Phoenix Suns 2021-2022 : Un goût d’inachevé à faire oublier

  • SAISON 2020-2021

Un rêve éveillé, voilà en trois mots comment s’est déroulée la saison passée à Phoenix. Les Suns sont entrés dans une nouvelle dimension qui leur était inconnue depuis plus d’une décennie, grâce aux progrès constants de leur jeune garde observés depuis plusieurs années. Des promesses associéés à l’arrivée du guide idéal : Chris Paul. Alors que le transfert fin novembre avait déclenché autant d’enthousiasme que de doutes sur la capacité du vétéran à faire progresser ces Suns, la vérité du parquet a vite rendu son verdict. Après 20 premiers matchs hésitants (11 victoires et 9 défaites), la machine, ou plutôt le rouleau compresseur s’est mis en route pour tout aspirer sur son passage. Le mois de février aura été le déclencheur après une victoire face à Détroit à domicile, fer de lance d’une série de 14 victoires en 16 matchs.

La réussite n’a par la suite plus jamais quitté ces Suns tenus d’une main de maitre par Monty Williams. Dans la continuité d’une bulle où leur 8 victoires de suite avaient émerveillé les fans, les Suns ont encore haussé le ton pour s’imposer comme une forteresse de l’Ouest dans une saison où le malheur des uns a fait le bonheur des autres. Chris Paul a offert toute son expérience à ce groupe qui en manquait cruellement pour organiser un fond de jeu simple, avec deux extérieurs All-Stars, basé sur du pick and roll et de l’adresse à mi-distance. Un jeu à l’ancienne, d’une simplicité élémentaire, mais tellement bien exécuté par les artistes que sont Paul, Devin Booker, et Deandre Ayton à la finition près du cercle. Ce dernier a beau avoir connu une saison statistique moins flamboyante que la précédente (passé de 18 à 14 points par match), il a en réalité encore progressé. Sa métamorphose défensive a été reconnue de tous comme essentielle au succès des Suns, alors que le bahaméen est devenu la pierre angulaire de cette équipe en défense, autant capable de protéger le cercle que de couvrir correctement des intérieurs plus mobiles au large. S’il n’est pas encore aussi chirurgical que des maitres en la matiere comme Rudy Gobert ou Bam Adebayo, il s’est au moins élevé parmi les 10 meilleurs défenseurs intérieurs de cette ligue, ce qui a tout changé à Phoenix. Equilibrés entre attaque et défense, entre jeunesse et expérience, ces Suns ont retrouvé les playoffs pour la première fois depuis 2010, 11 ans plus tard.

Mieux encore, les Suns sont allés jusqu’à retrouver les Finales NBA, 28 ans après le duel épique de 1993 entre Charles Barkley et Michael Jordan. Si le destin de cette finale fut le même que celui décidé par John Paxson, il ne faut pas pour autant en oublier le parcours phénoménal réalisé pour en arriver là. Les Suns, véritable coqueluche de la ligue, ont d’abord sorti des Lakers sur courant alternatif sur le score de 4-2 en s’imposant physiquement et sur la durée dans le défi physique proposé par des Angelinos sans défense. Par la suite, le sweep des Nuggets fut net et sans bavure dans une série où Nikola Jokic aura pu constater les importants progrès défensifs de Deandre Ayton. Enfin, les Clippers auront connu le même destin que leurs voisins de Los Angeles au premier tour, éliminés 4-2 malgré un Paul George héroïque.

Des épisodes merveilleux, un public aussi chaud que le désert de l’Arizona un 29 juin, et les Suns s’invitaient à la table des Finales NBA après avoir été annoncés perdants par la quasi-totalité des médias américains, dès le premier tour des playoffs. Là aussi, on a vite compris qui allait gagner ces Finales quand les Suns menaient 2-0 après deux récitals sans équivoque. Avec cet avantage en Finale, 31 équipes sur 36 ont décroché leur bague dans l’histoire NBA. Oui, oui mais non, pas cette fois. Prenez un Giannis Antetokounmpo légendaire, un Khris Middleton en feu régulier, un Jrue Holiday étouffant sur un Chris Paul fantomatique, accompagné d’une jeune garde prise par l’ampleur de l’évènement, et vous obtenez le Gentleman’s Sweep des Bucks (4-2). La première bague de l’histoire des Suns attendra encore, 1 ou 100 000 ans, personne ne le sait. Les larmes de Monty Williams en conférence de presse à ce sujet sont le reflet de cette réalité. Comme il l’a déclaré, on ne peut jamais savoir si de telles épopées magnifiques se répéteront la saison suivante, c’est la glorieuse incertitude du sport. Cet échec a marqué les Suns, qui avaient le sentiment d’avoir réalisé la saison parfaite, à deux matchs près. La médaille d’Or de Devin Booker à Tokyo lui aura donné du baume au cœur mais pour le reste des Suns, c’est la rage au ventre qu’il faut digérer la défaite, pour repartir de l’avant quelques mois plus tard.

