FIFA : Gianni Infantino soupçonné d’avoir cherché à être blanchi par le parquet suisse

Gianni Infantino, en mars, à Amsterdam.

Gianni Infantino, en mars, à Amsterdam. Yves Herman / REUTERS

Documents et courriels confidentiels à l’appui, le quotidien suisse La tribune de Genève assure, lundi 27 avril, que Gianni Infantino, président de la Fédération internationale de football (FIFA) depuis 2016, a voulu « se débarrasser d’une enquête qui le menaçait personnellement » en rencontrant, de manière informelle, en 2016, le procureur général suisse Michael Lauber.

Une procédure pénale avait été ouverte, en avril de la même année, contre inconnu pour des soupçons de « gestion déloyale » et d’« abus de confiance » par le ministère public de la confédération helvétique (MPC) à la suite des révélations des « Panama Papers ». Elle visait un contrat signé en 2006 par M. Infantino, alors qu’il était directeur de la division des affaires juridiques de l’Union des associations européennes de football (UEFA).

Ce contrat octroyait des droits télévisés à une société offshore, détenue par des hommes d’affaires inculpés par la justice américaine. D’après une ordonnance de classement, que Le Monde a consultée, le procureur Cédric Remund a clos cette enquête en novembre 2017.

Le 6 avril 2016, le parquet suisse avait perquisitionné le siège de l’UEFA afin de saisir des données informatiques. Selon La Tribune de Genève, c’est à cette période que M. Infantino a échangé au sujet de cette enquête avec son ami d’enfance Rinaldo Arnold, premier procureur du Haut-Valais. Ce dernier avait notamment contribué à organiser une première rencontre informelle entre le président de la FIFA et M. Lauber, en mars 2016, à laquelle il avait aussi participé.

« Qu’il soit dit clairement que je n’ai rien à voir avec cette affaire »

Le 12 avril 2016, dans un courriel consulté par La Tribune de Genève, M. Infantino écrit à M. Arnold : « Je vais essayer d’expliquer au MPC qu’il est dans mon intérêt que tout soit éclairci aussi vite que possible, qu’il soit dit clairement que je n’ai rien à voir avec cette affaire. » « Ce qui est important, c’est le rendez-vous dans deux semaines, si tu veux je peux de nouveau t’accompagner », a alors répondu M. Arnold.

Ce dernier n’accompagnera finalement pas son ami d’enfance, le 22 avril, à un rendez-vous, à Zurich, avec M. Lauber, le procureur Olivier Thormann, et le directeur juridique de la FIFA.

Selon les révélations des « Football Leaks », M. Arnold s’était particulièrement activé pour aider son ami Infantino. « Si tu veux, je peux essayer de faire en sorte que le MPC diffuse un communiqué de presse qui expliquerait qu’il n’y a pas de procédure contre toi », écrivait-il, à cette période, au président de la FIFA.

Contacté par Le Monde, M. Arnold n’a pas donné suite.

Ce dernier aurait beaucoup à dire sur son rôle d’intermédiaire dans le cadre des rencontres entre le MPC et M. Infantino. Et ce, alors que l’autorité de surveillance du parquet suisse (AS-MPC) a reconnu, le 4 mars, le procureur général Lauber « coupable d’avoir contrevenu à plusieurs devoirs de fonction » en rencontrant, de manière informelle (sans procès-verbal à l’appui), et en trois occasions, le président de la FIFA (partie civile dans ces procédures), en mars et en avril 2016, puis en juin 2017.

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Estimant que la présence de M. Arnold n’était justifiée par « aucune base juridique » lors des rencontres entre M. Infantino et le MPC, l’AS-MPC considère, selon les informations du Monde, qu’il avait, dès le 8 juillet 2015 et pour le compte de M. Infantino, cherché à glaner auprès du procureur Lauber des informations judiciaires concernant le président de la FIFA de l’époque, Joseph « Sepp » Blatter, et Michel Platini, patron de l’UEFA et alors favori dans la course à la présidence de la FIFA.

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Ce rendez-vous avait eu lieu plus de deux mois avant l’ouverture d’une procédure pénale par le parquet suisse contre M. Blatter pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) qu’il a fait à M. Platini, en 2011. Une affaire qui a foudroyé les ambitions politiques du Français, suspendu d’octobre 2015 à octobre 2019 par le comité d’éthique de la FIFA.

M. Arnold, M. Marty, directeur de la communication du parquet, M. Infantino et M. Lauber assurent n’avoir aucun souvenir d’une autre réunion : celle qu’ils ont tenue le 16 juin 2017, à Berne. Une réunion à laquelle le procureur Cédric Remund dément avoir participé. Il assure avoir posé un congé, ce jour-là, pour écrire un « article scientifique » dans un courrier, adressé le 20 avril au Tribunal pénal fédéral, que Le Monde s’est procuré.

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Nombreux échanges directs et informels entre FIFA et parquet suisse

Chargé de plusieurs procédures, dont les affaires relatives à l’attribution de la Coupe du monde 2006 à l’Allemagne et au paiement pour lequel Michel Platini a été entendu comme témoin assisté en septembre 2015 avant d’être mis hors de cause en mai 2018, M. Remund est accusé par La Tribune de Genève d’avoir eu de nombreux échanges directs et informels avec la FIFA. Tout comme le procureur Markus Nyffenegger, alors responsable des enquêtes liées au football au MPC.

« Entre juillet et septembre 2016, les procureurs et avocats de la FIFA se téléphonent plus de vingt fois », écrit La Tribune de Genève, qui note que « les procureurs ont apparemment aidé la FIFA à formuler ses demandes, de telle sorte qu’elles puissent être acceptées par le MPC. »

Le quotidien suisse ajoute que « les résumés des conversations » sur le dossier de la Coupe du monde 2006 – dont le procès n’aura pas lieu en raison des délais de prescription – « n’apparaissent nulle part dans les documents » du parquet.

Contacté, le MPC n’a pas souhaité faire de commentaire. Pour sa part, la FIFA n’a pas encore réagi. Elle a toujours assuré « qu’il n’y [avait] rien de secret ou de suspect à propos » de ces rencontres entre M. Infantino et M. Lauber, rappelant sa volonté de « coopérer ».

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