Pippen régent contrarié, buzzer de la discorde et dynastie en stand-by : 93-95, la vie sans Jordan

NBA – A l’occasion de la sortie du documentaire “The Last Dance”, consacré à la dernière saison de Michael Jordan sous le maillot des Bulls en 1997-98, nous vous entraînons dans la triomphale saga de la franchise de l’Illinois sous le règne de “His Airness”. Règne mis entre parenthèses deux saisons à la suite de la première retraite de MJ en 1993. C’est l’objet du cinquième épisode de notre série.

Les flashes crépitent et les micros saturent. Michael Jordan a le sourire. Il en faut plus pour lui faire perdre ses moyens. Il s’assoit, à côté de sa femme Juanita Vanoy, devant un parterre de journalistes conscients qu’un moment d’histoire s’écrit sous leurs yeux. Jerry Reinsdorf, propriétaire des Chicago Bulls, prend place à la droite de Sa Majesté. Le commissioner David Stern. Le GM Jerry Kraus. Le coach Phil Jackson. Le bras droit Scottie Pippen. Ils sont tous là.

Back to back et threepeat, Jordan et les Bulls maîtres du mondeBack to back et threepeat, Jordan et les Bulls maîtres du monde

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Back to back et threepeat, Jordan et les Bulls maîtres du monde

IL Y A 11 HEURES

Le Berto Center, salle d’entraînement de la franchise de l’Illinois, se mue en théâtre d’une conférence de presse dont l’objet est voué à changer le destin de la Ligue. Nous sommes le 6 octobre 1993 et le meilleur joueur de basket du monde va expliquer pourquoi il prend sa retraite. A 30 ans. Au sommet de son art.

“Je n’ai plus rien à me prouver”

Jordan parle de lassitude, de sentiment d’accomplissement : “J’ai toujours dit aux gens qui me connaissent que quand j’aurai perdu le sentiment de motivation, le sentiment d’avoir quelque chose à prouver en tant que joueur de basket-ball, il sera temps pour moi de quitter le jeu.” Et cette heure est venue. “J’ai juste l’impression que j’ai atteint le pinacle de ma carrière, que je n’ai plus rien à me prouver“, explicite le MVP des trois dernières Finales NBA, toutes remportées par les Bulls.

Le décès de son père, assassiné le 23 juillet de la même année, “(lui) a fait réaliser à quel point la vie est courte” mais n’a pas motivé la fin de sa carrière. His Airness l’assure en tout cas, lorsque l’impact de ce drame est évoqué : “J’aurais pris la même décision avec mon père à mes côtés.”

Michael Jordan explique pourquoi il part (une première fois) à la retraiteMichael Jordan explique pourquoi il part (une première fois) à la retraite

Michael Jordan explique pourquoi il part (une première fois) à la retraite

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Théorie du complot

Il n’a pas encore mis un pied hors du microcosme-NBA que la question de son comeback se pose déjà. Et MJ ne l’élude pas : “Dans cinq ans, si l’envie revient, si c’est avec les Bulls, et si David Stern me laisse revenir… je pourrais faire mon retour.” Une suggestion d’approbation nécessaire par le boss de la ligue nord-américaine qui suscitera la polémique.

Notamment parce que la NBA a mené une enquête sur le génial arrière des Bulls et son appétence pour les jeux d’argent. Ses conclusions officielles ? “Absolument aucune preuve que Jordan a violé les règles de la Ligue“, comme le relatera le New York Times, trois jours après la fameuse conférence de presse. Insuffisant pour tuer dans l’œuf toutes les rumeurs de suspension maquillée.

Cela n’est que spéculation. La résurgence de l’idole, elle, sera factuelle. Les Bulls voudront toujours de Jordan. Stern ne s’opposera pas à son retour. Le tout à un horizon bien inférieur aux cinq ans évoqués. Mais à cet instant, Chicago est à des années-lumière de cette perspective. En NBA, il faut être excellent ou médiocre. Et les Bulls n’ont pas l’effectif pour tanker. Surtout que la donne change pour la prochaine draft. Le pourcentage de chance octroyé au cancre de l’année d’obtenir le premier choix est encore plus élevé qu’avant (25% contre 16,67%). Tandis que le sésame s’éloigne pour les équipes échouant aux portes des playoffs.

