Quand “Stanimal” est sorti de l’ombre encombrante de Maître Roger

Après Indian Wells et Miami, revivez tout au long de cette semaine des moments forts de l’histoire du tournoi de Monte-Carlo , qui aurait dû se tenir du 13 au 19 avril.

Federer-Wawrinka, choc au sommet pour la suprématie helvétique et le sacre sur la terre battue de Monte-Carlo. L’affiche a de quoi désormais faire saliver. Mais avant ce dimanche 20 avril 2014, les dés semblaient d’ores et déjà jetés. Car à chaque fois qu’il a croisé le fer avec son monstre d’aîné, le Vaudois n’a pas existé pas ou presque (13 défaites en 14 confrontations alors). Complexe d’infériorité ou réelle infériorité tennistique ? Probablement un peu des deux. Tout semble donc réuni pour que Federer se couvre d’une gloire princière. Wawrinka va l’en empêcher.

Pour le “Maestro”, l’occasion est pourtant idéale. Débarrassé des soucis récurrents au dos qui avaient noirci sa saison précédente, celle d’un déclin inéluctable pour beaucoup, Federer surprend son monde et prouve qu’il est bel et bien revenu aux affaires en ce début de saison 2014. Accompagné depuis quelques semaines par Stefan Edberg, son ancienne idole et nouveau coach, il a retrouvé l’inspiration, bien aidé par une nouvelle raquette au tamis plus large et qui tolère mieux les erreurs de centrage.

Stan Wawrinka à Monte-Carlo en 2014

Stan Wawrinka à Monte-Carlo en 2014Getty Images

Nadal sorti, tous les feux sont au vert pour Federer

Titré à Dubaï, finaliste à Indian Wells et Brisbane, demi-finaliste à l’Open d’Australie, son pire résultat récent est un quart de finale à Miami. Et bien que la terre battue soit sa surface la moins prolifique, il y débarque avec une confiance retrouvée et regonflé à bloc. D’autant plus que la semaine prend une tournure intéressante pour le Bâlois. Expéditif lors de ses deux premiers matches contre Radek Stepanek et Lukas Rosol, il est chahuté par Jo-Wilfried Tsonga en quart de finale mais parvient à renverser le Manceau. Avant de franchir en demie le “mur” Novak Djokovic dans un duel au goût d’inachevé, le coude du Serbe l’empêchant de tenir la cadence après un premier set de haute tenue.

En finale sans avoir puisé dans ses réserves, cette fois, c’est sûr, Federer est prêt à accrocher enfin, à 32 ans, Monte-Carlo à son glorieux palmarès. Car, autre signe du destin, contrairement à ses trois précédents échecs sur la dernière marche (2006, 2007, 2008), sa bête noire, son cauchemar sur ocre, le “Taureau de Manacor” ne lui fait pas face. Ejecté de son trône en 2013 par Novak Djokovic, Rafael Nadal a manqué son opération “reconquista”, tombé en quart de finale à la surprise générale sous les coups de David Ferrer, pourtant une de ses victimes préférées.

Roger Federer et Stan Wawrinka tout sourire à l'entraînement avant la finale à Monte-Carlo en 2014

Roger Federer et Stan Wawrinka tout sourire à l’entraînement avant la finale à Monte-Carlo en 2014Getty Images

C’est toujours difficile pour moi de jouer contre Roger. Je suis toujours nerveux.

Et c’est finalement Wawrinka qui émerge de la première partie de tableau, sans avoir perdu le moindre set, donnant au match des airs de championnat de Suisse. Une rareté sur le circuit puisque Marseille avait été le théâtre de la dernière finale 100 % helvétique quatorze ans plus tôt, Marc Rosset s’imposant alors contre le tout jeune… Federer. Mais le Bâlois le sait, face à son pote Stan, le passif et l’expérience des grands rendez-vous sont désormais de son côté. Les deux hommes se connaissent à la perfection. Ils se sont même entraînés ensemble quelques heures avant l’événement. Et le début de partie est conforme aux attentes. Meilleur dans la gestion des émotions, le “Maestro” prend le service adverse dans le cinquième jeu et le conserve pour s’adjuger le premier set.

Breaké pour la première fois de la semaine, Wawrinka ne parvient à lâcher les chevaux. Et s’il profite d’une légère déconcentration de Federer pour démarrer idéalement la deuxième manche – il mène 2-0 –, il concède dans la foulée un débreak blanc, mystifié par un sublime passing de revers long de ligne. Une fois de plus, son aîné est entré dans sa tête. “C’est toujours difficile pour moi de jouer contre Roger, mentalement. Je suis toujours nerveux. Son jeu me gêne beaucoup parce qu’il peut varier, jouer vraiment vite, faire du service-volée“, avouera-t-il d’ailleurs après le match, comme pour se décharger d’un poids.

