Le football européen à l’épreuve du déconfinement

Les clubs allemands ont déjà renoué avec l’entraînement, et la Bundesliga  pourrait reprendre le 9 mai.

Les clubs allemands ont déjà renoué avec l’entraînement, et la Bundesliga  pourrait reprendre le 9 mai. INA FASSBENDER / AFP

« Tant qu’il y a un risque, on ne joue pas. La situation est trop grave. On ne peut pas mettre des vies en danger. » Le propos est de Gianni Infantino, le président de la Fédération internationale de football (FIFA). A ce titre, on pourrait penser que sa voix porte et engage un petit monde du football aujourd’hui à l’arrêt, comme une bonne partie de l’économie, en raison de l’épidémie due au coronavirus. Ce n’est pas vraiment le cas.

En Europe, notamment, on voit « des gens qui se battent pour savoir quand on va rejouer », pour paraphraser M. Infantino. Les principales ligues de football européennes, qui gèrent les championnats nationaux, poussent quasiment toutes à une reprise au plus vite des entraînements, puis des matches, afin de clore la saison.

L’Union des associations européennes de football (UEFA), l’instance qui coiffe le football européen, plaide aussi en ce sens. « Le plus important est de faire jouer les matches », considère son président, Aleksander Ceferin, pour qui « il vaut mieux jouer à huis clos que pas du tout ».

La motivation des ligues et de l’UEFA ? Percevoir les droits télévisuels qui restent à verser par les diffuseurs pour la fin de leurs compétitions respectives (les coupes d’Europe et les championnats), l’absence de ces sommes pouvant peser très lourdement dans les budgets.

Les jours qui viennent pourraient permettre d’y voir un peu plus clair sur les possibilités de reprise, entre réunions convoquées par l’UEFA et décisions attendues sur les conditions de sortie du confinement de la part de certains gouvernements. Ce sont surtout ces dernières qui conditionneront la suite. « On rejouera quand les autorités nous diront qu’on peut le faire », a prévenu M. Infantino.

Lire aussi Coronavirus : les joueurs de football de France « prêts » à un arrêt de la saison

L’UEFA multiplie les réunions

L’UEFA avait convoqué ce mardi 21 avril (en vidéoconférence) ses 55 fédérations nationales membres. « Une variété d’options concernant le calendrier » a été présentée aux fédérations, concernant les compétitions nationales et européennes de clubs, a déclaré l’instance dans un communiqué, sans préciser de dates.

Il y a quelques jours, la fédération néerlandaise a déclaré que l’UEFA souhaitait que les championnats européens soient tous terminés au plus tard le 3 août et la BBC a révélé que la date cible pour la finale de la Ligue des champions est le 29 août.

Une autre réunion aura lieu mercredi avec, cette fois-ci, l’Association européenne des clubs (ECA) et l’association des Ligues européennes, avant que l’UEFA réunisse, jeudi matin, son comité exécutif.

Lundi, dans un entretien au quotidien Corriere della Sera, Aleksander Ceferin a assuré qu’« il existe des options nous permettant de recommencer coupes et championnats et les mener à terme ». « On peut finir, mais en respectant les décisions des autorités », a-t-il cependant précisé, soulignant que « la priorité » reste « la santé des fans, des joueurs et des entraîneurs ».

Evaluation du protocole de reprise en Italie

C’est ce qu’a rappelé, lundi soir, Vincenzo Spadafora, le ministre des sports italien, expliquant qu’une reprise le 4 mai, comme le veulent les instances du football, n’est pas encore d’actualité. « J’aurai une réunion mercredi au cours de laquelle la Fédération de football me présentera le protocole de reprise, principalement pour l’entraînement. Aujourd’hui, je ne donne aucune assurance pour le début du championnat ou de l’entraînement le 4 mai », a-t-il déclaré.

Le ministre a dit qu’il se refusait à faire une exception pour la Serie A, la compétition de l’élite du football italien : « Ce qui m’intéresse, c’est que l’ensemble du sport reprenne, pas seulement la Serie A. » « Je vais évaluer très attentivement le protocole, mais cela ne doit pas donner l’illusion que reprendre l’entraînement signifie reprendre le championnat », a ajouté Vincenzo Spadafora.

Lundi, la Ligue italienne de football « a confirmé à l’unanimité son intention de terminer la saison 2019-2020, si le gouvernement l’autorise à se dérouler ». Vendredi 17 avril, la Fédération italienne de football avait plaidé pour une reprise des matches « fin mai-début juin ». Selon plusieurs médias, huit clubs, pour la plupart situés dans le nord de la Péninsule, particulièrement touchée par la pandémie, sont toutefois opposés à une reprise en raison des « risques incalculables » encourus.

La Bundesliga pourrait reprendre à partir du 9 mai

Les clubs allemands pourraient être fixés jeudi sur leur sort, à l’issue d’une réunion en visioconférence qui rassemblera les représentants des 36 équipes de D1 et D2. Lundi, le ministre fédéral de la santé, Jens Spahn, et deux présidents de Länder, Armin Laschet (Rhénanie du Nord-Westphalie) et Markus Söder (Bavière), ont évoqué, dans le quotidien Bild, le 9 mai comme une date possible pour la reprise du championnat.

Alors que les clubs ont déjà renoué avec l’entraînement, cette reprise des matchs se ferait à huis clos. Les grands rassemblements restent interdits en Allemagne, au moins jusqu’au 31 août, pour freiner la propagation du coronavirus.

Il faudra toutefois que les 16 Länders se mettent d’accord sur la date du 9 mai, a prévenu M. Laschet. Il faudra aussi clarifier les conditions sanitaires d’une reprise : des contrôles devront être mis en place afin de détecter les éventuels porteurs du virus. Selon la presse, il faudrait 20 000 tests pour achever la saison.

« Cela serait une erreur d’utiliser des milliers de tests pour des matches à huis clos alors qu’il n’y en a pas assez pour tester les infirmières à domicile et les enseignants », a dénoncé le député social-démocrate et épidémiologiste Karl Lauterbach.

La Ligue allemande de football veut boucler la saison d’ici au 30 juin pour débloquer un versement de droits télévisuels d’environ 300 millions d’euros. Son patron, Christian Seifert, a appelé, mardi dans un message vidéo, à être « particulièrement discipliné ». « C’est la mission des clubs, mais aussi des joueurs. Cela a beaucoup à voir avec les mesures d’hygiène, beaucoup à voir avec le comportement dans la vie privée. »

La Belgique s’apprête à dire « stop »

Le football belge est toujours décidé à mettre un terme définitif à la saison. Il l’avait fait savoir le 25 mars, avant de faire machine arrière après avoir été rappelé à l’ordre par l’UEFA, qui ne voulait pas entendre parler d’une décision unilatérale, jugée « prématurée » et « non justifiée »

Une assemblée générale des clubs professionnels (Pro League) avait été programmée au vendredi 24 avril pour acter cette fin définitive du championnat. Elle a été reportée à lundi 27 avril. La Ligue de football belge souhaite attendre les décisions du gouvernement et du conseil de sécurité nationale, prévues vendredi : ceux-ci doivent rendre un avis sur le déroulement des compétitions de masse à huis clos.

Le gouvernement belge a décidé, le 15 avril, d’interdire les « événements de masse » en général jusqu’au 31 août.

Le Monde

Lire la suite sur Le Monde.fr