Football total, joueurs techniques, suspense : pourquoi faut-il suivre le championnat biélorusse

Pour les observateurs du foot français, prononcer le nom “Biélorussie” nous renvoie en 2010. Plus d’un mois après sa prise de fonction à l’issue de la Coupe du monde sud-africaine, marquée par la grève des Bleus à Knysna, Laurent Blanc perdait son premier match officiel, de qualifications à l’Euro 2012, face à la Biélorussie au Stade de France (0-1). Cette équipe biélorusse, actuellement 87e au classement FIFA, était menée d’une main de maître par Alexander Hleb, l’ex-milieu de terrain de Stuttgart, Arsenal et du Barça, qui a terminé sa carrière à 37 ans, la saison passée, à Isloch Minsk.

Isloch Minsk ? Il s’agit de l’actuel onzième du championnat biélorusse qui compte seize équipes contre douze avant 2019. Un championnat suivi par environ 5000 spectateurs de moyenne et qu’Aurélien Montaroup, ex-joueur du Dynamo Minsk (2009-2011), compare “à de la Ligue 2 française“. Mais qu’il juge spectaculaire. A tel point que la Russie a décidé de retransmettre les matches biélorusses pendant la crise du Covid-19.

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Certes, ce n’est pas parfait mais parfois tu t’ennuies moins que sur certains matches de L1. Il y a beaucoup de petits joueurs techniques, doués sur les petits périmètres. Ça attaque beaucoup, il y a des buts, mais aussi beaucoup d’erreurs défensives. Sans parler du niveau des gardiens de but qui est faible, ajoute l’actuel entraîneur des U19 au Stade Rennais. Il y a aussi trop d’erreurs tactiques : certains alignements sont mauvais, les coulissements ne sont pas toujours bien opérés, des joueurs sortent à contre-temps. A mon époque, c’était beaucoup plus fort en haut de tableau.”

Aurélien Montaroup s'est révélé en L1 sous le maillot du Stade Malherbe Caen. Un club qu'il a rejoint après trois saisons au Dynamo Minsk.

Aurélien Montaroup s’est révélé en L1 sous le maillot du Stade Malherbe Caen. Un club qu’il a rejoint après trois saisons au Dynamo Minsk.AFP

Quand Aurélien Montaroup a posé ses valises en Biélorussie, le Bate Borisov dominait la Belarusian Premier League de la tête et des épaules. Depuis 1991 et l’indépendance biélorusse, cette équipe de province a remporté quinze titres de champion et battu le LOSC, le Bayern Munich ou l’AS Rome en phase de poules de Ligue des champions. Mais cette période faste semble révolue.

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Les choses ont commencé à changer la saison passée quand le Dynamo Brest a remporté le titre de champion. Le Bate Borisov (ndlr : provisoirement 8e) est entraîné par un jeune coach qui a du mal à mettre son système en place. Tu sens qu’il y a moins de fond de jeu qu’avant. Cette saison encore, le championnat sera très homogène”, indique-t-il. “Je les ai sentis affaiblis offensivement et défensivement par rapport à la saison passée, confirme, à So Foot, Jérémy Mawatu, 22 ans, qui évolue à l’Energetik-BDU Minsk. On ne s’attendait pas à les battre (ndlr : 3-1), d’autant qu’on a pris deux raclées contre eux l’an dernier (ndlr : 0-4 à domicile puis 1-4 à Borisov).”

Pour Aurélien Montaroup, il faudra compter sur l’Energetik-BDU Minsk, actuellement premier ex-aequo avec trois victoires et deux défaites après cinq journées, cette saison. “Ils peuvent créer la surprise et aller au bout. Ils sont costauds défensivement. L’équipe reste quand même sur une belle série la saison passée : ils ont perdu qu’une fois sur les dix derniers matches”, note celui qui apprécie tout particulièrement la nouvelle recrue du club de la capitale biélorusse : l’ailier international ouzbek (3 sélections) de 22 ans, Jasurbek Yakhshiboev.

Yakhshiboev est le meilleur joueur depuis le début de saison

C’est le meilleur joueur que j’ai vu depuis le début de saison, relève l’ancien Caennais. Il a des similitudes avec Arjen Robben. Il peut partir pied droit ou pied gauche, et effectue des crochets fulgurants. Il va très vite et peut changer de direction à tout moment. Face au Bate Borisov, il a mis la misère aux défenseurs.”

Le Dynamo Brest ne devrait pas être loin non plus de la vérité à la fin du championnat. “C’est une équipe qui conserve bien le ballon et propose un jeu plus direct“, note l’ancien joueur français du Dynamo Minsk. Le champion en titre peut compter sur l’expérience de Sergey Kislyak (32 ans). Le milieu de terrain international biélorusse (71 sélections), passé par le Rubin Kazan, Krasnodar et Gaziantepspor, a un temps été suivi par le LOSC. Le joueur avait même visité les installations du club nordiste. En vain. “Il peut mettre le ballon où il veut sur coups de pied arrêtés. Son arrivée a grandement aidé le Dynamo Brest à être champion la saison passée“, rappelle Aurélien Montaroup.

Autre joueur qui devrait faire des ravages cette saison : Ivan Bakhar (21 ans), l’ailier international biélorusse (4 sélections) du Dynamo Minsk, bien parti également pour se mêler à la course au titre. “Il n’est pas très costaud physiquement mais il a de telles fulgurances sur le plan de la vitesse. Il est adroit des deux pieds devant le but. Il me fait penser à Alexander Hleb. Je le vois bien partir en Allemagne à terme“.

Son style de jeu me rappelle Wylan Cyprien

Stanislav Dragun (31 ans), du Bate Borisov, devrait aussi éclairer le championnat. “Depuis son retour en 2017, il est au-dessus du lot. Il a marqué quatorze buts et délivré six passes décisives la saison passée, c’est énorme pour un milieu relayeur. Son style de jeu me rappelle le Niçois Wylan Cyprien. Il est box-to-box et capable de mettre des grosses frappes“, indique Aurélien Montaroup.

Après avoir longtemps privilégié les recrues brésiliennes, les équipes biélorusses cherchent désormais du côté de l’Ouzbékistan et du Kazakhstan. Mais également en Afrique, “au Libéria, au Cameroun, ou en Guinée“. Justement, le Guinéen de 22 ans, Momo Yansane, flambe à la pointe de l’attaque d’Isloch Minsk. “Il peut jouer en pointe ou sur les ailes. C’est un joueur puissant. Il a un peu le style de Maxwell Cornet. Je pense que ce joueur a le potentiel pour partir ensuite en Russie ou dans un club de L2, candidat à la montée.”

Outre l’Asie et l’Afrique, on retrouve aussi des joueurs venant d’Islande, de Belgique et même de France. Jérémy Mawatu et Aik Musahagian (ndlr : il a également la nationalité biélorusse) font partie des représentants français. Pour Aurélien Montaroup, le championnat biélorusse devra aussi ouvrir ses portes à des entraîneurs occidentaux s’il souhaite passer un palier. “Ils apporteraient leur culture tactique et physique“. Car l’ancien arrière gauche est formel : les joueurs du championnat biélorusse, dans la plus grande majorité, “ne sont pas encore prêts à jouer en Europe de l’Ouest“.

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