  • LES MOUVEMENTS DE L’INTERSAISON

Départs : Torrey Craig, Jevon Carter, Langston Galloway, E’Twaun Moore, Ty-Shon Alexander

Arrivées : Landry Shamet, Elfrid Payton, JaVale McGee, Chandler Hutchison

  • L’EFFECTIF

Meneurs : Chris Paul, Cam Payne, Elfrid Payton

Arrières : Devin Booker, Landry Shamet

Ailiers : Mikal Bridges, Cam Johnson, Abdel Nader, Chandler Hutchinson

Ailiers-Forts : Jae Crowder, Dario Saric (blessé), Jalen Smith

Pivots : Deandre Ayton, JaVale McGee, Frank Kaminsky

  • LE 5 MAJEUR

PG : Chris Paul, SG : Devin Booker, SF : Mikal Bridges, PF : Jae Crowder, C : Deandre Ayton

On prend les mêmes, et on recommence ! Aucune raison de changer une équipe aussi proche du but ultime, et ça James Jones l’a bien compris. Dans le même esprit, Monty Williams devrait sauf immense surprise faire confiance au même cinq majeur qui a porté les Suns jusqu’au sommet de la conférence Ouest. Chris Paul reste le chef d’orchestre en charge de distribuer le jeu et de mettre ses deux finisseurs principaux, Devin Booker et Deandre Ayton, dans les meilleures dispositions. Sur les ailes, Mikal Bridges et Jae Crowder devraient rester un duo très complémentaire avec leur défense (longiligne pour l’un, puissante pour l’autre) et leur espacement du terrain de l’autre côté, voir plus si affinités. Enfin, Deandre Ayton sera de nouveau attendu à la finition de pick and roll millimétrés lancés par son meneur. Son évolution offensive et défensive sera attendue au tournant.

C’est peut-être dans la rotation et la distribution des miettes laissées par le 5 majeur qu’il y a le plus de choses à observer durant la longue, trop longue saison régulière à venir, pour une équipe avec autant de marge sur sa probable participation en playoffs. Sur les postes extérieurs, on observe le retour de Elfrid Payton à Phoenix avec désormais, une équipe et surtout une coupe de cheveux acceptable. Il devra apporter une alternative fiable au scoring de Cam Payne lorsque les Suns auront davantage besoin de défendre dur, tenir le ballon et fluidifier leur jeu. Landry Shamet va lui récupérer la rotation derrière Devin Booker à Jevon Carter parti dans le sens inverse à Brooklyn, il devra trouver de l’adresse sur un court temps de jeu. Cam Johnson restera un sixième homme très attendu au vu de sa grande progression aperçue en playoffs, qui pourrait même gratter un temps de jeu de titulaire dans de grands soirs où il n’a rien à envier à Bridges et Crowder. Enfin, l’arrivée de JaVale McGee devrait représenter un vent d’air frais indéniable pour remplacer Ayton pendant l’absence de Dario Saric.

  • LE JOUEUR à SUIVRE : JAE CROWDER

C’est sur les ailes que l’émulation sera la plus intrigante lors de la saison à venir à Phoenix. Bien sûr, une progression visible sera attendue chez Cam Johnson et Mikal Bridges. Ce dernier devra prouver que les flashs de création balle en main qu’il a souvent montré vont se révéler plus réguliers. Néanmoins, un autre cas particulier pourrait bien être un élément clé à bien négocier en vue de ce nouvel exercice. Lors du Media Day, c’est bien Jae Crowder qui a marqué les esprits, se déclarant épuisé mentalement et physiquement après les derniers playoffs. Perdre deux finales NBA consécutivement (Miami 2020, Phoenix 2021) l’a fatigué, réellement, et sa sincérité en conférence de presse témoigne aussi d’une vulnérabilité honnête mais à suivre désormais. Physiquement et mentalement, Jae Crowder aura-t-il les armes pour tenir une nouvelle saison de 82 matchs avec une longue campagne de playoffs visée ? Le jeune et brillant Cam Johnson devrait surveiller cette situation avec un grand intérêt. Monty Williams devra lui ménager ses troupes pour durer dans la performance.

