

Au moment d’entamer le haka, les Blacks sortent des sentiers battus et posent un genou à terre. Stupéfaction dans les travées du Carisbrook, qui voit se dérouler sous ses yeux un tout nouveau haka. Au traditionnel Ka Mate, chant célébrant la vie et la liberté emprunté à la tribu Ngati Toa, succède le Kapa o Pango. Une danse bien plus guerrière, avec une gestuelle plus variée, des paroles conquérantes et ce dernier mouvement semblable à un engorgement qui, bien que n’ayant pas cette signification dans la culture Maori, sera rapidement retiré par la suite. À en voir l’expression sur le visage de Bryan Habana, les Boks ne s’attendaient pas à un tel scénario.

Une initiative collective

Cette version met aussi beaucoup plus en évidence le meneur du haka. Et il faut alors parler de la performance impressionnante de Tana Umaga. Le centre légendaire d’origine samoane, alors capitaine des Blacks, semble complètement habité et dégage une force vocale et gestuelle que peu (ou aucun !) de ses successeurs ont réussi à égaler. Il est d’ailleurs plébiscité par beaucoup comme le meilleur meneur de haka de l’histoire des All Blacks.

Tana Umaga (All Blacks) mène le Kapa o Pango

Tana Umaga (All Blacks) mène le Kapa o PangoIcon Sport

Pour la petite histoire, ce sont les joueurs eux-mêmes qui sont à l’origine de ce nouveau haka. Aidés par l’artiste Derek Lardelli pour la création de la danse et des paroles, les Blacks ont voulu rendre hommage à leur pays et aux joueurs qui les ont précédés (“Kapa o Pango aue hi”, Nous sommes les All Blacks). Ils ont aussi voulu faire passer un message à leurs futurs adversaires (“Ki runga ki te rangi e tu iho nei”, Notre suprématie triomphera). C’est pourquoi ils n’utilisent le Kapa o Pango que lors des grandes occasions, préférant le reste du temps revenir au Ka Mate.

Mais ce samedi 27 août 2005, les hommes de Tana Umaga ont rempli leur objectif. Au-delà de l’hypothétique déstabilisation de leurs adversaires sud-africains, ils ont chauffé à blanc le public du Carisbrook de Dunedin, qui poussera derrière ses joueurs tout au long du match. Un match magnifique que les All Blacks remporteront 31 à 27 avant d’aller chercher la victoire finale dans ce Tri-Nations la semaine suivante contre l’Australie.

Par Baptiste Pery

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