Ligue 1 – Al-Khelaïfi: “Il faut qu’on soit tous unis et arrêter avec les comportements égoïstes”

Nasser Al-Khelaïfi, comment allez-vous et comment vivez-vous ce confinement?

Je vais bien, je vous remercie. Je suis chez moi, avec ma famille, et je fais comme tout le monde: je reste à la maison, je respecte les gestes barrières et les mesures de distanciation sociale. Comme tous les Qataris qui rentraient de l’étranger, j’ai été placé en quarantaine, à Doha, pendant plus de deux semaines. Ces moments ont été un peu compliqués car je ne pouvais pas voir ma famille pendant cette période. Le côté positif, c’est que ça m’a laissé beaucoup de temps pour continuer à travailler et avoir notamment de nombreux échanges avec des présidents d’autres clubs français, ainsi qu’avec la LFP, l’UEFA, l’ECA et les détenteurs de droits TV. Avec un objectif très clair: chercher toutes les solutions possibles face à cette crise inédite. Je me suis engagé dans ces missions et ces réflexions pour l’avenir, non seulement du Paris Saint-Germain, mais aussi du football français et européen. En parallèle, je me suis également entretenu avec le Directeur général de l’OMS pour lui offrir, à travers le réseau international de beIN, des prises de parole de nos joueurs, d’actrices et d’acteurs sous contrat avec Miramax. Le projet consiste aussi à soutenir l’OMS dans la médiatisation de ses opérations actuelles et futures.

Vous avez agi activement pour plusieurs fondations avec le PSG et en mettant une banderole sur le Parc des Princes. Pourquoi?

Tout d’abord, j’ai une pensée de solidarité et de soutien pour toutes les personnes affectées par ce virus, qu’elles soient à l’hôpital, dans les maisons de retraite ou ailleurs. Ces gens et leur famille traversent des moments très éprouvants et je veux leur dire tout mon soutien. Voir partir un être cher est l’une des épreuves les plus douloureuses de la vie. Concernant nos actions sur le terrain, dès le début de cette crise, j’ai souhaité la mobilisation la plus forte possible sur différents terrains d’action. L’une des premières priorités a été à mes yeux de lever des fonds pour venir en aide aux personnes les plus démunies. C’est pour cela que le Paris Saint-Germain a fait un premier don de 100.000 euros au Secours Populaire, avec lequel notre Fondation vient d’ailleurs de prolonger son partenariat. L’idée, c’est de soutenir des associations d’entraide dans leurs initiatives sur Paris et l’Ile-de-France, puis dans d’autres régions françaises et à l’international. Par ailleurs, j’ai également décidé d’offrir l’espace du Parc des Princes.

Sous quelle forme?

Cela s’est fait à deux niveaux. D’abord, dès les premiers jours du confinement, en pleine progression de la pandémie, j’ai demandé un audit des actifs du club susceptibles d’être mis à disposition immédiatement des associations qui interviennent sur le terrain. C’est ainsi que le Parc des Princes a été transformé en plateforme logistique avec trois espaces dédiés à ces opérations de soutien. Vous avez ainsi un espace utilisé pour préparer des repas dans nos cuisines, ces repas ensuite livrés aux personnels soignants via des food trucks appartenant à des partenaires bénévoles. Un autre espace sert de base logistique à Action Contre la Faim, un des partenaires de notre Fondation. Enfin, un troisième espace est réservé à l’AP-HP si les autorités sanitaires en exprimaient le besoin. Par ailleurs, la flotte de véhicules du club non utilisés par le club sert également à différentes associations. Nous avons aussi offert la possibilité d’utiliser l’espace du futur centre d’entrainement. Enfin, nous jouons sur l’architecture spectaculaire du Parc, et sur son emplacement très visible au-dessus du périphérique, pour y afficher des messages de solidarité. C’est comme cela que vous pouvez voir aujourd’hui sur une façade du Parc ces messages à tous ces héros, des hôpitaux et de beaucoup d’autres métiers, qui permettent à la France de tenir le coup dans ces moments délicats. J’insiste, ce sont tous des héros. Avec ALL, notre partenaire majeur, nous voulions absolument les remercier et les encourager.

Cela vous tenait à cœur?

Bien sûr! Le Paris Saint-Germain est un club citoyen, un club engagé, un club responsable. Et cela ne date pas d’hier. Notre Fondation, très active sur de multiples terrains, célébrera ses 20 ans en septembre prochain. D’où notre expérience en matière de solidarité et notre réseau très efficace de relations avec plusieurs associations caritatives. Quand les activités sportives sont possibles, notre rôle est de partager des émotions et un spectacle avec le public. Actuellement, ce rôle est différent: il consiste à se mettre à disposition pour aider. Nous utilisons ainsi l’impact du club et de ses joueurs, actuels et anciens, pour faire passer des messages de prévention et de solidarité, notamment sur nos réseaux sociaux, qui comptent près de 85 millions de suiveurs. Vous savez, je suis très attaché à Paris et c’est dans les moments difficiles qu’il est très important d’afficher sa solidarité avec ceux qui souffrent, ceux qui soignent, ceux qui travaillent dur. Ce n’est pas seulement important pour moi: les salariés du club ressentaient également ce fort besoin de mobilisation. Ils se montrent d’ailleurs très actifs autour de nos différentes initiatives et je les en remercie du fond du cœur.

