“Neige – Bastogne – Neige” : Il y a 40 ans, le chef-d’oeuvre de Bernard Hinault

LIEGE-BASTOGNE-LIEGE – Il y a quarante ans, Bernard Hinault bravait le froid et la neige pour s’imposer dans des conditions dantesques et signer sa deuxième victoire sur la Doyenne. L’occasion pour notre chroniqueuse Béatrice Houchard d’ouvrir une boîte à souvenirs pleine de merveilles de sur le champion Français.

Je n’ai aucun souvenir de la seconde victoire de Bernard Hinault dans Liège-Bastogne-Liège, il y a quarante ans. Où étais-je ce dimanche 20 avril 1980 ? Faute d’avoir gardé l’agenda, je suis incapable de répondre. Sans doute au travail, pour l’un de ces “reportages” (un bien grand mot !) qui nourrissent délices et corvées dominicales dans la presse régionale : peut-être une fête de village en Sologne, un repas de personnes âgées dans le Perche ou une centenaire à photographier dans une maison de retraite de Blois, dans une époque où le terme “Ehpad”, si sombre aujourd’hui, n’existait pas.

Je n’ai donc pas vu la course en direct à la télévision. Je n’ai découvert l’exploit qu’après : Hinault avec son bonnet rouge, roulant sous la neige et triomphant alors que seulement 21 coureurs, sur 174 partants, franchissent la ligne d’arrivée. Aujourd’hui, avec des conditions semblables, qui sait, on arrêterait peut-être la course.

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05/11/2019 À 09:55

Bernard Hinault, outre le fait qu’il avait mes initiales, c’est d’abord le premier vainqueur du Tour de France à être plus jeune que moi. Pas de grand-chose, mais assez pour que j’aie eu l’impression que le “Blaireau” m’avait donné un premier coup de vieux. Il y en aura d’autres, mais ça marque.

Tour de France 1978 : Bernard Hinault fête à Paris sa 1re victoire sur le Tour de France. A droite, en vert, Freddy Maertens.Tour de France 1978 : Bernard Hinault fête à Paris sa 1re victoire sur le Tour de France. A droite, en vert, Freddy Maertens.

Tour de France 1978 : Bernard Hinault fête à Paris sa 1re victoire sur le Tour de France. A droite, en vert, Freddy Maertens.

Crédits Getty Images

Pourtant, je n’ai pas été passionnée par la carrière de Bernard Hinault, passé professionnel lorsque j’entrais dans la vie active, ce qui m’a provisoirement éloignée du cyclisme. On ne peut pas courir tous les lièvres à la fois. Comme il n’y avait pas de poste de télévision dans la rédaction (ça n’a rien à voir, mais il n’y avait pas non plus de dictionnaire), j’ai sans doute oublié pour quelques temps les classiques de printemps et même, un peu, le Tour de France. Un tout petit peu.

Paris-Roubaix, “cette belle cochonnerie”

Hinault, c’était l’exact contraire de Raymond Poulidor, que j’aimais tant. Lui-même a résumé son état d’esprit : “Je montais sur mon vélo pour gagner. Le plaisir de dominer les autres me prodiguait une jouissance mentale, me permettait de serrer les dents sous la douleur.” Même Jacques Anquetil ne serait pas allé jusque-là. Quant à la “jouissance mentale” de Poulidor, c’était simplement d’être coureur cycliste. Un autre monde.

Ma relative indifférence n’exclut pas l’admiration. Surtout avec le recul. Ce qui m’a épatée chez Bernard Hinault, c’est cette volonté de se fixer des objectifs, de les crier sur tous les toits et de les atteindre. Son côté “veni vidi vici”. Il n’aime pas Paris-Roubaix (cette “belle cochonnerie“, dira-t-il) mais il ne peut pas ne pas l’accrocher à son palmarès. Alors il vient en 1981, vêtu de son maillot arc-en-ciel, passe les pavés, crève, tombe, attaque. Et gagne au sprint sur le vélodrome, à la barbe, on croit rêver, de Roger de Vlaeminck et Francesco Moser, sept Paris-Roubaix à eux deux, et sous les yeux de Louison Bobet, qui était le dernier Français vainqueur de la course en 1956. Depuis, il y en a eu d’autres : Marc Madiot et Gilbert Duclos-Lassalle (deux fois chacun) et Frédéric Guesdon en 1997.