Michael Jordan et Scottie Pippen, avant un match à Boston en novembre 1991Michael Jordan et Scottie Pippen, avant un match à Boston en novembre 1991

Michael Jordan et Scottie Pippen, avant un match à Boston en novembre 1991

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Pour Pippen, c’est l’opportunité d’une vie

Pas de doute : l’objectif de Chicago est de rester compétitif. Cette mission incombe à Phil Jackson. Mais Scottie Pippen la personnifie plus encore. Il a l’ambition de prendre les commandes. Drafté par les SuperSonics en 5e position en 1987, il avait été échangé dans la foulée avec Olden Polynice, sélectionné trois rangs plus bas par les Bulls. Seattle empochant au passage un deuxième tour de draft et un potentiel swap de premiers tours dans les deux années à venir. Une contrepartie qui a semblé de plus en plus dérisoire au fil des années, Pippen s’avérant le complément idéal de Michael Jordan, tandis que Polynice ne réalisait qu’une carrière honorable.

Mais Scottie Pippen n’est pas seulement un élément clef de la transformation de MJ d’inénarrable soliste à machine à gagner. Il n’est pas un “scoreur” aussi hallucinant que son illustre compère, mais il est peut-être encore plus polyvalent. Lui aussi était de la Dream Team 1992. Lui aussi peut être le mâle alpha. Il a 28 ans et une occasion en or de le prouver. “J’étais l’homme le plus heureux du monde, déclarera-t-il en 2017, sur le plateau d’ESPN, à l’évocation des nouvelles responsabilités qu’il s’apprêtait à acquérir. C’est une opportunité à saisir, en particulier lorsque vous êtes dans une position, comme moi avec Michael [Jordan], où vous ne serez probablement jamais sous le feu des projecteurs.”

Pippen ne cache pas la pointe d’émotion qu’il a ressentie au moment de se saisir du flambeau à l’issue du discours de départ de MJ, dans des propos rapportés en 2014 par la NBA : “C’était choquant et, en y repensant, c’était aussi émouvant.” Mais il revendique la capacité à s’être rapidement focalisé sur ses objectifs : “Cela nous a tous pris par surprise… mais cela n’a rien changé à ce que nous devions faire. Nous devions nous concentrer sur la préparation d’une nouvelle saison.”

Il est l'heure pour Pippen de prendre son envolIl est l'heure pour Pippen de prendre son envol

Il est l’heure pour Pippen de prendre son envol

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Kukoc, diamant des Balkans et conflit latent

Reste un hic de taille pour Pippen. Dans le “nous” qu’il prône, il n’y a pas seulement des “role players”. Outre BJ Armstrong et Horace Grant, acteurs du premier three-peat des Bulls, Chicago présente quelques recrues. Pete Myers et Bill Wennington notamment, venus d’Italie et candidats à une place de titulaire respectivement à l’arrière et au pivot. Steve Kerr, également, “combo guard” sniper qui apportera de la qualité de shoot en sortie de banc. Jusque-là, personne qui risque de trop tirer la couverture à soi. Mais il y a aussi et surtout Toni Kukoc.

Les Bulls ont acquis les droits sur Kukoc lors de la draft 1990. Jerry Krause est fan du Croate qui fait des ravages sur le Vieux Continent. Un poste 3-4 de 2,08m au toucher de balle soyeux et au QI basket immense. A l’époque, les joueurs européens ont plus de mal qu’aujourd’hui à susciter de la hype. Des doutes entourent leur capacité d’adaptation et des réticences subsistent au moment de miser sur eux dans les hauteurs de la draft. C’est ainsi avec un 29e choix que la franchise de l’Illinois a décroché ce qui s’avérera être un gros lot. Mais pendant trois ans, elle n’observe que de loin son joyau.

