La cuisine, nouvelle passion des footballeurs durant le confinement

“Pas mal, hein?” Tablier jaune autour du cou, sourire aux lèvres, c’est un Blaise Matuidi fier comme tout qui exhibait, jeudi dernier en direct sur M6, une salade au bœuf mariné concoctée par ses soins (et par madame, disons-le). A cette période de la saison, l’international français aurait dû être sur les terrains, en train de chasser les trophées avec la Juventus. Le coronavirus en a décidé autrement, et au lieu de cela, c’est dans l’émission de Cyril Lignac, depuis son domicile turinois, que s’est retrouvé le champion du monde. Et il n’est pas le seul à être passé derrière les fourneaux…

La veille, Valère Germain essayait depuis Marseille de reproduire le risotto à la milanaise du célèbre et médiatique chef français. Son coéquipier en Provence, Alvaro Gonzalez, s’est lui fait filmer sur les réseaux sociaux en train de réaliser du début à la fin un classique espagnol: la tortilla de patatas. Le défenseur prêté par Villarreal, poussant le concept encore plus loin, a même lancé un “tortilla challenge” en invitant ses fans et ses anciens équipiers à faire plus appétissant que lui. Du côté du PSG, on a pu observer un Abdou Diallo tout en maîtrise devant ses plaques à induction, ou encore un Eric Maxim Choupo-Moting visiblement heureux de ses jus faits maison.

Blaise Matuidi avec Cyril Lignac

Preuve que le phénomène est global, même Thierry Henry s’est mis à parler “popote” sur le site de son club, l’Impact de Montréal. “J’ai recommencé à cuisiner, ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé, raconte l’ancien attaquant de l’équipe de France. Je peux vous faire des petits accras de morue avec des concombres, un plat aux truffes, et en dessert on peut partir sur un flan coco ou un coconut apple pie. (…) Je suis assez fan du lait de coco, je trouve qu’il se marie bien avec du chocolat.” Vous l’aurez compris, les footballeurs se sont trouvé ces dernières semaines une nouvelle passion pour la confection de petits plats.

A Marseille, Sarr partage ses recettes et son savoir-faire avec ses équipiers

Pour tenter d’expliquer cette nouvelle mode, RMC Sport a contacté un spécialiste du sujet. Un chef nommé… Bouna Sarr. Quand il n’est pas en train de galoper dans son couloir droit, le joueur de 28 ans fait figure de référent cuisine dans le vestiaire de l’OM. “J’aime cuisiner, j’y ai toujours pris du plaisir, confie-t-il. Après c’est vrai que je cuisine beaucoup plus en cette période de confinement. Parce que ça m’occupe, parce qu’on a davantage de temps… En période normale, à Marseille on prend le petit déjeuner au centre d’entraînement, et à midi on déjeune là-bas aussi. Là, ça change la donne, tu as trois repas à gérer. Donc ça permet d’expérimenter différentes choses, d’essayer des nouvelles recettes.”

Et de guider les novices dans le droit chemin. Ces derniers temps, Sarr a ainsi eu l’occasion de coacher ses équipiers à distance. Expert en cuisine africaine, il a par exemple supervisé le yassa de Morgan Sanson. Mais pas seulement. “En cette période, que ce soient des amis en dehors du foot ou des coéquipiers, pas mal de gens me demandent des recettes et des conseils, comme moi je peux le faire avec ma maman, sourit-il. Je pense que c’est Valentin Rongier qui m’en demande le plus, même s’il ne va pas apprécier (rires). Là je dois l’appeler d’ailleurs parce qu’il a besoin d’aide pour le mafé. Même si j’attends toujours son invitation, je vais être sympa et lui donner les ingrédients.”

Le mafé en question a été publié samedi soir sur le compte Instagram de Rongier. Et a été validé par chef Sarr: “Franchement, si on goûtait avec les yeux je lui donnerais 9 sur 10”. Il félicite d’ailleurs ses apprentis: “On voit que leurs plats ont l’air plutôt raffinés, ils sont beaux à voir, bons visuellement, observe-t-il. Après, il faudrait goûter…”

Le mafé de Valentin Rongier

Passion… et nécessité

Plutôt calé en nourriture, Sarr n’a toutefois pas atteint le même niveau d’investissement qu’un joueur anglais plutôt connu outre-Manche: Marc Pugh, l’ancien milieu de Bournemouth, aujourd’hui à QPR, en Championship. Là où les joueurs postent généralement sur les réseaux sociaux des photos d’eux en match, en plein entraînement, ou en vacances, le compte Instagram de Pugh, “The Foodie Footballer”, est quasi-exclusivement consacré à la cuisine.

