“Oui, ils vont continuer” : un ex-joueur français raconte l’envers du décor biélorusse

L’étau se resserre. Alors que la Biélorussie continue de vivre comme si de rien n’était malgré la pandémie de coronavirus qui secoue la planète, la politique actuelle du président Alexander Lukashenko est exceptionnellement contestée. Près de 160 000 Biélorusses ont signé une pétition pour demander le confinement de la population et les stades de football se vident match après match (ndlr : la 5e journée se déroule en cette fin de semaine). A tel point que des mannequins remplacent peu à peu les supporters du Dynamo Brest.

Peu importe les réactions et la crise sanitaire, la Belarusian Premier League va bien se poursuivre. Outre le Tadjikistan, le Burundi et le Nicaragua, la Biélorussie est le seul pays européen où le Covid-19 n’a pas interrompu le bon déroulé des rencontres. Pourtant, près de 3300 cas et une trentaine de décès ont été recensés selon les derniers chiffres officiels communiqués par cet ex-pays de l’URSS, indépendant depuis 1991 et dernière dictature d’Europe.

Vidéo – Coronavirus – En Biélorussie, le Dinamo Brest remplace ses supporters par des mannequins

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“Oui, ils vont continuer. C’est ce que m’ont confirmé mes contacts, proches du championnat biélorusse“, nous confie Aurélien Montaroup, l’actuel entraîneur des U19 à Rennes. La Biélorussie, l’ancien joueur du Stade Malherbe Caen et de l’US Créteil connaît bien pour y avoir évolué entre 2009 et 2011.

Avant de poser ses valises dans le grand Est, il défendait les couleurs de Vitré en N2. Mais ce sont ses prestations avec les équipes de jeunes du Stade Rennais qui lui ont ouvert les portes d’un nouvel horizon. “J’ai été sollicité par le Dynamo Minsk. Slavo Muslin (ndlr : ex-technicien de Bordeaux en 1995-96 et de Lens la saison suivante) entraînait là-bas et il m’avait repéré. Au départ, je devais faire une semaine de test, mais au bout d’une journée, il m’a proposé de signer. J’avais 23 ans“, rembobine-t-il.

Aurélien Montaroup (à droite), à la lutte face à Wilfried Dalmat (ex-Bruges), a porté le maillot du Dynamo Minsk de 2009 à 2011.

Aurélien Montaroup (à droite), à la lutte face à Wilfried Dalmat (ex-Bruges), a porté le maillot du Dynamo Minsk de 2009 à 2011.Getty Images

Neuf ans après son départ de Biélorussie, Aurélien Montaroup suit toujours assidûment l’actualité de son ex-pays d’accueil. Pour l’ancien Caennais, l’explication de la poursuite du championnat biélorusse est principalement d’ordre (géo)politique. “Alexander Lukashenko a voulu montrer au monde entier qu’il n’y avait pas de risques chez lui et que le Covid-19 n’allait pas empêcher les Biélorusses de vivre, explique le technicien rennais. Tous mes amis là-bas continuent de travailler. Le président refuse que le pays soit à l’arrêt.”

Des propos confirmés par Jérémy Mawatu, l’actuel milieu de terrain français de l’Energetik-BDU Minsk, leader ex-aequo du championnat biélorusse. “Ici, on n’en parle pas beaucoup, assure l’ancien joueur de l’US Créteil, formé à l’AJ Auxerre, sur le site de So Foot. Le club nous a quand même donné des consignes, comme par exemple de se laver les mains, de mettre du gel hydro-alcoolique. Mais en Biélorussie, ils sont sereins. Tout le monde est dehors. Le bar à chicha est toujours ouvert, les magasins pour les courses ferment à 2h du matin. Je ne suis pas très inquiet. C’est totalement l’inverse des autres pays en Europe. Il n’y a pas d’attestation pour sortir ici.”

En poursuivant le championnat, le pouvoir biélorusse souhaite aussi montrer à sa population qu’il maîtrise totalement la situation. “Le président veut faire croire aux habitants que c’est moins bien à l’extérieur, qu’ils sont protégés grâce aux frontières fermées depuis de longues années, note Aurélien Montaroup. Tu ne rentres pas sans visa en Biélorussie.” A sa manière, Alexander Lukashenko a tenté de rassurer les habitants de Minsk et de province. En leur conseillant de boire de la vodka, de travailler ou d’aller au sauna. “Il n’y a pas de virus ici. En avez-vous vu flotter dans les airs ? Le sport est le meilleur remède contre le virus. C’est mieux de mourir debout que de vivre à genoux“, a-t-il déclaré à l’issue d’un match de hockey-sur-glace, sport national en Biélorussie.

Quand j’allais sur des sites internet français, ça coupait

De plus, la population locale n’est pas totalement informée en temps réél par rapport à la situation sanitaire mondial. “Les Biélorusses ne ressentent pas la même pression que nous par rapport aux informations qui sont divulguées“, renchérit Aurélien Montaroup. Le nombre de chaînes est extrêmement limité et les seules informations extérieures proviennent de Russie. “Le gouvernement biélorusse ne laisse rien passer. Quand j’étais là-bas et que j’allais sur des sites français, ça coupait“, précise-t-il.

Une promotion du système de santé biélorusse

Soutenu directement par certains présidents de clubs, dont celui du champion 2019, le Dynamo Brest, qui est l’ami de son fils, Alexander Lukashenko souhaite aussi prouver que son système de santé tient le choc. “Le secteur médical y est très développé, ils sont même devant certains pays européens, estime le Français de 34 ans. Le président a massivement investi dans la santé. Ils ont énormément de respirateurs. Je me souviens qu’à l’époque, la médecine biélorusse était déjà très performante. Quand j’allais faire mes tests médicaux en début de saison, c’était vraiment pointu.”

Vidéo – Coronavirus – En Biélorussie, le sport continue sans crainte du Covid-19

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Certes, les frontières de ce pays de l’Est, (“qui ne totalise pas plus de quatre McDo” et “rappelle les années 70 [à ses parents]”), sont fermées à la population locale. Mais à quelques exceptions près. Notamment pour les étudiants en médecine. L’idée ? Apprendre chez les pays les plus performants pour en faire profiter le pays ensuite. “Ils en ont l’obligation“, rappelle Aurélien Montaroup.

Plus que jamais visible grâce à son championnat de football, la Biélorussie attire désormais les regards du monde entier.

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