Kukoc reste d’abord à Split, où il s’est forgé un statut d’icône, puis s’engage en 1991 avec Trévise. Et c’est donc seulement en 1993 qu’il va débuter en NBA, à 25 ans, avec un palmarès déjà long comme le bras (triple champion d’Europe en club, MVP du Mondial 1990 et de l’Euro 1991). Pourquoi si tard ? Les problèmes géopolitiques qui secouent son pays (la Croatie prend son indépendance vis-à-vis de la Yougoslavie en 1992) en sont une raison majeure. Une autre, sous-jacente, est murmurée en coulisses : Jordan et Pippen voulaient-ils de celui qui avait conquis le cœur de leur GM ?

Nous ne jouions pas contre Toni Kukoc. Nous jouions contre Jerry Krause avec un maillot de la Croatie

Lors de l’annonce de sa signature, Kukoc montre patte blanche avant d’intégrer le roster des Bulls. Au cœur de l’été 1993, MJ n’a pas encore acté sa sortie de scène. La star croate lui prête un serment d’allégeance, relayé par le Chicago Tribune : “Je sais qui est le patron à Chicago (…) Tout le monde le sait. Peut-être que deux ou trois ans me suffiront pour devenir un bon joueur NBA.”

Avant même de démontrer, aux yeux du monde entier, que son étoffe de cador est trop profondément ancrée en lui pour s’étioler au gré d’une traversée de l’Atlantique, Kukoc doit prouver en interne. Le test a, en fait, déjà commencé. C’était un an plus tôt, à Barcelone aux JO. La Croatie fait face à l’armada états-unienne en phase de poules. Au sein de la Dream Team, deux joueurs plus motivés que les autres : Pippen et Jordan.

Avez-vous déjà vu un lion et un léopard bondir sur leur proie ? Nous avons dû faire sortir Michael [Jordan] et Scottie [Pippen] des vestiaires, racontera 20 ans plus tard Karl Malone dans GQ. Ils étaient prêts à tirer à la courte paille pour savoir qui allait défendre sur lui. Kukoc n’avait aucune idée (de ce qui l’attendait, ndlr).” Résultat : victoire américaine, 103-70. Huit interceptions de MJ, cinq de son acolyte (pour un total de treize qu’ils n’avaient jamais atteint avec les Bulls), et une ligne de statistiques synonyme de cauchemar pour Kukoc : 4 points à 2/11 au tir, 5 passes décisives mais 7 ballons perdus. Le Croate sera plus prolifique en finale (16 points, 9 passes) mais l’issue sera identique (117-85).

Kukoc, au contact de Bird, sous les yeux de Pippen - Finale des JO 1992Kukoc, au contact de Bird, sous les yeux de Pippen - Finale des JO 1992

Kukoc, au contact de Bird, sous les yeux de Pippen – Finale des JO 1992

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Pippen évoquera ce match aux allures de bizutage, en 2017, auprès d’ESPN. “Nous avons pris l’avantage sur un très jeune garçon. Il devait avoir 18 ou 19 ans (il en avait 23, ndlr). Nous avions entendu tellement de bien concernant Toni [Kukoc]. Il devait nous prouver qu’il était ce type de joueur.” Jordan, dans le documentaire “The Dream Team” (2012), ira même jusqu’à dire : “Nous ne jouions pas contre Toni Kukoc. Nous jouions contre Jerry Krause avec un maillot de la Croatie.” Quelques mois plus tard, c’était (enfin) avec un Kukoc vêtu de la tunique chicagoane que Pippen allait jouer.

29 victoires en 35 matches

Le 5 novembre 1993, la saison des Bulls débute par un succès glané dans un match serré. Rassurant, pour une équipe orpheline du joueur clutch par excellence. Chicago s’impose à Charlotte (123-124) après prolongation, grâce notamment à un BJ Armstrong en feu (28 points à 12/18). C’est Horace Grant, autre trouvaille des Bulls lors de la draft 1987, qui scelle le sort de la rencontre d’une claquette.

