Réformer le football français: réalité ou fantasme?

“C’est inéluctable”. Selon Jean-Marc Mickeler, président de la DNCG, le gendarme financier du football français, le modèle économique doit changer. Dans une interview accordée au quotidien économique Les Echos, il a appelé à une “action volontariste” visant à “construire un football plus fort, économiquement plus sain et moins dépendant des droits TV”.

Pour cela, Mickeler cible trois pistes, l’obligation de constituer des fonds propres afin d’éviter les prochains déséquilibres de trésorerie, le plafonnement des salaires et la limitation des joueurs sous contrat. Selon lui, la crise sanitaire serait l’occasion unique de toute changer, de tout bouleverser afin de faire renaître le football.

Appliquer la stratégie du choc au football

Il s’agirait, en quelque sorte, de l’application de la stratégie du choc, déjà développée par l’essayiste américaine Naomi Klein. Selon elle, lorsqu’une crise exogène intervient, certains en profitent pour modifier l’intérieur même des structures, pourtant totalement indépendantes aux phénomènes extérieurs.

Ici, la crise actuelle n’est en aucun cas liée au football, au modèle économique du sport. Si les clubs sont touchés, c’est seulement à cause du coronavirus. Mickeler souhaite profiter de l’aubaine pour changer le foot, alors qu’il fonctionnait très bien jusqu’ici.

Imposer de la régulation, de l’interventionnisme et des contrôles reviendrait à considérer que la situation va mal et qu’il faut tout changer. Or, la situation va mal non pas parce que les clubs sont mal gérés mais parce qu’ils sont touchés par la plus grande crise économique que le monde occidental ait connu.

Sans coronavirus, peut-être que le football tel qu’on le connait aurait perdurer pendant plusieurs générations, malgré les dettes, malgré les déficits. Donc pourquoi vouloir le changer maintenant?

Plafonner et limiter les salaires colossaux

Cette remarque est à lier avec la proposition de Mickeler de plafonner les salaires. Actuellement, il est évident que cela peut choquer, à l’heure où le chômage explose. Voir qu’un footballeur peut toucher plus de 500.000 euros par mois pendant que le salaire moyen en France ne dépasse même pas les 3.000 euros interpelle.

Mais c’est une simple réponse du marché, c’est parce que le football va bien, qu’il attire des fans en nombre, des consommateurs potentiels et qu’il dégage des recettes colossales. Avant le coronavirus, encore plus avec la DNCG et le fair-play financier, les clubs avaient les moyens de débourser autant d’argent en salaire parce qu’ils en gagnaient beaucoup, via les droits TV, les recettes billetterie et les revenus commerciaux.

Que se passerait-il si on décidait de plafonner les salaires dorénavant? Moralement, cela serait parfaitement acceptable, mais économiquement? Si demain, on trouve un remède contre le coronavirus, si la maladie est annihilée et que les gens retournent dans les stades, s’abonnent de nouveau aux chaînes de télévision et consomment football, où ira l’argent récupéré?

Plafonner reviendrait tout simplement à spoiler la création de richesse générée directement par les footballeurs. La masse supplémentaire serait accaparer par d’autres acteurs, comme les présidents ou les représentants.

Il faudrait plutôt privilégier, comme cela est recommandé par le fair-play financier, un ratio masse salariale sur chiffre d’affaires à ne pas dépasser, afin de maintenir une évolution conjointe et équilibrée entre salaire et revenus.

Une impossible harmonisation européenne

Enfin, quelles que soient les propositions abordées, il faut absolument qu’elles soient appliquées à échelle européenne. La France ne peut pas seule, avec la DNCG, s’imposer des contraintes, pendant que la concurrence européenne pourrait redécoller une fois la crise passée. Et pour que la chose soit décidée conjointement, il faut un consensus, très difficile à obtenir, ainsi qu’un respect des règles européennes, notamment celles concernant la concurrence.

Autrement dit, ce n’est pas certain qu’on assiste à un bouleversement profond et durable du football. La seule solution: que tout s’écroule et qu’on reconstruise sur des bases saines, la stratégie de la terre brûlée. Est-ce vraiment ce qu’on veut?

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