– Un gain de profondeur. Doucement mais surement, James Jones a construit au fil des années un effectif cohérent et solide, de A à Z. Cet été, les Suns sont restés discret, à raison, mais ont encore trouvé le moyen de se renforcer. JaVale McGee apporte un profil d’intérieur travailleur et expérimenté qu’il manquait à Deandre Ayton. Landry Shamet est lui meilleur que tous les extérieurs derrière le trio utilisé par Monty Williams la saison passée.

– La jeunesse a pris du galon. Ce groupe si inexpérimenté, tant habitué à la défaite, possède désormais un vécu commun décisif dans l’approche des grands rendez-vous. Contre Milwaukee en Finale NBA, on a senti les jeunes éléments clés avoir les jambes coupées par l’évènement, désormais, ils connaissent. Chris Paul les a aidés à découvrir le très haut niveau, maintenant, c’est tous ensemble qu’ils vont arriver préparés aux grands moments de la saison.

– Chris Paul n’a plus une seconde à perdre. Resigné pour les 4 saisons à venir, avec 2 d’entre-elles garanties, Chris Paul sait que son corps finira par le lâcher un jour ou l’autre. Bien que son jeu tout en intelligence et en technique ne soit pas très demandeur physiquement, il ne compte plus que quelques saisons au plus haut niveau. Phoenix sera sa dernière étape, et c’est ici qu’il doit obtenir ce titre qui l’a toujours fui, comme sa franchise.

– Quelles limites à l’endurance des Suns ? A l’image de Jae Crowder, ces Suns doivent rattaquer seulement 4 mois après leur Finale NBA une nouvelle saison à 82 matchs. Devin Booker (sous Covid la semaine passée) et JaVale McGee n’ont eu qu’un mois et demi de vacances. Dario Saric attaque la saison blessé, Chris Paul n’est plus tout jeune… Monty Williams a su tenir son vestiaire d’une main de fer depuis son arrivée à Phoenix, il va devoir apprendre à ménager ses troupes au fil de la saison.

– L’effet de surprise est terminé. Tout le monde est prévenu, et que vous considériez les Suns comme des favoris au titre ou non, ils seront attendus au tournant par tous leurs adversaires. Là où ils pouvaient être pris à la légère, Phoenix sera désormais un match entouré en rouge sur de nombreux calendriers par le prestige que cette performance pourrait représenter. Tous les matchs se joueront à couteaux tirés.

– La concurrence est affamée. Phoenix n’est pas arrivé en Finale NBA grâce à ça, mais Jamal Murray va retrouver Denver, Klay Thompson va découvrir San Francisco, Kawhi Leonard va retrouver ses Clippers, et Anthony Davis va retrouver ses Lakers. C’est un fait. Les Suns seront de taille à n’en pas douter, mais il n’y aura aucun concurrent direct facile à jouer.

  • L’AVIS DE LA RéDACTION

La surprise passée de la saison passée, les Suns ont toutes les armes en main pour s’imposer sur le long terme comme une forteresse de la conférence Ouest prête à rafler (au minimum), les titres de champions de division et de conférence comme lors du dernier exercice. Les Suns n’ont pas besoin de Chris Paul pour être compétitifs, mais ils ont besoin de lui pour être un prétendant sérieux au titre NBA. Ainsi, ils doivent absolument faire fructifier les quelques années au plus haut niveau qu’il reste dans les jambes du vétéran. Alors que le groupe est quasiment resté le même à Phoenix, il faudra confirmer avec toutes les armes en main que le succès connu il y a quelques mois était tout sauf un feu de paille. La concurrence est de taille, la pression du résultat sera là, contrairement à la saison passée, mais le groupe Suns est toujours autant compétitif pour répondre à ces attentes de la plus belle des manières.

  • BILAN PRéVISIONNEL

Dans une conférence Ouest extrêmement compétitive, la saison régulière ne sera pas forcément la priorité de Suns qui devront tout tenter en playoffs pour aller chercher le titre. Dans une division pacifique impitoyable, ils devraient laisser quelques matchs en route. On attend à Phoenix une saison à 57 victoires et 25 défaites, à la troisième place de la conférence.

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