Espagne – Yougoslavie 2000 : la remontada avant l’heure

“Le Monde” d’après PA Images/Icon Sport

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Publié aujourd’hui à 06h00

« Vive les mères qui vous ont donné le jour ! » Si ce gros titre en « une » du quotidien sportif Marca, le 22 juin 2000, s’adresse à tous les joueurs de la sélection espagnole, au lendemain d’un succès à rebondissements face à la Yougoslavie (4-3), cette déclaration d’amour concerne en priorité la maman d’un sauveur aux chaussures blanches.

A 27 ans cette année-là, six mois après le bug de l’an 2000 que l’on attend toujours, Alfonso Perez Muñoz est un buteur habitué à jouer les seconds rôles avec la Roja depuis 1992. Formé au Real, où il a débuté chez les professionnels, l’attaquant vient d’achever sur une relégation une terrible saison en Liga avec les Andalous du Betis Séville.

L’Espagnol Alfonso Perez Muñoz qualifie son équipe pour les quarts, à Bruges (Belgique), le 21 juin 2000.

Face aux Yougoslaves, qui sont en réalité en immense majorité des Serbes, Alfonso atteint le climax de sa carrière avec un renversant doublé, dont un dernier but, au bout des arrêts de jeu, qualifie son pays pour les quarts de finale de l’Euro. Il ne le sait d’ailleurs pas encore mais le futur obscur Marseillais (4 buts en 13 matchs en 2002) vient de conclure son avant-dernier match en sélection.

Au pied du mur

Le 13 juin à Rotterdam, l’Espagne débute son tournoi avec une défaite surprise face aux Norvégiens (1-0) et une victoire difficile contre la Slovénie (2-1) cinq jours plus tard. Deux ans plus tôt, les coéquipiers de la vedette Raul n’ont déjà pas réussi à franchir le premier tour du Mondial français. La faute à une défaite inaugurale, et déjà spectaculaire, contre les Nigérians (3-2).

Ce 21 juin 2000 à Bruges, elle se trouve encore au pied du mur. Seule une victoire peut ouvrir les portes des quarts de finale à une équipe incapable d’aller au bout de ses ambitions et de son potentiel. On joue alors la 97e minute de jeu de cette troisième et dernière journée du groupe C.

Après un mano a mano (1-0, 1-1, 2-1, 2-2, puis 3-3), conclu cinq minutes auparavant par une troisième égalisation espagnole grâce à un penalty de Gaizka Mendieta, Pep Guardiola récupère le ballon au niveau de la ligne médiane. Le futur entraîneur, adepte inflexible d’un jeu court, balance un long ballon et trouve la tête d’Urzaiz. Le Basque remet en retrait pour la reprise instinctive d’Alfonso.

« Je n’ai pensé à rien et j’ai tiré »

La Roja réussit un retournement de situation inespéré, un an après celui réussi par Manchester United face au Bayern en finale de la Ligue des champions 1999. Et dix-sept ans avant la remontada du Barça contre le PSG.

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Le héros raconte : « Le ballon est passé près de moi, je n’ai pensé à rien et j’ai tiré. Ensuite, j’ai couru. J’avais la chair de poule, je ne savais pas où aller. » En état de grâce, le frêle attaquant se permet même le luxe d’un ultime geste technique en protégeant l’arbitre français Gilles Veissière du courroux d’un supporteur yougoslave mécontent.

Mais cette joie est éphémère. Comme à leur habitude, les Espagnols échouent au moment de conclure. En quart de finale, ils se heurtent aux champions du monde. Malgré un étincelant Pedro Munitis, déjà buteur contre la Yougoslavie et qui manque de donner un tour de rein à Lilian Thuram, la Roja s’incline 1-2 face à la France, en route vers le titre. Raul manque l’égalisation en envoyant dans les nuages un penalty.

« La France est championne du monde et ce n’est pas pour rien. Les joueurs français sont très forts, notamment devant. Mais ils vont apprendre à connaître l’Espagne ! », claironnait pourtant Alfonso dans l’euphorie de son exploit.

La génération des Guardiola, Hierro ou Raul ne connaîtra jamais le succès. Sa chance est passée. D’autres se chargeront, quelques années plus tard, de faire enfin gagner l’Espagne.

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