Le Tour de France partira finalement le 29 août, avec le même parcours

Lors de la neuvième étape du Tour de France, le 14 juillet 2019 entre Saint-Etienne et Brioude.

Lors de la neuvième étape du Tour de France, le 14 juillet 2019 entre Saint-Etienne et Brioude. JEFF PACHOUD / AFP

S’il n’en reste qu’un à la fin, ce sera peut-être bien lui. Du haut de ses 117 ans, le Tour de france est un centenaire coriace et même résistant à l’épidémie de Covid-19, pour l’instant. Les festivals d’été sont annulés les uns après les autres, l’Euro de football et les Jeux olympiques de Tokyo ont battu en retraite pour revenir en 2021, mais lui résiste. Irréductible juillettiste, il va prendre ses aises plus tard dans l’été, fin août.

Christian Prudhomme, le directeur de l’épreuve, a officialisé les nouvelles dates, mercredi 15 avril : la 107e édition de la course cycliste se déroulera du 29 août au 20 septembre et non pas du 27 juin au 19 juillet comme prévu initialement. Le peloton s’élancera toujours de Nice pour un parcours inchangé.

Report devenu inévitable

« Nous imaginions d’abord un décalage pour début août, nous n’avons jamais rien envisagé sur juillet, mais avec l’intervention du professeur Xavier Bigard (médecin référent de l’Union cycliste internationale, UCI), on s’est dit qu’il fallait qu’on aille le plus loin possible, a expliqué M. Prudhomme, cité par l’Equipe. Il fallait absolument deux mois pour les coureurs avant le départ du Tour : un gros mois d’entraînement et ensuite quelques semaines avec au moins une épreuve de référence. »

Ce report était devenu inévitable depuis que le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé, lundi 13 avril, l’interdiction des « événements avec un public nombreux au moins jusqu’à la mi-juillet ». Un temps évoqué, le huis clos a été très vite considéré comme « inimaginable » par Christian Prudhomme.

Un adjectif également valable concernant une possible annulation. « Seule la guerre mondiale, à deux reprises, a empêché le déroulement du Tour de France », rappelait le patron de la course pendant Paris-Nice, en mars.

A l’époque, Amaury Sport Organisation (ASO, l’organisateur de la Grande Boucle) avait maintenu, à huis clos, sa « Course au soleil » comme le dernier reliquat de sport en France, alors que le confinement du pays était une question de jours.

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L’annulation ? « Un désastre total »

Là, il s’agit de sauver le Tour quoi qu’il en coûte, et peut-être le cyclisme avec lui. Si quelques esprits libres et même certains coureurs peuvent lui préférer le charme et l’authenticité d’un Giro italien, le Tour de France reste la vitrine de son sport, son poumon économique.

« Il y a assez peu de disciplines sportives qui reposent à ce point sur un événement, qui plus est détenu par un acteur privé et non une fédération », souligne Bruno Bianzina, directeur général de l’agence Sport Market.

Même des contempteurs de la toute-puissance d’ASO et de sa course se sont émus d’une éventuelle annulation. « On parle d’un désastre total », assurait, le 11 mars, Patrick Lefevere, directeur de l’équipe belge Deceuninck-Quick Step, pourtant davantage tournée vers les classiques. Mais en bon comptable de formation, le Belge avait déjà évalué cette hypothèse dans un entretien au quotidien Het Nieuwsblad : « ASO peut assumer un coup dur, les équipes ne peuvent pas. S’il n’y a pas de Tour de France, le modèle entier du cyclisme peut s’effondrer. »

Le directeur du Tour de France, Christian Prudhomme, le 7 octobre 2018 à Tours (Indre-et-Loire).