Est-ce qu’on peut s’attendre à d’autres actions du PSG?

Oui, il y en aura. Nous en mènerons notamment avec nos partenaires dans les semaines à venir. Je voudrais d’ailleurs particulièrement remercier l’ensemble de nos partenaires, à commencer par Accor. Notre partenaire majeur a pris cette magnifique initiative d’offrir l’accès à 300 hôtels de son groupe proches d’hôpitaux afin de faciliter le suivi de certaines personnes infectées. C’est admirable de leur part et je félicite Sébastien Bazin pour ce geste exemplaire. L’important pour nous, au Paris Saint-Germain, c’est notre volonté d’inscrire ce mouvement de solidarité dans la durée. Une fois cette crise passée, nous resterons au soutien, d’une façon ou d’une autre. On se doit d’autant plus de rester actifs et engagés que nous avons valeur d’exemples pour de nombreux jeunes. Enfin, je voudrais dire que j’ai été extrêmement touché d’observer l’engagement de nos supporters.

Soutenu et motivé par plusieurs présidents de Ligue 1, vous avez décidé d’aller mener les négociations avec les diffuseurs. Pourquoi?

Je n’ai pas choisi de participer à ces négociations. Si je n’avais pensé qu’à mon intérêt personnel, j’aurais refusé mais j’ai toujours pensé que l’intérêt collectif, celui du football français, devait prévaloir sur les intérêts personnels et les batailles d’ego. Alors, après en avoir discuté avec les autres présidents de clubs ainsi qu’avec Maxime Saada, le président du directoire de Canal+, j’ai décidé d’intégrer ces négociations. Nous en connaissons tous parfaitement les enjeux. Au regard des incertitudes que fait planer la crise actuelle, il en va de la survie de certains clubs de L1 et L2. Nous ne pouvons pas l’accepter. Aucun club ne mérite de disparaître, d’autant que personne, pas plus dans le monde sportif qu’ailleurs, n’avait réellement anticipé les lourds problèmes que nous subissons aujourd’hui. S’il y a un moment où il faut travailler tous ensemble, c’est bien maintenant.

Plusieurs présidents vous félicitent car ils disent que vous étiez celui qui était le moins en difficulté…

Je sais parfaitement que nous ne sommes pas les plus à plaindre en ce moment. Mais croyez-moi, si l’on se place d’un strict point de vue financier, l’impact des événements actuels – et de toutes les incertitudes qui en découlent – est considérable pour un club comme le nôtre. Je ne vais pas vous révéler un secret en vous disant que notre masse salariale est d’un volume conséquent. En fin de saison, nous risquons de subir des pertes colossales. Nous ferons face mais rien ne sera simple et il faudra du temps pour retrouver un équilibre. En attendant des jours meilleurs, nos collaborateurs sont en chômage partiel, comme ceux de l’ensemble des clubs français.

Où en sont les négociations pour la Ligue 1?

Le principe des négociations, c’est qu’elles doivent rester confidentielles si on veut avoir une chance de réussir. De manière générale, on parle beaucoup trop. Tout le monde a un avis et c’est bien normal, mais à la fin c’est comme si on marquait des buts contre notre camp. Par exemple sur le calendrier, tout sort dans la presse avant même que la Ligue ait officiellement communiqué. J’ai même lu que certains voulaient des championnats à 22 clubs, ce n’est pas une option voire même un sujet de discussion. Pour moi, j’ai toujours dit qu’il fallait s’en tenir à un principe: on termine les compétitions et on voit avec quel calendrier en fonction de la situation sanitaire, des décisions du gouvernement et de l’UEFA.

Attendez-vous un geste symbolique de vos joueurs sur les salaires?

J’attends d’eux un effort pour leur club. Ils connaissent leurs responsabilités. 

Avez-vous des nouvelles de vos joueurs ? Tout se passe bien pour eux?

Le secteur sportif s’en charge et me relaie ce que j’ai besoin de savoir. Je suis régulièrement tenu informé par Leonardo. Ma seule demande aux joueurs a été celle-ci: que chacun fasse preuve de responsabilité en s’entretenant physiquement, afin de se tenir prêt à reprendre la compétition quand une fenêtre se rouvrira. Car il ne vous a pas échappé que nous avons devant nous une fin de calendrier avec des échéances sportives importantes… Vous pouvez me croire, pouvoir finir la saison nous tient vraiment à cœur, si les conditions sanitaires sont réunies bien sûr. Comme nos fans, nous sommes sevrés de football depuis cette soirée si spéciale contre Dortmund. Un match qui nous donne forcément envie de regoûter au parfum de la compétition dès que ce sera possible…

Comment faire pour améliorer la situation du football français durant cette crise?

On doit apprendre de cette crise tous ensemble pour en ressortir plus fort pour le futur du football en France. Il faut que l’on soit tous unis et arrêter avec les comportements égoïstes. Là, il n’y a pas de grands, moyens ou petits clubs comme je peux l’entendre parfois où on veut nous opposer au lieu de nous réunir. Ce n’est qu’ensemble que l’on pourra gagner.

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