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Idem avec le championnat du monde de Sallanches en 1980. Normalement, quand on a une telle “pancarte dans le dos” (j’adore cette vieille expression pour désigner le favori), on a le plus grand mal à s’imposer. Mais c’est Hinault. Dans la dernière escalade de la côte de Domancy, il reste seul en tête avec Baronchelli. Ecoutons Dominique Le Glou qui résume pour Antenne 2 : “Un démarrage foudroyant. Baronchelli paralysé, en cent mètres il en concède vingt. C’est fini. La course est jouée“. Ce soir-là, c’est Léon Zitrone qui présente le journal télévisé…

Admirant l’immense champion, j’étais moins séduite par son côté perpétuellement grognon, bagarreur, semblant vouloir prendre une revanche sur la terre entière. Ou conduisant le peloton à la grève. Jacques Anquetil l’avait fait en 1966 à Bordeaux pour protester contre les premiers contrôles anti-dopage (on disait “doping”). A Valence d’Agen, le 12 juillet 1978, c’est pour protester contre les transferts de ville à ville et les cadences infernales que le peloton, Hinault en tête, met pied à terre à cent mètres de la ligne d’arrivée. Tant pis pour le public et pour le maire, Jean-Michel Baylet, auquel Hinault lancera des années plus tard : “De quoi te plains-tu ? Si nous n’avions pas fait grève, ton bled, personne ne le connaîtrait !

Tout ça, c’est à cause des Romains

Mais ce qui m’a le plus bluffée, ce sont ses deux victoires dans l’étape des Champs-Elysées, lors de deux de ses cinq succès dans le Tour. Celle de 1982, au sprint, alors qu’il aurait pu se protéger au cœur du peloton pour ne pas prendre de risques, comme n’importe quel autre vainqueur. Et surtout celle de 1979, où il s’offre le luxe de faire cinq tours sur les Champs échappé avec son second au classement général, Joop Zooetemelk. Si ça ne s’appelle pas du panache, je ne connais rien au vélo ni à la vie.

Pour revenir à ce Liège-Bastogne-Liège, surnommé “Neige-Bastogne-Neige”, il suffit d’aller voir les images d’archives pour mesurer la portée de l’exploit. Il neige et pas qu’un peu, le vent est glacial. Une heure après le départ, la moitié des coureurs ont abandonné et pas des moindres : Van Impe et Pollentier ont mis pied à terre, comme Giuseppe Saronni, vainqueur trois jours plus tôt, dans la chaleur, de la Flèche Wallonne, avec Hinault à la troisième place.

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Côte de Stockeu, côte de La Redoute, côte de la Haute-Levée. S’il avait neigé au ravitaillement, il dit qu’il aurait abandonné aussi. Mais au ravito, il y a un rayon de soleil. Et voilà Hinault qui attaque à 80 kilomètres de l’arrivée. Et gagne. Derrière lui, il faut attendre 9’24” pour voir arriver Kuiper puis Claes, de Wolf, Bazzo, Van Springel, Van Calster, Van der Velde, Schepers et Duclos-Lassalle. On a envie de tous les citer. Le 21e et dernier, Wilmann, est à 27 minutes. Bernard Hinault, sur le podium, constate que ses deux majeurs sont gelés. Il en gardera longtemps des séquelles.

Tout gamin, le jeune Bernard allait à vélo à l’école Saint-Aubin, même quand il neigeait, parcourant quatre fois par jour 2,5 kilomètres depuis Yffiniac. “Il n’a pas attendu Liège-Bastogne-Liège pour rouler dans le froid glacial, lui, écrit Christian Laborde dans “L’épopée du blaireau”. Il n’a pas attendu Paris-Roubaix pour bouffer de la poussière et des pavés. Car des pavés, y’en a eu, à Yffiniac. Les pavés, à Yffiniac, c’est les Romains qui s’y sont collés“. J’ai compris : tout ça, c’est à cause des Romains. Pas étonnant que Bernard Hinault ait repris à son compte la maxime de Jules César !

Bernard Hinault brave le froid et la neige en 1980Bernard Hinault brave le froid et la neige en 1980

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Crédits Imago

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