La L1 les a manqués d’un rien (ou presque) : Lewandowski, le coup d’avance et… les regrets éternels

Le contexte

Robert Lewandowski avec le maillot du RC Lens sur le dos, vous imaginez ? Pour les supporters lensois, cela ressemble un doux rêve alors que le Polonais affole les compteurs avec le Bayern Munich. Pourtant, ce rêve a bien failli se réaliser. Le nom du serial-buteur bavarois a été évoqué à plusieurs reprises dans les couloirs de la Gaillette pour un éventuel transfert. Pas ces dernières années bien sûr. Mais entre 2007 et 2010. Quand Lewandowski a commencé à écrire les premières lignes de son CV de buteur d’exception.

Président du club nordiste durant de longues années, Gervais Martel se souvient très bien de cette histoire. Car Lens avait un coup d’avance. Grâce à un homme : “Dans mes amis et les gens qui ont été près du club, il y a Joachim Marx“, se remémore pour nous celui qui a été le patron du RC Lens pendant près de 30 ans. “Grâce à lui, on a toujours été bien informé sur le championnat polonais. Et il m’avait signalé Lewandowski.” La première fois remonte à l’été 2007. La future machine à buts de la Bundesliga n’a alors même pas 19 ans et évolue à Znicz Pruszków en troisième division polonaise. Mais il fait déjà parler de lui.

Meilleur buteur du championnat cette saison là avec 15 réalisations, Lewandowski a pris une part importante dans la montée de son équipe. Et s’est retrouvé dans le viseur de Joachim Marx, qui a rejoint la cellule de recrutement du club nordiste en 2006. “Quand je me déplaçais en Pologne, j’allais dormir chez un ami avec qui j’ai joué dans ma jeunesse. Il était arbitre international et habitait à Varsovie, à une quinzaine de kilomètres de Pruszków. Un jour, il m’a signalé ce jeune joueur qui n’arrêtait pas d’être meilleur buteur dans ses championnats“, se souvient pour nous celui qui fut donc recruteur mais aussi joueur (1975-1979) et entraîneur du RC Lens (1985-1988).

Robert Lewandowski

Robert Lewandowski Eurosport

Ses buts à foison ont conquis Joachim Marx. Tout comme “son sens du démarquage“. “Il était toujours tout seul ! Il se déplaçait super bien“, nous confie-t-il. De retour à Lens, l’ancien attaquant fait part de sa trouvaille à ses dirigeants. Sans grand succès cet été-là. “Ils n’avaient pas été trop chauds. Ils voulaient des joueurs confirmés pour retrouver la Ligue des champions. Alors un attaquant de troisième division en Pologne et jeune…”, nous confie Marx. A sa décharge, le RCL ne vit pas un été de tout repos.

Après avoir été sur le podium de la L1 pendant 26 journées lors de l’exercice 2006-2007, le club nordiste a fini la saison de la pire des manières pour échouer à la cinquième place. Dans la foulée, Francis Gillot, l’entraîneur de l’époque, a démissionné. Et Gervais Martel a tenté un coup : sortir Guy Roux de sa retraite. Pour satisfaire l’ancien coach de l’AJ Auxerre – qui ne restera finalement que quelques journées sur le banc nordiste -, Lens fera venir certaines de ses vieilles connaissances (Kanga Akalé, Bonaventure Kalou…). Pour un joli fiasco au final.

Pendant ce temps-là, Joachim Marx a pour mission de garder un œil sur sa pépite polonaise. Et il la suivra avec attention. Alors que Lewandowski est parti à Lech Poznan en 2008 pour briller en première division, Marx est resté sous le charme et replacera ainsi son poulain dans les discussions lensoises. Notamment en 2009. “Son manager m’avait dit: ‘c’est Lens ou Dortmund’. Ils demandaient 6 millions. Et la deuxième année, Lech Poznan a baissé jusqu’à 4 millions d’euros. On m’avait même envoyé voir un match de Coupe UEFA à Rotterdam (ndlr : en décembre 2008) et il avait fait un super match. Après, Gervais (ndlr : Martel) m’avait dit : ‘il faut le prendre’.

