Milinkovic-Savic, mercato man

Des interviews qui se comptent sur les doigts d’une main, et un compte Instagram qui lui sert surtout à relayer des montages de lui en “sergent”, son surnom à la Lazio. Sergej Milinkovic-Savic est du genre discret, et ne fait rien de spécial, en dehors des terrains, pour attirer la lumière. Mais le mercato s’en charge pour lui. Lorsque l’été arrive, et que le marché des transferts se profile, le milieu serbe de 25 ans voit son nom s’afficher dans les journaux d’Espagne, d’Angleterre et de France, puisque ces derniers jours, le PSG, comme en 2017, comme en 2018, et comme en 2019, a encore été cité comme une destination potentielle à l’intersaison.

“S’il y a une situation qui rend le club et le joueur heureux, ce sera pris en considération, a déclaré le directeur sportif romain Igli Tare à ce sujet. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’il est heureux ici et que nous sommes contents pour lui qu’il reste.” Et pour cause: depuis maintenant cinq ans, Sergej Milinkovic-Savic fait le bonheur des tifosi laziali.

Né avec de bons gènes

“SMS” et le ballon, c’est d’abord une histoire de famille. Fils d’un footballeur professionnel, Nikola Milinkovic, et d’une basketteuse professionnelle, Milana Savic (ce qui peut expliquer sa taille avantageuse d’1,93m), le milieu est né en Espagne, à Lérida, à une époque où Nikola défendait les couleurs du club local. Il est par ailleurs le frère ainé du gardien Vanja Milinkovic-Savic (23 ans), prêté par le Torino au Standard Liège cette saison.

S’il a tapé ses premiers ballons au Portugal, parce que le paternel y évoluait, c’est bien en Serbie qu’il a fait toutes ses classes. Formé à Vojvodina, il y a signé son premier contrat professionnel en décembre 2012, avant de débuter en équipe première l’année suivante, puis de filer à Genk à l’été 2014, avec seulement une poignée de matchs dans les jambes. C’est en Belgique, dès sa première saison, qu’il tape dans l’oeil de la Lazio. En août 2015, le club romain met 9 millions d’euros sur la table (puis 9 autres plus tard, pour un total de 18 millions) pour recruter le milieu de 20 ans. A noter que SMS aurait dû s’engager cet été-là avec la Fiorentina. Mais l’histoire raconte qu’il a fondu en larmes au moment de signer son contrat, pour faire volte-face.

Le Paul Pogba de Serbie

Si la Lazio a misé à l’époque une telle somme pour un jeune homme qui n’avait encore rien prouvé au très haut niveau, c’est avant-tout pour son profil, d’une précieuse rareté. Joueur très complet, perçu par certains comme un parfait récupérateur, par d’autres comme un excellent milieu offensif, Sergej Milinkovic-Savic est un vrai “box-to-box”, capable d’être décisif autour des deux surfaces. Bien qu’il ne soit ni un sprinteur, ni un marathonien, son physique imposant, son jeu de tête et sa puissance lui permettent d’être précieux à la récupération de balle, tandis que sa vision de jeu, sa qualité de passe et son sens de la finition font de lui un véritable danger offensif – plus dans la projection que la création. Les Rennais en ont fait la malheureuse expérience en octobre dernier.

Des qualités qui rappellent peut-être au public français celles d’un champion du monde: un certain Paul Pogba, le joueur avec lequel SMS a été le plus comparé ces dernières années (même si l’intéressé se voit plus comme un Yaya Touré). “J’espère qu’il pourra être meilleur que Paul Pogba, parce que j’estime que c’est un des meilleurs milieux de terrain du moment”, lâchait ainsi son entraîneur Simone Inzaghi en 2018. Pourtant, le technicien italien, ainsi que son prédécesseur Stefano Pioli, ont d’abord eu du mal à trouver une place au Serbe et à son style dans leur équipe-type. Ni véritable 6, ni véritable 10, Milinkovic-Savic a fait l’objet de quelques tâtonnements avant de s’installer définitivement au coeur du jeu laziale (dans un 3-5-2 parfaitement huilé cette saison).

Il faut dire aussi que le joueur a largement progressé. Sur un plan tactique, une évidence en Italie, mais aussi en terme d’efficacité: 3 buts et 1 passe en 2015-2016, 7 buts et 7 passes en 2016-2017, 14 buts et 8 passes en 2017-2018 (la saison de son explosion), 7 buts et 3 passes en 2018-2019, et 5 buts et 7 passes dans l’exercice en cours. La saison passée, Milinkovic-Savic a d’ailleurs été élu meilleur milieu de Serie A, ce qui lui vaut le droit de porter un badge spécial sur son maillot.

“On était un peu sceptique au début, car on ne réussissait pas à l’identifier, mais c’est ça sa force, c’est lui qui choisit sa position de match en match, tentait de résumer l’ancien capitaine laziale Giuseppe Wilson à Sport/Foot Magazine en 2017. Ça en fait un joueur difficile à marquer, qui peut occuper à peu près tous les postes au milieu de terrain. Un joueur atypique avec un physique de basketteur et une excellente technique.”

Un agent nommé… Kezman

Vainqueur de l’Euro U19 en 2013 et de la Coupe du monde U20 en 2015, SMS n’a pas encore franchement brillé en équipe nationale (15 sélections seulement), notamment à cause d’une étonnante mise à l’écart à l’époque du sélectionneur Slavoljub Muslin. Mais cela ne l’empêche pas d’avoir une énorme cote sur le marché.

En 2017, déjà, le président de la Lazio Claudio Lotito assurait avoir refusé une offre de 70 millions d’euros pour son excellent milieu. A l’été 2018 en marge du Mondial, puis à l’été 2019, c’est même une somme à trois chiffres qui était évoquée, alors que la Juventus, Manchester United, le Real Madrid, et donc le PSG pointaient leur nez. A chaque fois, il semblait impossible de revoir Milinkovic-Savic sous le maillot laziale à la reprise. A chaque fois, le Serbe est resté. La preuve, aussi, d’une certaine stabilité.

Alors que Sky et le Corriere dello Sport ont évoqué récemment une prolongation, SMS serait aujourd’hui lié au club romain jusqu’en 2024. Autant dire que même avec la crise actuelle, et la probable baisse des prix, il faudra faire un joli chèque pour convaincre les dirigeants de la Lazio. Les dirigeants, et l’agent du joueur, l’ancien attaquant parisien Mateja Kezman, qui semble savoir ce que vaut son poulain. “Quand Sergej est arrivé en Italie, on l’a comparé à Pogba. Mais maintenant, je pense que Milinkovic-Savic possède des qualités différentes et supérieures à lui, assurait le représentant en 2018 à Mozzart Sports. Il a fait d’énormes progrès et il peut devenir le plus complet de la planète. Il est grand et a un toucher de balle similaire à celui des Brésiliens. Parfois, il me rappelle Zidane. Dans quelques années, il pourra faire partie des candidats au Ballon d’or.” Rien que ça.

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