Le report des JO de Tokyo, une chance pour l’équipe de France d’athlétisme

o   Ceux qui ont changé d’entraîneur en 2020

Quatre athlètes majeurs de l’équipe de France ont changé d’entraîneur au cours de la saison 2020. Comme pour un footballeur transféré d’un club à un autre une année d’Euro ou de Coupe du Monde, on considère que c’est une prise de risque importante. Pour Patrice Gergès, le Directeur Technique National de la Fédération Française d’Athlétisme, ce report est donc salvateur: “On dit qu’il faut une année pour voir, et la suivante pour agir”. Kévin Mayer, Pierre-Ambroise Bosse, Jimmy Vicaut et Rénelle Lamote auront donc la saison 2020-2021 pour agir.

En ce qui concerne le recordman du monde du décathlon Kévin Mayer, son coach éternel Bertrand Valcin a pris beaucoup de recul pour laisser la place au préparateur physique Jérôme Simian et à un analyste de données, Alexandre Bonacorsi. Avec ce nouveau trio, Mayer espère grapiller des centièmes en course, des centimètres aux sauts et lancers pour améliorer encore un peu plus son record du monde. Lui était d’abord déçu du report des Jeux. “Ce n’est jamais une bonne nouvelle, j’aurais adoré participer. C’est l’effervescence des grands championnats qui me portent”. Mais après ses grosses blessures des Mondiaux de Doha et ce bouleversement dans sa méthode de coaching, Mayer aura le temps de peaufiner sa préparation Tokyoïte.

Les trois autres ont carrément déménagé pour s’inscrire dans un nouveau groupe d’entrainement. Jimmy Vicaut est allé s’exiler aux Etats Unis, à Jacksonville pour rejoindre le coach Rana Reider, où il côtoie notamment le Canadien André de Grasse. Pierre-Ambroise Bosse, dont très peu de nouvelles filtrent, est revenu à l’INSEP dans le groupe de Philippe Dupont. Et Rénelle Lamote, triple vice-championne d’Europe du 800m, en désaccord avec son coach historique à Fontainebleau, est parti à Montpellier sous les ordres de Bruno Gajer et Gilles Garcia. Après une année d’observation et une impasse sur la saison estivale, ils doivent s’imposer en 2021 et revenir à un niveau de finaliste mondial.

o   Les retours de blessure et de grossesse

Il avait fait rêver les Français aux Jeux de Rio en 2016, accrochant la médaille de bronze sur 200m derrière Usain Bolt et André de Grasse. Christophe Lemaître se bat depuis contre une multitude de petites blessures et contractures musculaires. Encore cet été, touché aux adducteurs à Turku en Finlande pour sa rentrée, il ne s’est pas présenté aux championnats de France à Albi. Mais, toujours épaulé par son coach Thierry Tribondeau, Christophe Lemaitre, à 30 ans, rêve d’un nouvel exploit olympique.

Mélina Robert-Michon, qui aura 42 ans à Tokyo, est un modèle de longévité. Déjà présente à Sydney en 2000, la vice-championne olympique de Rio est revenue en forme en 2019 quelques mois après la naissance de son deuxième enfant. Si elle était prête pour le Japon, elle voit le report de manière positive. “Je sais que j’avais le niveau mais si j’ai un an de plus. J’aurais encore un meilleur niveau. C’est dans cette optique là que j’ai travaillé tout l’été et ma tête est à Tokyo”.

A seulement 25 ans, Ninon Guillon-Romarin a annoncé être enceinte de son premier enfant, dont la naissance est prévue pour la mi-février. Privée de compétition à l’été 2020, elle espère bien être du voyage Japonais. “J’espère resauter dès le mois de mai, si la grossesse se passe bien. Prouver que je peux être performante”. La finaliste des derniers Mondiaux veut même passer à des perches plus longues et améliorer son record de France, aujourd’hui à 4m75.

o   Les jeunes pousses

“Le report des Jeux ne peut pas être une bonne nouvelle pour les plus anciens, avec la nécessité de se remobiliser psychologiquement. En revanche, pour les plus jeunes, c’est une vraie opportunité”, selon le DTN Patrice Gergès. Un an de plus pour progresser et décrocher une sélection aux Jeux Olympiques de 2021. L’exemple le plus significatif: Sasha Zhoya. Le Franco-Australien, tout juste 18 ans, est un phénomène mondial. Recordman du monde cadet du 110m haies, de la perche, recordman du monde junior du 60m haies et multiples recordman de France cadet et juniors, ne visait pas les Jeux de Tokyo en 2020. Mais avec un an de plus et à seulement trois ans de Paris 2024, faire partie du voyage au Japon pourrait s’ajouter au programme. “C’est un rêve si je peux me qualifier aux JO. Même si c’est un relais, j’irai. Mais ce sera plus pour l’expérience”, annonce Zhoya.

Autres grands espoirs de l’athlétisme tricolore, Jimmy Gressier, quintuple champion d’Europe espoir (cross, 10000m, 5000m), pourrait vivre un grand moment à Tokyo. S’il veut doucement passer sur marathon à l’horizon 2024, il peut tirer son épingle du jeu sur le demi-fond au Japon. Et puis une jeune hurdleuse est aussi attendue. Cyréna Samba-Mayela, 12.73 sur 100m haies aux championnats de France 2020, 19 ans et élève de Teddy Tamgho, progresse à pas de géant. Avec son chrono, elle a réalisé la 3eme meilleure performance mondiale de la saison. Elle aura donc une vraie carte à jouer en 2020.

o   Ceux qui étaient amenés à briller aux Jeux de Tokyo 2020

Les haies françaises avaient toutes les chances de monter sur la boîte à Tokyo. Entre Pascal Martinot-Lagarde, récent médaillé de bronze aux Mondiaux de Doha, et Wilhem Belocian, qui a battu son record personnel cet été en 13.18, la France partait parmi les nations favorites. A 28 ans et 25 ans, les deux hurdlers sont la meilleure période de leur carrière et seront toujours dans le peloton de tête en 2021.

La lanceuse de marteau Alexandra Tavernier peut aussi regretter le report des Jeux. Avec un nouveau record de France en 75m23 au mois de septembre, la Savoyarde a passé un pallier et pouvait rêver d’une plus belle médaille que celle en argent glanée aux Championnats d’Europe 2018. Idem pour Djilali Bedrani, 5edes derniers mondiaux à Doha sur 3000m steeple.

Et pour les plus anciens, Renaud Lavillenie, 33 ans, et Yohan Diniz, 42 ans, en tête, il va falloir tenir une saison de plus au niveau international. Si pour le perchiste, désormais ancien recordman du monde, concourir à Paris 2024 est encore une possibilité, Tokyo constituait encore une vraie chance de médaille. Quant au marcheur, lui toujours recordman du monde du 50km marche, sa fin de carrière approche à grand pas.

A la Fédération Française d’Athlétisme, on reste optimiste pour ces Jeux Olympiques de 2021, où de bons résultats sont attendus. « Des Jeux c’est toujours un objectif. On ne peut pas parler de tremplin pour Paris 2024, ce serait se tromper je pense » avance Patrice Gergès. Mais si ce n’est pas un tremplin, deux olympiades en trois ans permettront, selon le DTN, à la majorité des athlètes de performer d’autant plus facilement sur un laps de temps plus court. Enfin, après l’échec des Mondiaux de Doha (une médaille d’argent, une en bronze), l’équipe de France a une revanche à prendre, et des podiums à offrir.

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