Lui non plus n’a pas attendu l’arrivée du coronavirus pour user son plan de travail. “J’ai commencé par prendre des cours en ligne. Cuisiner était un peu une manière de me rendre utile à la maison, de soulager mon épouse qui était enceinte (en 2013, ndlr), expliquait récemment l’intéressé sur le site de son club. (…) Depuis j’ai développé une véritable passion.” Passion à laquelle il peut consacrer encore plus de temps avec l’arrêt du football. “Je me suis amélioré, je me suis éduqué, et je dois dire que je suis plutôt devenu un bon cuisinier ces derniers temps. En plus ça me relaxe. J’avais déjà pas mal de recettes en stock, mais en ce moment je peux en rajouter à mon répertoire en lisant des livres ou même en écoutant des podcasts.”

A l’image d’une grande partie de la population, la cuisine est donc un hobby, un passe-temps pour les footballeurs, comme peuvent l’être les jeux vidéo. Mais elle est aussi devenue, à cause de la crise sanitaire, une obligation. Les joueurs n’ont plus accès à la cantine de leur club, et les chefs à domicile, engagés par certains footeux, ne peuvent plus se déplacer, bien que certains assurent toujours des livraisons. “On ne va pas se mentir, ils (ses équipiers, ndlr) n’ont pas le choix, ils sont obligés de cuisiner en ce moment, confirme Sarr. Après chacun a un statut différent, c’est peut-être plus difficile pour les joueurs célibataires qui mangeaient au club et qui ‘bricolaient’ le soir. Mais ils peuvent se dire que cette période leur aura appris des choses à ce niveau-là. Ça sera bénéfique pour plus tard.”

Invité de Team Duga il y a deux semaines, Adil Rami s’était ainsi retrouvé, avec la fermeture de son hôtel à Sotchi, dans une position particulière. “Je viens de quitter un hôtel où il y avait un restaurant pour intégrer un appartement seul, racontait-il. Donc je me fais à manger. Je suis retourné aux bases, ça me rappelle quand je jouais en CFA à Lille: des spaghettis numéro 1, mes préférés. Quatre minutes de cuisson, avec un peu de sauce arrabbiata dessus, c’est parfait.”

Quand les clubs se prêtent au jeu

Conscients de cette situation, et soucieux de surveiller le plus possible l’alimentation de leurs joueurs, certains clubs se sont toutefois organisés en conséquence. Liverpool, par exemple, livre les courses à ses poulains en leur donnant des menus et des recettes à suivre dans la mesure du possible. Mais pour rendre la chose un peu plus didactique, un peu plus fun, le club propose aux joueurs de préparer les plats en même temps, en visioconférence. “Si les joueurs veulent cuisiner ensemble, cela peut leur permettre, à eux et à leurs familles, de sociabiliser, explique Mona Nemmer, responsable de la nutrition chez les Reds. La nourriture a donc plusieurs rôles: d’une part, cela les rend heureux de ne pas avoir à manger quelque chose de mauvais, surtout en cette période, et de l’autre elle nous permet de les aider à maintenir leur structure corporelle. Nous essayons de leur donner des aliments aussi nutritifs que possible pour soutenir leur système immunitaire. Durant cette pandémie, rester en bonne santé est l’objectif principal, alors nous tentons de faire ce que nous pouvons pour cela.”

Dans le même genre, Valence, en stoppant l’entraînement à la mi-mars, avait donné un programme de nutrition à ses joueurs pour deux semaines. Sauf que le confinement a duré (et va durer) plus longtemps que prévu. Alors le club s’est adapté. Il livre certains plats aux joueurs, mais leur propose surtout des cours de cuisine en visioconférence, animés par un chef professionnel en lien avec le staff. Ce qui plairait particulièrement à Ruben Sobrino et Daniel Wass.

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Pour divertir ses supporters, Levante a encore franchi une étape dans le délire culinaire, en organisant un concours filmé entre quelques-uns de ses joueurs, façon Top Chef. Jorge Miramon a ainsi préparé chez lui une dorade au four, Gonzalo Melero a revisité le tartare de saumon, et Rober Pier s’est lancé dans un riz au four. Mais c’est l’arrière gauche Carlos Clerc qui a été désigné vainqueur par le jury, grâce à ses tagliatelles alla puttanesca.

Ce qui nous amène à une dernière interrogation. Ou plutôt deux: qui est le meilleur cuistot à l’OM, et qui est le pire? “C’est une bonne question, réfléchit Bouna Sarr. Comme je pense être celui qui invite le plus ses équipiers, je vais m’attribuer le titre de meilleur cuisinier. Parce que la meilleure manière de juger, c’est de goûter, n’est-ce pas? Et le pire, d’après ce que je peux voir sur snap, je dirais Valère (Germain). Lui c’est beaucoup de Uber Eats j’ai l’impression. Après, il doit avoir madame qui lui prépare quand même quelques plats…”

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