Philippe Piat : « Les joueurs constituent des actifs financiers, c’est le péril numéro un du football »

Philippe Piat, à son bureau parisien, en 2013.

Philippe Piat, à son bureau parisien, en 2013. Philippe Wojazer / REUTERS

Les crises sont propices aux remises en question. Celle qu’a provoquée la pandémie due au coronavirus bouleverse l’économie dans son ensemble. Le football, industrie à part entière, n’y échappe pas. Alors qu’il est à l’arrêt, le modèle sur lequel il est bâti depuis des années est malmené. Le Monde a décidé d’interroger certains de ses acteurs sur la gestion de la crise actuelle, ce qu’elle révèle, la façon d’en sortir et, peut-être, les changements à apporter. Entre résignation et espoir, Philippe Piat continue de dénoncer le système actuel de transferts, dont les clubs se servent, selon lui, pour réduire les joueurs au rang d’« actifs financiers ». A 77 ans, l’ancien attaquant préside depuis maintenant un demi-siècle l’Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP), le syndicat français des joueurs. Une responsabilité à laquelle s’ajoute son mandat à la présidence de la FIFPro, la Fédération internationale des associations de footballeurs professionnels.

Lundi 6 avril, sur BeIN Sports, vous avez évoqué la possibilité d’un championnat de France à 22 clubs au lieu de 20 pour la saison prochaine, afin d’éviter la rétrogradation de deux clubs en cas de non-reprise de la saison actuelle. Plus largement, quel pourrait être l’impact du coronavirus sur l’organisation mondiale du football ?

J’espère que cette pandémie va accélérer les discussions pour aboutir à une réforme drastique du système des transferts. Des discussions sont déjà en cours avec la FIFA [en février, la Fédération internationale de football a déjà annoncé l’instauration, à partir de juillet prochain, d’un fonds de 14,6 millions d’euros pour aider les joueurs en cas de salaires impayés]. Mais ces discussions ne vont pas assez loin. On survole encore les problèmes liés à la bulle financière qui dépend du système des transferts.

Quels problèmes en particulier ?

Si certains joueurs ont des salaires importants, ce n’est pas forcément parce que les clubs veulent les faire jouer, mais parce qu’ils veulent constituer des actifs financiers. C’est le péril numéro 1 du foot. Ces contrats de travail alimentent le « trading joueurs », c’est-à-dire la vente de joueurs, qui devient un élément essentiel et déséquilibre les budgets des clubs. Comme maintenant les budgets des clubs sont basés de manière anormale là-dessus, cette vente entraîne aussi une inflation des salaires.

Comment s’explique le mécanisme ?

Pour pouvoir réaliser une plus-value miraculeuse dans la vente d’un joueur, les clubs sont obligés d’augmenter de manière substantielle les salaires des joueurs pour que ces derniers acceptent de prolonger leur contrat et ainsi d’être sous contrat au moment de la transaction.

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