Football : Eden Hazard, l’invisible du Real

Eden Hazard lors d’une de ces première apparitions sous le maillot du Real, en juilet 2019

Jouera ? Jouera pas ? Depuis quelques semaines, Eden Hazard dribble bien plus la presse à propos de la date de sa possible réapparition sur les pelouses que les défenseurs. Blessé depuis la fin septembre, le meneur de jeu du Real Madrid regardera encore de loin, samedi 24 octobre, ses partenaires lors du match contre Barcelone, le grand rendez-vous du championnat espagnol de football – le « clasico ». Touché à la cuisse droite, le Belge devrait rester éloigné des terrains pendant au moins trois semaines, si l’on en croit le journal espagnol Marca.

En début de semaine, son entraîneur, Zinédine Zidane, avait pourtant dit espérer le revoir « très bientôt » sur un terrain. « Eden a foulé la pelouse à nouveau », a-t-il assuré, même s’il a regretté que « sa blessure ait été un peu plus grave que prévue ». L’entraîneur avait initialement espéré le retour de sa pépite pour la fin septembre. Mais le flou subsiste quant à la nature et la gestion de sa blessure.

Celle-ci n’est toutefois que le dernier épisode d’une « saga Hazard » qui n’en finit pas de faire parler dans le petit monde du football espagnol depuis le recrutement XXL du joueur, durant l’été 2019. L’embauche d’Eden Hazard avait constitué la priorité de Zinédine Zidane lors de son retour sur le banc d’entraîneur du Real, en janvier 2019.

L’aura de « ZZ » et ses trois Ligues des champions gagnées en tant qu’entraîneur du Real, de 2016 à 2018, avait convaincu le président, Florentino Pérez, de lâcher une somme estimée à 115 millions d’euros pour recruter le joueur qui évoluait alors en Angleterre, à Chelsea.

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Eden Hazard lui-même avait clamé que son « rêve » était de jouer avec la tunique blanche, qui plus est sous les ordres de Zidane. L’idylle avait tout pour être parfaite, et le trône de star mondiale du Real, laissé vacant par le départ du Portugais Cristiano Ronaldo à la Juventus Turin, était déjà prêt à l’accueillir.

Surpoids et blessures à répétition

Eden Hazard (ici pendant un match de Premier League en 2015) a passé sept années dans le club anglais de Chelsea.

Mais la marche royale d’Eden Hazard a été contrariée. Au sortir de sa meilleure saison sous le maillot de Chelsea (20 buts, 17 passes décisives, une victoire en Ligue Europa), l’ancien Lillois est arrivé dans la capitale espagnole avec un certain relâchement et, surtout, cinq kilos en trop.

Si le meneur de jeu avait assuré, en janvier, à la RTBF « les avoir perdus en dix jours », photos et moqueries ont fait le tour de l’Espagne et laissé une trace profonde, surtout lorsqu’il a connu de nombreuses blessures au cours de la saison dernière, notamment au pied droit.

Au bout du compte, le Belge n’aura joué que 22 matchs lors de sa première saison avec le Real (il en a raté 35…), soit moins de la moitié qu’au cours de chacune de ses dix saisons précédentes, où il était salué pour sa fiabilité et sa capacité à enchaîner les rencontres. Sur le terrain, il a aussi manqué de rythme, ne marquant que deux buts, pour quatre passes décisives.

Ses absences n’ont pas empêché le Real de réaliser une saison presque correcte. Le titre de champion d’Espagne, arraché à Barcelone dans la partie finale du championnat, après l’interruption due au Covid-19, a toutefois fait un peu oublier une deuxième élimination consécutive en huitième de finale de la Ligue des champions, face à Manchester City.

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En Liga, les Madrilènes ont marqué 70 buts, un total honorable et supérieur aux 63 de la saison précédente, une année blanche pour le Real. Bien loin toutefois des autres années, où les hommes de Zidane pouvaient marquer 90 ou 100 buts en championnat, portés par Cristiano Ronaldo, qui assurait au moins une trentaine de réalisations.

Grosse pression sur Zidane

En l’absence du Belge, d’autres joueurs se sont affirmés, à commencer par l’attaquant français Karim Benzema, ou, plus timidement, le jeune Vinicius Junior. Mais le Real se trouve sans filet de sécurité : en l’absence de ces deux joueurs et de celle du défenseur Sergio Ramos, les Madrilènes ont coulé mercredi 21 octobre face au Shakhtar Donetsk (2-3) pour leur premier match de la phase de poules de la Ligue des champions.

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Dans un calendrier surchargé, ce match a démontré que le Real n’avait plus de marge de manœuvre sur le banc des remplaçants. Et qu’un retour d’Eden Hazard serait de nature à renforcer un édifice qui manque de piliers. Sa capacité à faire la différence sur un dribble ou une inspiration donnerait beaucoup plus de possibilités à l’attaque, et la rendrait redoutable à chaque accélération.

Cette contre-performance face aux Ukrainiens met subitement une forte pression sur Zinédine Zidane et ses joueurs. « Pis chaque jour », a titré en une, jeudi, Marca, le journal le plus vendu d’Espagne.

En Liga, Madrid est toujours dans le coup sur le plan comptable, avec 10 points en cinq matchs. Mais la défaite (0-1) contre le promu Cadix, samedi 17 octobre, a levé de nouveaux doutes.

Pour ne rien arranger, dans une institution où l’exigence porte autant sur le jeu que sur les résultats, les Merengues n’ont marqué que six buts depuis le début du championnat, terminant deux fois muets.

Une défaite samedi et l’avenir de Zidane sur le banc serait de nouveau remis en question, un an après avoir sauvé sa tête à la suite, déjà, d’une mauvaise entame en Ligue des champions. « Je suis l’entraîneur et c’est à moi de trouver la solution. Je ne l’ai pas trouvée mercredi soir. Mais je m’en sens capable, je vais essayer et les joueurs doivent faire de même », a assumé Zidane, prenant la « responsabilité » des deux échecs.

Si Eden Hazard, à 29 ans, a encore le temps de prouver sa valeur dans le club, « ZZ », malgré tout son palmarès, ne dispose pas de ce luxe.

Le Monde

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