Le président de la FIFA, Gianni Infantino, sous plusieurs feux

Gianni Infantino, en 2016.

Le président de la Fédération internationale de football (FIFA), Gianni Infantino, traverse une zone de turbulences. En mai, le patron du football mondial a fait l’objet d’une plainte pénale, déposée par un anonyme, puis un de ses proches, Rinaldo Arnold, était visé par une dénonciation pénale transmise par l’avocat suisse Philippe Renz au parquet de Berne.

Les plaignants justifient ces deux démarches par les rencontres informelles (sans procès-verbal à la clé), en 2016 et 2017, que Gianni Infantino a eues avec le procureur général suisse Michael Lauber. Lequel est visé par une procédure de révocation enclenchée, le 20 mai, par la commission judiciaire de l’Assemblée fédérale suisse.

Cette fois, c’est un ami magistrat de M. Infantino, le premier procureur du Haut-Valais Rinaldo Arnold, qui est visé par une dénonciation pénale, comme le rapporte le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung. Député au parlement du canton du Valais, Gilbert Truffer confirme au Monde « avoir déposé une dénonciation pénale contre le procureur général du Haut-Valais, Rinaldo Arnold ».

« Incitation à violer le secret professionnel »

M. Truffer est élu à Viège, la ville natale de… l’ex-président de la FIFA (1998-2015) Sepp Blatter, lui-même en conflit avec son successeur sur le plan judiciaire. Le député indique que « l’objet » de cette « dénonciation pénale », déposée aux « autorités bernoises », est l’« incitation à violer le secret professionnel ». Contacté, le parquet de Berne n’a pas encore confirmé avoir réceptionné cette dénonciation pénale.

« M. Arnold, à la demande de son ami Infantino, a organisé les différentes rencontres (en mars 2016 et juin 2017) avec le procureur fédéral Lauber. Il a incité Michael Lauber à rompre le secret officiel. C’est un délit punissable », détaille M. Truffer. Contacté à propos de cette dénonciation pénale, M. Arnold n’a pas encore donné suite.

En mars, selon les informations du Monde, un rapport de l’Autorité de surveillance du parquet suisse (AS-MPC) estimait que M. Arnold avait cherché, pour le compte de M. Infantino, en juillet 2015, à glaner auprès du procureur Lauber des informations judiciaires concernant MM. Sepp Blatter et Michel Platini, alors président de l’Union des associations européennes de football (UEFA).

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Ce dernier s’apprêtait à briguer la présidence de la FIFA avant d’être suspendu par le comité d’éthique de la FIFA, à l’automne 2015, pour un paiement présumé « déloyal » de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) que lui a versé, en 2011, M. Blatter.

« Un procureur extraordinaire devra examiner l’affaire »

« Un procureur extraordinaire devra examiner l’affaire, insiste M. Truffer. L’autorité de surveillance du ministère public de la Suisse doit nommer un tel procureur extraordinaire sur mandat du Parlement. » M. Truffer fait cette déclaration alors que les deux présidents de l’Assemblée fédérale suisse ont demandé à l’AS-MPC la nomination d’un procureur extraordinaire, qui devra déterminer si les soupçons sont suffisants pour justifier l’ouverture d’une enquête pénale contre MM. Infantino et Lauber, lui-même visé par une dénonciation pénale.

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La commission judiciaire de l’Assemblée fédérale a annoncé par ailleurs vouloir mener « d’autres investigations », notamment sur la publication, en avril, par la Tribune de Genève, d’un échange de courriels entre MM. Infantino et Arnold avant une deuxième rencontre avec M. Lauber, en avril 2016.

Le 27 avril, les révélations de la Tribune de Genève, selon lesquelles M. Infantino aurait voulu « se débarrasser d’une enquête qui le menaçait personnellement » en rencontrant M. Lauber, avaient provoqué la colère des parlementaires suisses.

« Le président de la FIFA n’a certainement rien fait de mal en rencontrant M. Lauber, a indiqué dans un communiqué, Emilio Garcia, le directeur juridique de la FIFA. La rencontre avec le procureur fédéral n’est pas une infraction et de telles rencontres ne sont pas inhabituelles. La motivation de Gianni Infantino était d’offrir aux autorités suisses toute l’aide possible pour que ceux qui ont volé des millions à la FIFA et l’ont discréditée soient traduits en justice. »

« La “tête” de la FIFA semble avoir menti »

M. Truffer assure par ailleurs qu’il a « abordé également », dans sa dénonciation pénale, la question du trajet réalisé en jet privé réalisé en avril 2017 par M. Infantino, entre le Surinam et la Suisse. Ce voyage a été révélé en mai par la Süddeutsche Zeitung.

Le journal allemand avait accusé M. Infantino d’avoir menti afin de justifier ce vol. « Pour gagner une journée de temps, la direction de la FIFA a commandé un jet privé, qui coûtait plus de 200 000 francs suisses (186 928 euros), indique M. Truffer. Motif : une réunion avec l’UEFA et son président Aleksander Ceferin à Nyon. Mais le président de l’UEFA était en Arménie ce jour-là. La “tête” de la FIFA semble avoir menti. »

Le Monde avait eu confirmation qu’il était impossible qu’une telle rencontre ait eu lieu entre MM. Infantino et Ceferin, parti en Arménie le 12 avril 2017 au matin et de retour le lendemain.

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L’affrètement de cet avion privé et le surcoût des frais avaient été validés par Tomaz Vesel, président du comité d’audit et de conformité de la FIFA, sur la base d’éléments fournis après le voyage par le Suédois Mattias Grafström, alors principal assistant de M. Infantino. Contacté, M. Vesel n’a pas donné suite. Quant à la FIFA, elle a assuré que le « vol mentionné était conforme aux règles de la FIFA ».

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