La cycliste française Marion Sicot admet s’être dopée et accuse son directeur sportif de harcèlement

Des coureuses lors du championnat de France de cyclisme 2019. Marion Sicot avait été contrôlée positive après l’épreuve contre-la-montre.

Des coureuses lors du championnat de France de cyclisme 2019. Marion Sicot avait été contrôlée positive après l’épreuve contre-la-montre. SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP

La cycliste française Marion Sicot a reconnu s’être dopée à l’EPO dans un entretien diffusé, dimanche 8 mars, dans l’émission Stade 2, expliquant son « erreur » par le harcèlement dont elle faisait l’objet de la part de son directeur sportif chez Doltcini-Van Eyck Sport.

Des conversations par Facebook Messenger entre Marc Bracke et Marion Sicot, communiquées à France Télévisions, montrent que le manager réclamait d’elle chaque semaine, à partir de novembre 2018, des photos « en sous-vêtements », pour « pouvoir contrôler (son) poids ». Marc Bracke a reconnu auprès de Stade 2 avoir demandé ces photos dans ce but uniquement, arguant qu’il s’agissait d’une méthode courante.

« Des fois, il me le demande deux fois dans la semaine. Et clairement, si je ne lui fournis pas ces photos, je ne pourrai pas faire les courses de début de saison », dit la cycliste. Par la suite, elle refuse d’accéder à ses demandes de lui envoyer « des photos un peu plus osées, en string ».

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Deuxième témoignage contre le directeur sportif Marc Bracke

En février, Le Monde avait publié le témoignage de la cycliste américaine Sara Youmans, qui s’était vu demander le même type de clichés par Marc Bracke sous le même prétexte, alors qu’elle postulait à une place dans l’équipe. Elle avait finalement refusé de s’engager avec l’équipe.

L’enquête mentionnait également le cas de la cycliste canadienne Maggie Coles-Lyster, qui reprochait à Marc Bracke d’avoir tergiversé avant de licencier un soigneur qu’elle accusait de harcèlement.

Suite au signalement de Sara Youmans, en octobre 2019, la commission d’éthique de l’UCI a ouvert une « procédure formelle ». Marion Sicot dit au Monde avoir elle-même écrit à la commission d’éthique récemment.

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Dans un courriel envoyé à ses anciennes coureuses mercredi 4 mars et que s’est procuré Le Monde, Marc Bracke se défend d’avoir jamais harcelé l’une d’entre elle et rappelle le comportement irréprochable qu’il avait sur les courses et lors des rassemblements, comme nous l’ont confirmé plusieurs anciennes coureuses. Il leur suggère d’envoyer leurs témoignages à la commission d’éthique de l’UCI.

« J’étais tellement perdue… »

Marion Sicot, 27 ans, a été contrôlée positive à l’EPO le 27 juin 2019, à l’issue du contre-la-montre des Championnats de France sur route, qu’elle a terminé à la 10e place. « J’étais tellement perdue que j’étais prête à prendre le risque », a expliqué Marion Sicot, qui avait dans un premier temps démenti tout dopage et attend de connaître la sanction infligée par l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), probablement en avril.

Dans l’entretien à Stade 2, elle reconnaît avoir commandé fin mai 2019 dix flacons d’EPO sur internet. Elle voulait obtenir une performance pour que son directeur sportif Marc Bracke lui accorde « autant d’importance qu’aux autres filles, [la] garde dans l’équipe et [la] laisse tranquille avec cet acharnement », ajoute-t-elle.

Arrivée en 2018 dans l’équipe Doltcini-Van Eyck, Sicot, officiellement non salariée mais défrayée, affirme qu’un autre « contrat secret » l’obligeait à payer ses frais de déplacement, « c’est-à-dire billets de train ou d’avion ». Contacté par Stade 2, le directeur sportif a nié l’existence d’un tel contrat secret.

« Sans cette année noire, je n’aurais jamais pris de l’EPO pour essayer d’obtenir un résultat ou une performance », justifie-t-elle. La cycliste reconnaît avoir commis une faute et estime mériter une sanction – quatre ans prévus pour la prise d’EPO. « J’aimerais avoir une peine allégée, parce que j’ai quelques circonstances qui ont fait que j’en suis arrivée là », se défend-elle.

Le Monde avec AFP

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