Scottie Pippen, quant à lui, est en délicatesse avec son shoot (23 points à 6/16 et 11/21 sur la ligne des lancers). Être l’exhausteur de talent du joueur le plus fabuleux de la planète est une chose. Être capable de se substituer à lui dans le rôle du “go-to guy” en est une autre. Mais l’ailier de 2,03m compense en se transformant en aspirateur à rebonds. Il en prend 16, et ce malgré la présence dans le camp adverse des armoires à glace que sont Alonzo Mourning et Larry Johnson. Pas d’impair pour commencer, donc.

Le deuxième match de “la saison d’après” se déroule au Chicago Stadium. Et se passe beaucoup moins bien pour les Bulls. Jordan assiste depuis le bord du parquet à la lourde défaite de ses anciens partenaires face au Heat (71-95). Dans la foulée, Pippen rate dix rencontres à cause d’une blessure à une cheville. Bilan après douze parties : cinq victoires, sept échecs. Le champion n’a pas encore un genou à terre, mais il n’a pas non plus fière allure. Il a au moins l’avantage de savoir pourquoi.

Michael Jordan, spectateur du revers des Bulls, avec son fils Marcus Michael Jordan, spectateur du revers des Bulls, avec son fils Marcus

Michael Jordan, spectateur du revers des Bulls, avec son fils Marcus

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Le 30 novembre, Scottie Pippen signe un retour fracassant, après son court passage par l’infirmerie : 29 points, 11 rebonds, 6 passes et seulement 2 ballons perdus en 30 minutes. Les Suns, finalistes sortants, sont balayés (132-113). Les Bulls sont lancés. Ils perdent moins de matches en deux mois et demi qu’en ce seul mois de novembre poussif.

Leur bilan à partir de ce déclic jusqu’au All-Star Game ? 29 victoires en 35 rencontres, dont une série de dix sorties victorieuses en décembre. Ce run mène les hommes de Phil Jackson au sommet de la Conférence Est, à égalité avec les Atlanta Hawks (34 succès – 13 revers). La plus grande star du jeu ne compte plus parmi eux, mais ils auront tout de même trois représentants au match des étoiles.

Pippen fait dans le rarissime

Pas de Kukoc au ASG. Le Croate ne réalise pas une entrée en NBA tonitruante. Mais elle est prometteuse, avec quelques coups d’éclat qui dessinent les contours d’un rôle de sixième homme qui lui ira à merveille. Ce sont BJ Armstrong et Horace Grant qui accompagnent Scottie Pippen pour le grand show. Armstrong est même titulaire. Le meneur des Bulls, réputé pour la fiabilité de son shoot à distance (45,3% de réussite à 3-pt lors de l’exercice précédent, meilleur taux de la Ligue), tutoie seulement les 15 points de moyenne par match (14,8) à l’issue de la saison. Grant et lui doivent surtout leur unique sélection en carrière à la dynamique collective. Et, par rebond, à Pippen.

Comme avec Chicago, Pip prend son équipe sur son dos. Il porte la Conférence Est au succès à Minneapolis (127-118). 29 points, 11 rebonds et un trophée de MVP du All-Star Game qui avait, dans les années 90, une résonance certaine. La saison se poursuit. Chicago redémarre mal, avec notamment une série de cinq défaites en février-mars, mais réaccélère sur la fin. Les Bulls terminent avec le très bon bilan de 55-27, à la troisième place de l’Est. Ils font à peine moins bien qu’un an auparavant (57-25, au deuxième rang de leur conférence), et ce en mettant l’accent sur la défense : 3e dans ce secteur, sur l’ensemble de la NBA, contre 23e en attaque.