Le staff nordiste a alors bien tenté de conclure l’opération. En vain. “J’avais regardé s’il y avait une possibilité. Mais c’était extrêmement compliqué de le faire venir à l’époque“, explique Martel. Notamment pour une question financière. “Le club polonais voulait déjà un transfert énorme pour un joueur de cet âge. C’était mission impossible, enchaîne Gervais Martel. Je n’avais pas trouvé les moyens financiers pour le faire venir car il était déjà scruté par d’autres clubs, notamment en Allemagne“. On connait la suite…

Robert Lewandowski avec le Bayern Munich

Robert Lewandowski avec le Bayern MunichGetty Images

Ce qu’il s’est passé après

Robert Lewandoksi est devenu LewanGOALski. Parti au Borussia Dortmund en 2010 pour un transfert estimé à 4.5 millions d’euros, le Polonais a très vite conquis la Bundesliga. 22 buts en 2011-12, 24 en 2012-13, 20 en 2013-2014 : il a régalé le Borussia avant de filer au Bayern où il est devenu une référence en Europe à son poste. A l’inverse, 2007 est l’été où tout a basculé pour Lens. Relégué à la fin de la saison 2007-2008, le RCL n’est plus parvenu depuis à retrouver son lustre d’antan.

Bien sûr, ce transfert manqué n’explique en rien cette chute du club nordiste. Mais avec le recul, cette opération avortée a bien tout pour être frustrante. “On n’a pas réussi à aller au bout de ce transfert. Et on a eu beaucoup de regrets évidemment“, confirme Gervais Martel. En homme d’expérience, l’ancien patron lensois reste cependant pragmatique. “Cela fait partie de la vie des clubs. Si vous saviez le nombre de joueurs avec qui j’avais des accords de principe et que l’on n’a pas réussi à prendre au final, vous tomberiez par terre“.

Robert Lewandowski - FC Bayern

Robert Lewandowski – FC BayernGetty Images

Et s’il avait vraiment signé…

Robert Lewandowski n’a que 19 ans en 2007. Mais Joachim Marx a réussi à convaincre les dirigeants lensois de s’activer sur le jeune buteur. Et si Guy Roux préfère miser sur les anciens d’Auxerre comme Bonaventure Kalou au début de saison, le départ soudain du mythique entraîneur d’Auxerre change la donne. Nommé sur le banc lensois, Jean-Pierre Papin décèle très vite les qualités indéniables du Polonais. Entre serial-buteurs d’exception, on se comprend forcément. Le sens du but de Lewandowski rend alors de bons services à ce RC Lens dans le dur. Il s’impose en pointe de l’attaque. Pas dès les premières journées. Mais au fil de la saison.

Bonaventure Kalou vite écarté du onze de départ, le Polonais forme ainsi un duo complémentaire avec Aruna Dindane. Servi avec bonheur par Olivier Monterrubio et Eric Carrière, il démontre très vite son instinct du tueur devant le but. Il n’affole pas non plus les compteurs. En toute logique. Il n’a que 19 ans et découvre la L1. Mais avec le départ à la CAN de Dindane, il prend encore une autre dimension avec Kevin Monnet-Paquet dans le groupe nordiste.

Ses réalisations aident finalement Lens à se maintenir et à dérocher la Coupe de Ligue avec un but de renard des surfaces en finale face au PSG. Son nom fait déjà le bonheur des tabloïds anglais, qui le surnomment LewanGOALski. Et comme l’année suivante, il justifie son surnom aussi bien en L1 qu’en Coupe d’Europe, Manchester United propose un joli chèque pour le faire traverser la Manche. Il ne sera pas resté longtemps dans le Nord. Mais des années après, Lens se frotte encore les mains d’avoir eu le nez creux en pariant sur ce jeune attaquant venu de troisième division polonaise.

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