Le Dakar en Arabie saoudite: première édition controversée dans un pays très répressif

Les 351 pilotes engagés sur le Rallye Dakar partiront dimanche depuis Djeddah, en direction de Riyad. Le Dakar ouvre en ce début d’année un nouveau chapitre de son histoire tourmentée, en Arabie saoudite. Depuis sa délocalisation il y a dix ans en Amérique du Sud, cette épreuve lancée en 1978 a longtemps cherché un foyer d’accueil pour perpétuer la tradition, pour que subsiste la légende.

Et voici qu’après les difficultés liées à l’établissement de la compétition dans une zone géographique instable à bien des égards (l’Amérique du Sud), apparaissent les critiques liées à l’organisation de l’épreuve reine du rallye-raid en Arabie saoudite. Las ! Il s’installe pour au moins cinq ans au Moyen-Orient, l’épicentre de tensions politiques et géopolitiques.

Guégan: “Il ne faut pas se leurrer”

Comparé à d’autres Etats de la région (Qatar, Emirats), le royaume d’Arabie saoudite est un nouveau-venu sur le marché des droits sportifs, mais sa récente conversion n’est pas le fruit du hasard.

Elle intervient dans un contexte d’ouverture au monde impulsée par le prince héritier Mohammed ben Salmane. “L’usage du sport va avoir un mérite, c’est de tenter de montrer que l’Arabie saoudite est un pays moderne, qui change, explique Jean-Baptiste Guégan, spécialiste de la géopolitique du sport. Maintenant, il ne faut pas se leurrer, un pays ne change pas avec le sport. Il change juste son image, pas le droit des homosexuels, ni celui des minorités. Elle ne permettra pas non plus une modernisation de sa société. Tout ouverture est bonne à prendre, mais il ne faut pas être naïf.”

Human Rights Watch constate “une répression accrue”

L’Arabie saoudite est un pays extrêmement répressif, l’un de ceux qui pratiquent le plus la peine de mort, avec tout ce qui peut aller contre l’ordre moral instauré dans ce pays régi par la Charia.

“Depuis que le prince héritier MBS est au pouvoir, on peut dire qu’il y a une répression accrue, indique à RMC Bénédicte Jeannerod, directrice de l’ONG Human Rights Watch France. Elle se déroule à l’intérieur du pays, où toute forme d’activisme, de défense des droits humains, est cruellement réprimée, des journalistes sont en prison, des défenseurs des droits des femmes sont en prison, des militantes féministes sont en prison. Tout ce qui pourrait exprimer une critique publique est sévèrement réprimée.”

Changer l’image de l’Arabie saoudite

C’est là qu’intervient le développement d’une diplomatie sportive très active. “L’Arabie saoudite cherche d’abord à changer son image, reprend Jean-Baptiste Guégan. Personne n’a oublié la guerre au Yémen et l’assassinat du journaliste Khashoggi à Istanbul. L’idée, c’est donc de changer l’image de l’Arabie saoudite, de changer d’investisseurs. Puis de préparer l’après-pétrole. C’est à ça que sert le sport et c’est à ça que va servir le Dakar.”

Pour faire oublier tout ce que le royaume cherche à cacher malgré des gestes d’ouverture. L’Arabie saoudite veut transformer ses océans de dunes en vastes terrains de sport et d’influence. Il dépense donc, sans prendre la peine de compter. Tout ce qui est susceptible d’être vendu, est achetable, quitte à surpayer. Et à faire étalage d’un cruel cynisme. Des femmes pilotes vont participer à la compétition dans ce pays très conservateur où les femmes n’avaient pas le droit de conduire jusqu’en 2018.

“L’un des pays les plus répressifs au monde”

Pendant ce temps, d’autres croupissent toujours en prison pour avoir revendiqué ce droit (de conduire). “Derrière le grand spectacle du Dakar, se déroule une situation extrêmement répressive, appuie Bénédicte Jeannerod. C’est pour cela que nous appelons Amaury Sport Organisation (ASO), les médias et le concurrents à ne pas se laisser aveugler par le grand spectacle sportif. Le Dakar se déroule dans l’un des pays les plus répressifs au monde et cela ne doit pas servir à ripoliner l’image de l’Arabie saoudite. Il doit y avoir cette conscience de la part des organisateurs, cette responsabilité de la part des médias également, de mettre en avant cette situation et d’user de tous les leviers qui sont à leur disposition, de leur influence, pour appeler à la libération des défenseurs des femmes qui se trouvent toujours en prison.” Il y a fort à parier, pourtant, que dans trois jours, on ne parlera plus que de sport.

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