Scottie Pippen, avec le trophée de MVP du ASG 1994Scottie Pippen, avec le trophée de MVP du ASG 1994

Scottie Pippen, avec le trophée de MVP du ASG 1994

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Scottie Pippen, lui, a mené une campagne de calibre MVP. Ses moyennes ? 22 points, 8,7 rebonds, 5,6 passes et 2,9 interceptions (!). Tourner en, au moins, 22-8-5-2 dans ces quatre catégories statistiques, seuls Larry Bird et Michael Jordan l’avaient fait avant lui sur une saison NBA. Et personne ne peut s’en targuer depuis. Il échoue sur la troisième marche du podium, dans sa quête de consécration individuelle. Sa candidature a été entachée par une affaire extra-sportive (arrêté en possession d’une arme à feu en janvier). Elle s’est surtout heurtée à celles de deux “big men” au sein d’une époque si propice à leur domination : Hakeem Olajuwon (1er) et David Robinson (2e).

Le passage de lieutenant à guide du n°33 ressemble tout de même à une réussite. Le bon déroulé des opérations donne aussi du crédit au Zen Master, qui tend à prouver qu’il n’est pas uniquement le coach sous l’égide duquel Jordan a opéré sa mue. Mais tout cela n’est analysé que par le prisme de la saison régulière. En playoffs, les conséquences de l’absence de MJ seront minutieusement scrutées.

Au premier tour, Chicago affronte Cleveland. Un adversaire à jamais lié à sa dynastie, depuis 1989 et “The Shot”, et devenu récurrent. Les Bulls ont ainsi terrassé les Cavaliers en postseason lors des deux dernières années. Dont un sweep en demi-finale de conférence, en 1993. Cette fois-ci… rebelote : 3-0, à l’issue d’une victoire à l’extérieur acquise après prolongation (92-95). Avec 25 points, 10 rebonds et 4 offrandes de moyenne sur la série, assortis d’un lay-up décisif pour clore celle-ci, Scottie Pippen a été à la hauteur de son nouveau costume de patron. Prochain défi : l’être face aux Knicks de Patrick Ewing et Pat Riley, vaincus à un pas des Finales un an plus tôt, et sur la route de chaque sacre chicagoan.

Riley, Ewing and co. veulent leur revanche...Riley, Ewing and co. veulent leur revanche...

Riley, Ewing and co. veulent leur revanche…

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Le buzzer beater de la discorde

New York a l’avantage du terrain, grâce à un meilleur bilan en saison régulière. Et en profite. Les Bulls repartent du Madison Square Garden menés 2-0. Ils sont quasiment dos au mur. Une bagarre éclate dans le deuxième quart-temps de la troisième rencontre. Mais la tension ambiante ne paralyse pas les champions en titre. Jusqu’à la dernière période en tout cas. Ils l’entament avec 19 points d’avance… un matelas qui va fondre comme neige au soleil.

Plus que deux unités de marge à 17 secondes de la fin, et sans la possibilité de laisser s’écouler le temps jusqu’au dénouement. Pippen n’a inscrit qu’un seul de ses 10 paniers du match dans le quatrième quart. Mais il force. Il semble demander un écran à Kukoc. Celui-ci ne s’exécute pas et Pip tente un tir désespéré… le ballon ne touche même pas l’arceau : violation de l’horloge des 24 secondes. Cela en laisse cinq aux Knicks pour, au moins, égaliser. Ce que Patrick Ewing fait d’un hook main droite.

1.8 à jouer. Temps mort Phil Jackson. Son leader dans une mauvaise passe, le coach des Bulls va mettre en place un système pour… Toni Kukoc. Le rookie a prouvé qu’il avait de la glace dans les veines en saison régulière. Notamment sur un buzzer beater longue distance face aux Pacers, sur une remise en jeu de… Scottie Pippen. Mais celui-ci n’accepte pas de rejouer ce rôle. Il n’accepte pas de rejouer tout court, puisque le Zen Master ne flanche pas et maintient que l’esthète croate aura la balle de match.

