L’alchimiste : pourquoi Herbin restera un monument des entraîneurs

Robert Herbin s’est éteint mais il laissera une marque indélébile en tant qu’entraîneur. Discret mais autoritaire, adepte de la rigueur défensive comme de l’enthousiasme offensif, axé sur la technique autant que sur le physique, la légende de l’AS Saint-Etienne a su trouver l’alchimie dans ses méthodes comme dans ses principes du jeu pour guider les Verts au sommet, ou presque.

Il manquera toujours cette consécration. Cette finale de Coupe des clubs champions perdue face au Bayern Munich restera l’ultime obstacle qu’il n’aura pas su franchir. Il n’a pas seulement privé les Verts du premier titre européen d’un club français. Il a aussi privé Robert Herbin du graal désiré par tous les entraîneurs de club. Il serait venu récompenser un pionnier, un précurseur qui allait inspirer les générations futures. Mais au fond, même sans ce trophée tant convoité, le Sphinx a gagné sa place de monument parmi les entraîneurs français.

L’homme s’est éteint mais la légende restera. Herbin l’a bâtie lui-même, quitte à briser quelques idées reçues. Là où beaucoup d’entraîneurs se seraient appuyés sur des éléments d’expérience pour réinstaller immédiatement Saint-Etienne sur le toit de la France, lui a misé sur la jeunesse pour renouveler un groupe qu’il a pris en main en 1972. Sans démunir son équipe de cadres essentiels à son bon fonctionnement. Les recrutements d’Ivan Curkovic et d’Oswaldo Piazza allaient aussi dans ce sens, au-delà du talent du gardien yougoslave et du défenseur argentin. Il y avait ce besoin d’alchimie qui lui collait à la peau. A tous les niveaux.

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Autorité et discrétion

Herbin n’était pas du genre expansif. Les discours à rallonge, il les laissait volontiers aux autres. Il n’en avait pas besoin pour faire passer son message. Sa carrière de joueur avait contribué à lui donner cette aura. Parce qu’il était un milieu brillant et travailleur avant de devenir un défenseur intraitable. Parce qu’il était le capitaine incontestable d’un club qui a vu passer des égos surdimensionnés, Herbin inspirait déjà un respect indéfectible auprès de ses hommes. Et dégageait cette autorité naturelle si précieuse pour un entraîneur. Sans jamais hausser la voix. “Il parlait peu, mais il parlait bien“, résume Jean-Michel Larqué sur RTL.

Robert Herbin (en blanc) et ses Verts en août 1976, trois mois après la finale de C1 perdue face au Bayern Munich.Robert Herbin (en blanc) et ses Verts en août 1976, trois mois après la finale de C1 perdue face au Bayern Munich.

Robert Herbin (en blanc) et ses Verts en août 1976, trois mois après la finale de C1 perdue face au Bayern Munich.

Crédits Getty Images

Ce flegme pouvait lui donner un côté distant. Mais pour cela aussi, le Sphynx avait la science du dosage. Il ne perdait pas des heures à discuter avec ses joueurs un par un, mais il savait se servir de ses cadres pour faire passer ses messages quand la situation l’exigeait. Pour le reste, il laissait ses hommes s’exprimer. C’est l’un des traits marquants de sa personnalité d’entraîneur. “Après avoir contrôlé ses émotions, fixé un cadre, sans jamais se répéter tout le temps, il donnait des responsabilités à ses joueurs. Et nous les prenions“, explique Curkovic dans L’Equipe.

Physique et technique

Si Herbin a été un pionnier dans un domaine, c’est bien la préparation athlétique. Aucun des joueurs passés sous ses ordres ne l’a oublié. “Il considérait par exemple que les footballeurs français n’étaient pas suffisamment forts sur le plan physique, témoigne Pierre Repellini dans France Football. Il a donc décidé d’instaurer une séance physique le mercredi matin, sans ballon, pour que l’on ait une condition physique supérieure...”. Le tout avec une exigence poussée à l’extrême. “Aujourd’hui, les joueurs demanderaient très vite le renvoi de l’entraîneur avec de telles séances physiques, assure Jacques Santini. Il ne ferait qu’une semaine !”.

Jacques Santini (Saint-Etienne) au duel lors de la finale de la Coupe des Clubs Champions 1976 face au Bayern MunichJacques Santini (Saint-Etienne) au duel lors de la finale de la Coupe des Clubs Champions 1976 face au Bayern Munich

Jacques Santini (Saint-Etienne) au duel lors de la finale de la Coupe des Clubs Champions 1976 face au Bayern Munich

Crédits Panoramic

Il fallait sortir le bleu de travail pour supporter ça. Mais ce serait une erreur de réduire les méthodes d’Herbin à cela. S’il était exigeant sur la préparation athlétique, il ne l’était pas moins sur l’amélioration technique. “Mon père, qui était musicien, faisait ses gammes chaque matin, c’était un perfectionniste, avait-il révélé dans une interview accordée au Progrès. J’ai pris exemple sur lui, avec des séances répétitives, pour arriver à se perfectionner. Le geste, il faut le répéter mille fois pour le posséder parfaitement et le restituer au bon moment.

Rigueur et enthousiasme

Les Verts de Herbin pouvaient légitimement faire penser à un rouleau-compresseur. Un 4-3-3 parfaitement organisé où chacun maîtrisait son rôle, du premier nom coché par l’entraîneur stéphanois dans sa composition d’équipe au dernier remplaçant entré en cours de jeu. Le tout en dégageant une impression de puissance irrésistible. “La force de Sainté à cette époque-là, c’est qu’on avait des garçons qui étaient des monstres, physiquement, estime Larqué sur RMC Sport. La différence se faisait dans la dernière demi-heure.

Herbin décrivait volontiers le style de son équipe comme “populaire“. Il avait emprunté quelques principes de jeu à la référence néerlandaise de l’époque, comme le rôle des défenseurs dans l’animation offensive. Il laissait aussi beaucoup de place à la créativité de ses hommes, et ces Verts avaient du talent. Mais si Saint-Etienne empilait les buts, c’était plus grâce à son enthousiasme qu’à une élaboration très poussée des phases d’attaque. Il l’a quasiment portée sur le toit de l’Europe. Mais l’alchimistte Herbin n’en restera pas moins un grand parmi les grands.

Robert Herbin et Roger Rocher sur les Champs en mai 1976Robert Herbin et Roger Rocher sur les Champs en mai 1976

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Crédits Getty Images

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