Rapprochement ATP/WTA ? “Si l’on y parvient, je vous garantis que le tennis sera beaucoup fort”

Comme tous les sports, le tennis est à l’arrêt. Mais les débats, voire les questions existentielles autour de l’organisation de la discipline émergent les uns après les autres depuis l’arrêt du circuit. Jürgen Melzer, membre du Conseil des joueurs de l’ATP, a évoqué tous ces sujets avec Rémi Bourrières. Notamment le plus récent, celui d’une possible fusion entre l’ATP et la WTA.

Roger Federer a posé une petite bombe cette semaine en plaidant en faveur de l’unification des circuits ATP et WTA. Est-ce un sujet dont vous aviez discuté en amont au Conseil des joueurs ?

J.M. : Non, nous n’avions pas discuté de ce point spécifique. Nous avions un Conseil prévu il y a quelques jours, que nous avions dû reporter. Mais dans les dernières discussions que nous avions eues, c’est l’idée générale qui était clairement ressortie chez tout le monde. Nous voulons un tennis plus uni, avec une seule instance dirigeante à sa tête. Nous savons tous à quel point c’est compliqué à mettre en place. Mais peut-être est-ce le moment de le faire, ou au moins d’entamer les discussions avec toutes les parties concernées.

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Comme l’a écrit Roger, il ne s’agit pas de fusionner les deux circuits, ni d’organiser uniquement des tournois combinés. Mais seulement d’avoir le même leader, la même stratégie de développement. Si l’on parvient à faire cela, je vous garantis que le tennis sera beaucoup plus fort que dans la situation actuelle où l’ATP et la WTA en viennent à se battre pour des sponsors, pour une meilleure exposition télé, ou pour n’importe quel sujet. S’il est possible de rassembler tout ce monde sous le même toit, alors pourquoi s’en priver ?

Jurgen Melzer face à Roger FedererJurgen Melzer face à Roger Federer

Jurgen Melzer face à Roger Federer

Crédits Getty Images

Vous pensez réellement que c’est possible ?

J.M. : Je suis quelqu’un de naturellement optimiste alors oui, je pense que c’est possible. En tout cas, s’il y a une chose positive qui peut sortir de cette pandémie, c’est bien cela. Si chacun fait preuve de la même volonté, c’est le moment idéal pour repartir de zéro. A court terme, cela va probablement être compliqué. Mais cela doit certainement être un objectif à long terme. Au préalable, le sujet doit être discuté dans le détail, pour savoir comment nous pourrions travailler ensemble. Mais dans l’idée, je suis personnellement favorable à ce que l’on aille vers une unification.

Toutes les instances, en tout cas, ont travaillé ensemble pour annoncer un fonds de solidarité de 6 millions de dollars à destination des joueurs en difficulté sur le plan financier. Une proposition concrète avait préalablement été faite par Novak Djokovic (*), son idée n’était pas bonne ?

J.M. : Ce n’est pas que son idée n’était pas bonne, c’est juste qu’elle nécessitait davantage de discussions sur sa mise en place. En fait, cette idée de créer un fonds avait été évoquée lors de notre dernier Conseil des joueurs. Ensuite, Roger, Rafa et Novak en ont parlé plus longuement ensemble et ont dessiné les contours d’un projet. Ce premier projet envoyé par Novak Djokovic était de distribuer l’argent aux joueurs classés entre la 250e et la 700e place.

Novak Djokovic, Rafael Nadal et Roger Federer.Novak Djokovic, Rafael Nadal et Roger Federer.

Novak Djokovic, Rafael Nadal et Roger Federer.

Crédits Getty Images

C’était trop “restrictif” ?

J.M. : Le problème, c’est qu’il est difficile d’occulter des joueurs classés 100e ou 150e qui se trouvent aussi dans la difficulté, parfois même plus que d’autres joueurs plus mal classés. Par ailleurs, on ne peut obliger personne à donner. On ne va pas forcer un joueur classé 90e mondial à sortir de l’argent s’il a lui-même des difficultés. Enfin, faut-il aller au-delà de la 700e mondiale ou au contraire s’arrêter avant ? Il y a énormément de paramètres à prendre en compte. Toutes ces choses-là sont actuellement en cours de discussions entre toutes les instances. L’argent est là, du moins en grande partie, mais il sera distribué quand elles auront trouvé le meilleur accord possible.