La suite ? Kukoc crucifie les Knicks : 104-102. Le Chicago Stadium explose de joie. Mais, très vite, c’est la bouderie de Pippen qui anime tous les débats. “Scottie Pippen n’était pas impliqué dans la dernière action, je l’ai laissé hors du terrain. C’est tout ce qu’il y a à dire à ce sujet… Nous nous entraînons demain à 11h“, déclare un Phil Jackson laconique en conférence de presse. Mais le vestiaire chicagoan grince des dents, l’expérimenté Bill Cartwright en tête, et Pippen présente ses excuses à ses coéquipiers selon les médias américains.

Les Bulls reviendront à hauteur mais finiront par céder en sept matches, aucune équipe ne gagnant dans la salle adverse. Pippen reste un acteur majeur de la série, en mal comme en bien. Négativement, lorsqu’une faute litigieuse est sifflée contre lui, dans le money time du game 5. Positivement, quand il écrabouille Ewing via l’un des dunks les plus marquants de l’histoire, lors du match 6. Mais, l’élimination au bout, ce qui reste de sa campagne de playoffs est son refus d’obtempérer au moment de faire briller Kukoc. Et l’intersaison ne va rien arranger à cette lutte intestine qui risque de gangréner Chicago.

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Kukoc fait sauter la banque

Toni Kukoc a donné satisfaction lors de sa première saison. 10,9 points par match lors de la régulière en seulement 24 minutes, auxquels il faut ajouter 4 rebonds et 3,4 passes : c’est correct. Sa capacité à ne pas trembler dans les moments décisifs et la marge de progression dont il dispose encore, en considérant qu’il a besoin de temps pour assimiler le basket US, poussent le management des Bulls à investir sur lui. Massivement. Son nouveau bail s’élève à 26 millions de dollars étalés sur cinq ans, selon le Chicago Tribune. Après avoir fait leurs preuves, Jordan et Pippen avaient respectivement signés des deals au long cours de 25 et 18 millions de dollars. Le prodige des Balkans devient l’homme auquel la franchise de l’Illinois a offert le plus gros contrat de son histoire.

Kukoc n’a débuté que huit matches en 1993-1994, il va devoir prendre de l’ampleur dans le jeu de Chicago. Quid de Pippen qui ne cache pas son mécontentement ? “Je pense que nous pouvons jouer ensemble“, avance le Croate via le média local. Avant d’ajouter : “J’espère que Scottie sera toujours (un membre des Bulls, la saison prochaine ndlr).”Ce n’est pas une pique adressée à son coéquipier. Pas seulement en tout cas.

Il y a du changement dans l’air dans l’Illinois, avec le déménagement de la franchise du Chicago Stadium au United Center. Les rumeurs d’un trade autour de Pippen (sous contrat jusqu’en 1998) sont sérieuses. Les Bulls viennent de perdre Horace Grant lors de la free agency. L’ailier fort apportant son expérience au Magic du jeune et prometteur duo Shaquille O’Neal – Penny Hardaway. Initié par la retraite de MJ, le démantèlement de la meilleure équipe du début des 90’s est proche de s’opérer. Il n’interviendra pas.

Scottie Pippen et Toni Kukoc (Bulls) en discussion, lors des playoffs 1994Scottie Pippen et Toni Kukoc (Bulls) en discussion, lors des playoffs 1994

Scottie Pippen et Toni Kukoc (Bulls) en discussion, lors des playoffs 1994

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Jordan en sauveur ? Pas si simple…

Pippen reste en effet à Chicago lors de la saison 1994-1995. Et il garde son grade de “franchise player”. Ron Harper est venu renforcer l’équipe, au poste 2. Catalogué “scoreur”, l’ancien des Cavs et des Clippers sait qu’il ne débarque pas pour avoir tous les ballons. Il va faire évoluer son jeu et s’accommoder des basses besognes. Dans la raquette, outre Grant, Cartwright a également fait ses valises. Titulariser Kukoc en poste 4 fuyant est une option pour Jackson. Mais ce n’est pas la mode et le Zen Master veut continuer de faire de sa nouvelle star le boss de sa “second unit”.