Le directeur du Tour de France, Christian Prudhomme, le 7 octobre 2018 à Tours (Indre-et-Loire). GUILLAUME SOUVANT / AFP

Il a déjà commencé à s’effriter. L’équipe polonaise CCC a suspendu les salaires de la majorité de ses coureurs, et le désengagement de son sponsor principal paraît acquis. En France, les coureurs veulent se raccrocher à la fidélité d’un partenaire historique, tel AG2R La Mondiale, comme c’est le cas pour Romain Bardet. « A l’étranger, je vois certaines équipes qui se délitent, dont les sponsors se retirent ou qui ne paient plus leurs coureurs ou l’encadrement. Leur système de protection est inexistant », observe le grimpeur français dans son carnet de bord de confinement pour Le Monde.

La menace ne tient pas aux primes reversées aux équipes par ASO, environ 2,3 millions d’euros sur l’édition 2019, selon l’association Sporsora, qui regroupe les acteurs de l’économie du sport. Le cyclisme vit du sponsoring, vendant du temps d’antenne à des partenaires qui voient leur marque sur le maillot des coureurs pendant trois semaines et leur nom associé à une longue échappée, par exemple. Or, le Tour de France offre une exposition incomparable en la matière, avec une audience estimée à 2 milliards de téléspectateurs cumulés dans 170 pays.

Manageur de l’équipe B & B Hotels-Vital Concept, Jérôme Pineau a mis trois ans pour obtenir une invitation pour la Grande Boucle. Alors, il mesure bien la valeur d’une saison avec et sans Tour. « C’est la clé de voûte de notre économie. Si le Tour est annulé, on court à la catastrophe, s’inquiétait-il, le 3 avril, au micro de France Télévisions. Le modèle économique de mon équipe repose aussi sur les hospitalités, et je compte énormément sur le Tour pour lever des fonds, choyer mes sponsors, organiser des reconnaissances d’étapes. »

La Vuelta forcée de laisser sa place

Les directeurs d’équipe craignent également que la crise économique et le risque de récession à venir n’affectent leurs partenaires. Dans ce cas, les budgets marketing sont souvent les premiers à sauter.

Dans un entretien au site Cyclingnews, Jonathan Vaughters, manageur d’EF Pro Cycling, a mis en garde ses différents homologues. Même ceux qui sont encore liés pour plusieurs saisons avec leur sponsor principal, comme c’est le cas de la plupart des équipes françaises : « J’ai lu quelques commentaires disant que les choses iront bien pour les équipes, parce qu’elles ont un contrat, mais c’est une chose assez stupide à dire. Quand une entreprise souffre financièrement et cherche une protection juridique, un contrat ne vaut pas grand-chose. »

Plus loin, l’Américain appelle à réfléchir à sortir de cette dépendance au Tour de France et à chercher « d’autres solutions pour diversifier les expositions médiatiques des équipes ». Un vœu pieux, pour l’instant.

Pour faire de la place à la Grande Boucle, c’est le Tour d’Espagne, prévu du 14 août au 6 septembre, qui va se pousser un peu. Un problème ? Au niveau politique et diplomatique, peut-être, mais ASO a racheté, en 2008, Unipublic, organisateur de la Vuelta. Cette dernière aura donc lieu après les championnats du monde sur route et après le Tour d’Italie (initialement prévu en mai), a annoncé l’UCI, mercredi.

Ebauche d’un nouveau calendrier

L’annonce des nouvelles dates pour le Tour de France s’accompagne des premières précisions de la part de l’UCI, depuis le début du confinement, sur le nouveau calendrier des courses cyclistes. Celles-ci ne pourront pas reprendre avant le 1er juillet (au lieu du 1er juin jusqu’alors). Les championnats nationaux sur route auront lieu les 22 et 23 août et les championnats du monde entre le 20 et le 27 septembre. Ces derniers seront suivis du Tour d’Italie et du Tour d’Espagne, à des dates non encore précisées.

Les grandes « classiques » (Milan-San Remo, Tour des Flandres, Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège et Tour de Lombardie) devraient aussi avoir lieu. Mais là non plus les dates ne sont pas encore communiquées. Le programme comprendra également le Dauphiné, qui devait avoir lieu début juin. « C’est une épreuve de préparation indispensable. Il sera peut-être un peu plus court mais il sera organisé », a assuré Christian Prudhomme, le directeur du Tour de France.

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