Mais il faut aller vite, non ?

J.M. : Je sais que c’est pressé, certains ont un besoin urgent de financement, mais d’un autre côté, il faut vraiment prendre le temps de définir le meilleur système de répartition. Quel que soit le système adopté, il ne sera probablement pas parfait mais il devra s’en approcher autant que possible. C’est extrêmement compliqué. Mais je crois que les différentes instances sont très proches de trouver un accord. C’est une question de jours, désormais.

Globalement, comment est l’ambiance au Conseil des joueurs ?

J.M. : Aujourd’hui, le Conseil est plutôt uni. Le retour l’été dernier de Roger Federer et Rafael Nadal, en même temps que moi-même (NDLR : les trois hommes ont été élus à la suite de la démission collective de Robin Haase, Jamie Murray et Sergiy Stakhovsky lors d’une session assez houleuse pendant Wimbledon) a ramené un peu de sérénité, à un moment où il y avait beaucoup de tension au sein du groupe. Leur expérience et leur palmarès ont aidé à aplanir les choses. Il y a toujours des opinions divergentes, mais les discussions sont plus calmes.

Le président de l’ATP, Andrea Gaudenzi, a récemment effectué plusieurs prises de parole. Êtes-vous en phase avec lui ?

J.M. : Je suis d’accord la plupart du temps avec ce qu’il dit, oui. Notamment sur un point : avant de tirer des plans sur la comète, il faut d’abord savoir à quel moment le circuit pourra reprendre. Toutes les hypothèses qui sont émises à l’heure actuelle, sur le calendrier, le classement ou quoi que ce soit, ne servent pas à grand-chose tant que l’on ne sait pas à quel moment nous pourrons rejouer. Tout ce que l’on peut dire aujourd’hui n’est que spéculation. Et c’est un peu dangereux de spéculer. On a tous notre propre opinion sur ce qu’il faut faire, sur ce qui serait le mieux pour le tennis. Mais la réalité, c’est que tout le monde est dans le flou puisque l’on n’a aucune date prévisionnelle de reprise. Tant que l’on n’a pas de faits, mieux vaut ne rien dire.

Le Board de l’ATP est actuellement composée à 50% des joueurs et 50% des tournois. Certains joueurs réclament plus de pouvoir pour les joueurs, et plus de revenus également, notamment via la création d’un syndicat. Qu’en pensez-vous ?

J.M. : Ce n’est pas la première fois que cette idée de créer un syndicat de joueurs est mise sur la table. Vasek Pospisil, notamment, a beaucoup travaillé dans cette voie. Mais cela va encore nécessiter du temps et de la réflexion. Pour ma part, j’ai toujours pensé que l’ATP fonctionnait plutôt bien ainsi. Mais c’est vrai que l’on peut toujours faire mieux. Oui, le calendrier doit être amélioré, oui, le tennis mérite de générer plus d’argent pour ses joueurs, comme savent le faire d’autres grands sports. Andrea Gaudenzi a conscience de tout cela. A mon sens, c’est un président qui a la volonté de conduire l’ATP dans la bonne direction. C’est quelqu’un qui fédère et qui a une vision globale de notre sport. Il représente bien les intérêts des joueurs et des tournois. Je crois que pour l’heure, il donne satisfaction et d’ailleurs, depuis son arrivée à la tête de l’ATP, les discussions sur la création d’un syndicat de joueurs se sont calmées. Maintenant, il faut le laisser travailler sans lui mettre des bâtons supplémentaires car pour l’instant, il a d’autres problèmes à régler.

*Novak Djokovic avait proposé que tous les joueurs du top 100 fassent un don proportionnel à leur tranche de classement, et que cet argent soit ensuite reversé aux joueurs classés entre la 250e et la 700e place mondiale.

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