Roger Federer à Monte-Carlo en 2014

Roger Federer à Monte-Carlo en 2014Getty Images

Wawrinka mal embarqué, mais Melbourne est passé par là

Jamais aussi dangereux que lorsqu’il mène au score, Federer se rapproche inexorablement de la victoire à chaque jeu de service validé. Comment envisager une autre issue ? Mais s’il ne parvient pas à trouver son rythme de croisière, Wawrinka a le mérite de ne pas baisser la garde, comme cela lui est si souvent arrivé auparavant face à son compatriote. Depuis son sacre retentissant à Melbourne quelques mois plus tôt, il fait désormais partie du club très fermé des joueurs titrés en Grand Chelem en dehors du fameux “Big Four” depuis Roland-Garros 2005 (seul Juan Martin Del Potro y était alors parvenu lors de l’US Open 2009).

Après s’être offert Djokovic et Nadal aux antipodes au meilleur des cinq sets, plus rien ne semble inaccessible au Vaudois. Reste que se défaire du complexe du petit frère n’a rien d’évident, surtout avec un set de débours. Mais Wawrinka peut se raccrocher à plusieurs éléments. Le premier est factuel : c’est à Monte-Carlo qu’il avait conquis, cinq ans plus tôt, son seul et unique succès contre Federer (6-4, 7-5), même si ce dernier venait alors tout juste de convoler et n’avait peut-être pas la tête entièrement au tennis.

Le deuxième tient à la météo du jour, plutôt changeante et humide. En cours de deuxième set, le jeu est d’ailleurs brièvement interrompu par une averse. Rendues plus lourdes par la pluie, les conditions deviennent de plus en plus favorables aux frappes puissantes de Wawrinka. Dès lors, l’intéressé parvient aisément à tenir son engagement pour emmener Federer au tie-break. Dos au mur, il n’a plus rien à perdre et se rue au filet après chaque coup de boutoir. Le bison, jusqu’alors resté dans sa tanière, surgit au meilleur des moments pour rafler la mise 7 points à 5 et tout relancer.

Un tie-break sous tension et “Stanimal” marcha sur Federer

Clairement, ça aurait été idéal de gagner ce tie-break du deuxième set. Je n’ai d’ailleurs pas joué un mauvais jeu décisif, mais je n’ai jamais réussi à prendre les devants au score quand les choses tournaient en ma faveur“, regrettera a posteriori Federer. Si près et si loin d’aller chercher l’un des rares trophées qui manquent à son palmarès avec celui du Masters 1000 de Rome, le Bâlois a laissé passer sa chance. Car de combat, il n’y aura pas dans l’ultime acte. Si habitué à distribuer les fessées à son cadet, c’est bien le maître qui se fait alors corriger par l’élève.

Rapidement mené 4-0 double break, Federer sauve tout de même deux jeux avant de s’incliner sur un dernier coup droit décroisé monstrueux d’un Wawrinka qui a retrouvé ses bonnes “vibes” australiennes (4-6, 7-6(5), 6-2). Beau joueur après avoir effleuré du doigt l’un de ses derniers rêves sur le circuit, il ne se montre pas très rancunier. “C’est une de ces finales que j’aurais pu gagner, mais Stan a été le meilleur à la fin. Il méritait un peu plus de gagner. Je suis bien sûr très heureux pour lui. C’est une immense victoire de gagner son premier Masters 1000 après son premier Grand Chelem. Savoir saisir les opportunités quand elles se présentent, c’est important dans la carrière d’un joueur“, glisse-t-il.

Quand mentalement je suis là, je peux battre tout le monde

Adoubé par celui qui lui a fait tant d’ombre jusqu’ici en Suisse, Wawrinka mérite plus que jamais l’un de ses nouveaux surnoms, “Stanimal”. Il a bel et bien changé de dimension et il le prouvera encore deux fois en Grand Chelem à Roland-Garros en 2015 et à l’US Open en 2016. “Quand mentalement je suis là, je peux battre tout le monde“, se félicite-t-il d’ailleurs. Numéro 1 à la Race à la sortie de ce Monte-Carlo 2014 avec déjà trois titres en poche – doublant ainsi quasiment son palmarès –, il lui manquera pourtant un soupçon de régularité au plus haut niveau pour lutter réellement pour la place de numéro 1 mondial.

Pour des raisons avant tout techniques, comme il l’a lui-même confessé, le rapport de forces face à Federer n’a pas été renversé depuis ce sacre (23-3 désormais pour le Bâlois, toujours invaincu face à son compatriote hors terre battue). Mais si l’on frissonne désormais avant chacun de leurs rendez-vous, comme lors d’une demi-finale du Masters au couteau quelques mois plus tard, ou en quart de finale de la dernière édition de Roland-Garros, c’est bien en partie à ce dimanche 20 avril 2014 qu’on le doit. Quand Stan a fait tomber Roger de son piédestal.

Roger Federer et Stanislas Wawrinka, finalistes sur la terre battue de Monte-Carlo en 2014.

Roger Federer et Stanislas Wawrinka, finalistes sur la terre battue de Monte-Carlo en 2014.AFP

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