Pep Guardiola est-il en train de se renier ?

C’était un jour de février 2016, à l’occasion d’un déplacement au Juventus Stadium en huitième de finale aller de Ligue des champions. Privé d’une partie de son articulation défensive, Pep Guardiola, alors à la tête du Bayern, aligne une formation ultra offensive : Joshua Kimmich, Arturo Vidal et David Alaba en défense centrale ; Philipp Lahm et Juan Bernat en pistons placés à l’intérieur façon milieux de terrain ; Thiago Alcantara dans la zone du numéro 10 ; une ligne de quatre attaquants avec Douglas Costa, Robert Lewandowski, Thomas Müller et Arjen Robben. Sans défenseur de formation, le Catalan raisonne en termes d’occupation de zones et de circulation du ballon pour dicter les règles du duel.

La domination territoriale prend parfois des proportions incroyables mais le match s’achève sur le score de 2-2. Séduisant mais extrême, avec son quasi marquage individuel dans le camp adverse, le Bayern prend des risques et emmène l’adversaire dans sa folie si celui-ci a l’envie (et les moyens) d’être joueur. Deux ans auparavant, c’est dans un genre de 3-2-3-2 asymétrique – variante du 2-3-5 parfois utilisé en Bundesliga – qu’il avait roulé sur la Roma (7-1). Des choix souvent validés par les résultats… mais très lointains. Car Guardiola, dont l’obsession pour la préparation des matches n’a pas diminué depuis, s’éloigne de plus en plus de cette radicalité offensive.

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Volonté d’adaptation

Il y a quelques semaines, l’excellent avait été suivi du catastrophique. Disposé dans un 4-3-3 avec le milieu Phil Foden en pointe et l’attaquant Gabriel Jesus côté gauche, City s’était régalé face à un Real décidé à relancer coûte que coûte. Les deux erreurs de Raphaël Varane, largement évitables, sanctionnaient la perte du rapport de force dans la résistance au pressing, terrain sur lequel les Anglais espéraient défier leur adversaire. Dans la foulée, c’est dans une drôle de défense à trois vaguement protégée par Rodri que les Skyblues avaient cédé contre Lyon. Une équipe certes dangereuse, mais qui ne méritait peut-être pas autant d’adaptations de la part du favori. Pas de ce genre, en tout cas.

Pep Guardiola

Crédit: Getty Images

Car ces deux matches européens aux résultats opposés (victoire 2-1 confirmant celle de l’aller puis défaite 3-1) partagent les mêmes racines. Plus que dans la volonté de s’ajuster, qui a toujours animé Pep – surtout depuis sa dernière année à la tête du Barça –, cela se traduit par l’ampleur des changements ainsi qu’une certaine frilosité. Une volonté de provoquer l’erreur chez l’adversaire et de masquer ses propres faiblesses. Un contexte où la possession dans le camp adverse n’est pas essentielle, idée illustrée par un Ederson dégageant tous ses ballons loin face aux Madrilènes. S’il restait la volonté de mettre du monde devant le ballon pour trouver des solutions de passe, les circuits étaient moins ambitieux donc plus faciles à défendre.

Pas de bonne formule

L’élimination par l’OL, et le commencement d’une nouvelle saison après une courte trêve, n’a pas changé la donne. Contre Wolverhampton et Leicester, c’est un double pivot Rodri-Fernandinho qui a été aligné devant la défense. Une adaptation pas si étonnante, le nouvel adjoint Juanma Lillo étant considéré comme le pionnier du 4-2-3-1, mais qui ne ressemble en rien à la philosophie du boss. Premier “quarterback” de très haut niveau devant la défense sous les ordres de Johan Cruyff, Guardiola avait privilégié Sergio Busquets à Yaya Touré en Catalogne et s’était appuyé sur Xabi Alonso en Bavière. Des profils peu mobiles mais doués techniquement, dont le manque d’abattage était compensé par la structure collective.

Viable à Wolverhampton (3-1), la formule a montré ses limites face à Leicester, l’équipe s’effondrant à la sortie de Fernandinho (2-5). L’idée d’aligner deux joueurs de contrôle n’a pas été reconduite depuis, mais Ilkay Gundogan a notamment été intégré dans un milieu à trois la semaine dernière contre Porto (3-1) et West Ham (1-1). Des matches où, comme contre Arsenal (1-0), les prises d’initiatives individuelles ont été dures à distinguer des compensations préparées en amont. Mais où Manchester City a à nouveau attaqué façon fer à cheval : beaucoup de passes entre centraux et décalages sur les côtés, très peu d’incursions à l’intérieur.

Pep Guardiola (Manchester City)

Crédit: Getty Images

Une façon de faire qui n’est pas mauvaise en soi, puisqu’elle limite les risques de concéder une contre-attaque facile en cas de perte de balle et a notamment permis au Real de Zinédine Zidane, doté de bons centreurs et d’excellents joueurs de surface, de remporter trois Ligues des champions consécutives. Sans gabarits capables de prendre les ballons de la tête, les Citizens ne peuvent cependant pas trop passer par les airs et cherchent plutôt à créer des décalages. La ligne de touche, qui reste l’allié le plus fiable des défenseurs, réduit pourtant leur terrain d’expression et augmente le risque de tourner en rond.

Ère du temps

En Premier League, Manchester City est passé de 13,4 tirs dans la surface la saison dernière à 8,8 depuis la reprise. Un recul qui se retrouve dans les différentes statistiques de création (Aston Villa et Brighton sont par exemple devant en expected goals par match), et qui semble marquer une dépendance aux individualités. David Silva parti à la Real Sociedad et Kevin de Bruyne gêné par des soucis physiques, rares sont les joueurs qui proposent des solutions pour faire vivre le jeu entre les lignes. Les ailiers provoquent et les latéraux prennent l’espace, mais il est de plus en plus difficile de le créer.

Les explications à ce phénomène existent. Moins riche qu’attendu vu les sommes engagées, l’effectif – pas aidé par un recrutement imparfait – a du mal à absorber les nombreuses blessures dans le secteur offensif. Et la probable érosion du discours rend risqué le fait de jouer très haut, le pressing à la perte de balle reposant d’abord sur l’envie de faire des efforts. Mais le football va paradoxalement dans le sens de Pep Guardiola, dont le 3-7-0 aux airs de 3-3-4 aligné face à Santos en finale du Mondial des clubs 2011 annonçait l’avènement d’un football “liquide”.

Pep Guardiola

Crédit: Getty Images

Proche d’éliminer le PSG en quart de finale de C1, l’Atalanta prône le pressing en marquage individuel, fait monter ses centraux et multiplie les combinaisons en triangle. Demi-finaliste surprise bien qu’impuissant face aux Parisiens, Leipzig met cinq joueurs dans les trente mètres adverses et change son dispositif quand la balle est perdue. Vainqueur de la compétition, le Bayern relance sous pression et défend avec des centraux à la médiane. Des quatorze joueurs de champ alignés en finale, seuls Jérôme Boateng et son remplaçant Niklas Süle n’ont d’ailleurs jamais été meneurs ou ailiers dans leur carrière.

Toutes les grosses équipes doivent-elles suivre le mouvement et empiler les éléments offensifs ? Évidemment que non, en tout cas pas sans avoir testé leur polyvalence en amont. Pep Guardiola, habitué à mettre des créateurs à des postes reculés, sait tout de l’avantage que cela procure. Mais, en ce moment, sa recherche d’équilibre rime surtout avec perte de capacité à créer le déséquilibre.

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