Toni Kukoc commence ainsi sur le banc les 22 premiers matches de la saison. Il a cependant un gros temps de jeu : 27 minutes par rencontre, en moyenne. Il shoote certes à 50,2% mais ne score toujours qu’une dizaine de points. Pippen est resté sur ses standards de l’opus précédent, mais sans menace intérieure, Chicago peine (11 victoires – 11 défaites). Kukoc intègre le cinq de départ une première fois, puis durablement à partir de fin décembre. Il gonfle ses statistiques et son duo avec Pip fait quelques ravages. Pas au point cependant de repositionner les Bulls dans les hauteurs de l’Est.

Plus la saison avance et plus l’hypothèse d’un retour de Michael Jordan prend de la consistance. His Airness s’est essayé au baseball depuis qu’il a quitté les parquets NBA. Jerry Reinsdorf, également propriétaire des White Sox, lui a offert cette opportunité. Le MJ version mains gantées ne démérite pas mais ne décolle pas non plus. Il doit se contenter de l’antichambre de la MLB… qui, de plus, est en grève. La perspective de son accession au plus haut niveau dans ce sport prend du plomb dans l’aile. Il est aperçu à l’entraînement des Bulls : il n’en faut pas plus pour lancer le feuilleton de son comeback.

Tu ferais mieux de rentrer chez toi et de te reposer, parce que je vais faire mon retour

Pippen est le seul représentant des champions déchus lors du All-Star Game 1995. Dans le même temps, il est l’objet d’une rumeur de trade avec un autre participant du match des étoiles : Dan Marjerle, des Phoenix Suns. MJ patiente en coulisses… voire s’y active. Il ne fera pas son retour tant que cette situation ne sera pas clarifiée.

La trade deadline passée et Pippen conservé, Jordan est rassuré : son bras droit sous le coude, il peut revenir prouver que son poignet est toujours magique. L’effervescence règne à Chicago : le retour de Sa Majesté ne fait plus l’ombre d’un doute. “Je n’ai jamais fait d’entraînement comme ceux-là, c’est comme des matches“, estime Harper le 12 mars 1995, comme le relatera plus tard NBC. L’arrière des Bulls ajoute : “MJ m’a dit : ‘Tu ferais mieux de rentrer chez toi et de te reposer, parce que je vais faire mon retour‘.”

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I’m back.” Le communiqué du 18 mars 1995 lève le secret de Polichinelle. Jordan revient aux affaires. Il colle 55 pions aux Knicks dès le cinquième match de sa deuxième carrière. Les Bulls avaient un bilan à peine positif, de 34-31, quand il a réintégré leurs rangs. Ils terminent à 47-35, soit cinquièmes de leur conférence et en dixième position à l’échelle de la Ligue… à égalité avec les Rockets, qui s’apprêtent à prouver qu’un tel rang n’est pas rédhibitoire.

En playoffs, Chicago commence par effacer les Hornets (3-1). La tâche va être plus ardue en demi-finale de conférence, face à une équipe du Magic qui monte en flèche dans la hiérarchie. Vêtu du n°45, Jordan se fait piquer la balle par Nick Anderson dans le money time du premier match, alors que Chicago est à +1. Un dunk du bien connu Horace Grant plus tard et Orlando prend les devants, dans la rencontre et la série.

MJ renoue alors avec son mythique numéro 23 – pourtant retiré par sa franchise –, après avoir été chambré par Anderson : “Le numéro 45 n’est pas aussi explosif que le 23 (…) Je n’aurais jamais pu faire ça au 23.” Il signe trois matches à 38 points ou plus mais son équipe s’incline en six manches face à Shaq, Penny et compagnie. Jordan ou pas, 45 ou 23, les Bulls ne dégagent plus l’impression d’être invincibles. Ils vont y remédier.

Jordan effectue son retour le 19/03/1995, lors d'une défaite 103-96 à IndianaJordan effectue son retour le 19/03/1995, lors d'une défaite 103-96 à Indiana

Jordan effectue son retour le 19/03/1995, lors d’une défaite 103-96 à Indiana

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