« Rien n’indique que d’ex-gloires puissent être les hommes neufs dont a besoin le foot français »

L’ancien joueur du PSG et de l’équipe de France, Luis Fernandez estime qu’« il faut réorganiser la maison du football français ».

L’ancien joueur du PSG et de l’équipe de France, Luis Fernandez estime qu’« il faut réorganiser la maison du football français ». FABRICE COFFRINI / AFP

« Le football aux footballeurs ! » Le slogan renvoie au mouvementé Mai-68 des joueurs français, ou encore à la campagne de Michel Platini pour devenir président de l’UEFA, au milieu des années 2000. Vendredi 5 juin, c’est son ex-coéquipier des Bleus Luis Fernandez qui a prononcé ces mots dans un long entretien accordé à l’Équipe.

L’ancien milieu de terrain du PSG y annonce son intention de former, sans en prendre la tête, une liste pour les élections à la présidence de la Fédération française de football (FFF), en mars 2021. « Il nous faut participer à la reconstruction. Il faut réorganiser la maison du football français », annonce-t-il.

Luis contre Noël

Luis Fernandez semble cependant se tromper de cible tant ce qu’il fustige – essentiellement la désunion des dirigeants de clubs durant la crise – concerne le football professionnel, donc la Ligue du football professionnel (LFP) et non la Fédération. Lui-même prend comme exemple positif Javier Tebas… président de la ligue espagnole.

« Je n’ai rien contre la Fédération. Mais on n’est pas d’accord avec elle. Y a pas un grand chef là-dedans », assure-t-il. Pourtant, son président Noël Le Graët est bien le seul à avoir montré de l’autorité ces derniers temps, et au moins a-t-il su défendre les intérêts fédéraux – comme le maintien de la finale de la Coupe de France.

Fin politique s’il n’en est qu’un dans ce milieu, Le Graët présente un bilan honorable, neuf ans après avoir repris une FFF discréditée par la Coupe du monde 2010. Les finances ont été restaurées, l’équipe de France est championne du monde, le football amateur reste une richesse nationale et va bénéficier d’un plan d’aide de 30 millions d’euros.

Il est assez ironique de lui reprocher de ne pas avoir « imposé les règles » à une LFP qui n’a eu de cesse – depuis l’éviction en 2001 de son président… Noël Le Graët – de s’affranchir de la tutelle fédérale, pour finalement s’avérer incapable de se gouverner elle-même.

Palmarès et qualifications

La liste des soutiens annoncés est millésimée : elle ne comprend que des champions d’Europe 1984 et du monde 1998. Manuel Amoros, Bruno Bellone, Maxime Bossis, Jean-François Domergue, Alain Giresse et Jean Tigana ; Fabien Barthez, Alain Boghossian, Marcel Desailly, Emmanuel Petit, Robert Pires et Lilian Thuram.

Reste à comprendre quelle légitimité confère un titre remporté avec les Bleus. L’aura et la notoriété sont certes des atouts personnels, mais quelles garanties offrent-elles pour exercer des responsabilités ? À quelques exceptions près, aucun n’a manifesté d’aptitudes particulières pour assumer des fonctions institutionnelles.

Ils sont en majorité consultants de télévision, une fonction qui favorise rarement une pensée élaborée. Barthez, Amoros et Boghossian se sont même illustrés comme les Pieds nickelés d’un épisode navrant, en 2011, avec l’autocrate tchétchène Ramzan Kadyrov. Luis Fernandez lui-même n’a jamais été un parangon de sagesse et de diplomatie.

La démarche semble néanmoins leur attribuer une capacité innée à mener des réformes, l’interviewé insistant beaucoup sur l’absence de ses pairs : « Pourquoi nous, les anciens de 84 et de 98, n’a-t-on pas la possibilité de parler ? », déplore celui qui fait la une du premier quotidien national.

Les anciens sont-ils modernes ?

Fernandez entonne aussi ce refrain à propos des clubs : il n’y a pas assez d’anciens joueurs dans les organigrammes. Peut-être parce que, pour réussir au-delà des fonctions symboliques « d’ambassadeur », ils doivent démontrer des compétences et que leur nom n’en est pas une en soi.

Inversement, les anciens joueurs bénéficient de privilèges pour accéder aux formations d’entraîneurs, au détriment des techniciens issus de la base qui ne disposent pas des mêmes réseaux. Or la médiocrité des coaches est un souci majeur du football français…

Ce parti pris clanique (« France 98 » s’est souvent vu reprocher d’exercer l’influence d’un lobby) ne promet pas une gouvernance idéale, d’autant qu’un projet de conquête fédérale impliquerait d’associer toutes les « familles » du football.

Plus ennuyeux : difficile de distinguer l’ébauche d’un programme, au-delà de déclarations d’intentions en faveur du football amateur, du jeu, de la formation.

La Fédération souffre d’archaïsmes, comme son président sur des sujets comme le supportérisme ou la lutte contre les discriminations. Mais ni l’institution ni son patron ne constituent les principaux problèmes qui minent le football français. Et rien n’indique que d’anciennes gloires puissent être les hommes neufs dont il a besoin.

Lire la suite sur Le Monde.fr