Du 20e au 16e : Notre Top 50 des matches les plus marquants de Roland-Garros

ROLAND-GARROS – Suite de notre classement des 50 matches les plus marquants de l’ère Open à Roland-Garros, que ce soit pour leur esthétisme, leur suspense, leur force émotionnelle ou encore leur portée historique. Ce jeudi, nous voilà parmi les vingt premiers. Découvrez les matches classés de la 20e à la 16e place. Avec une double ration de Stan Wawrinka.

Dossier réalisé par Maxime BATTISTELLA, Rémi BOURRIERES et Laurent VERGNE

Roland-Garros

Crépuscule des dieux, Federer sur un fil, Rafa 1er : Notre Top 50 des matches marquants de Roland

HIER À 21:35

20. Sergi Bruguera – Jim Courier

Edition 1993
Finale
Vainqueur : Sergi Bruguera (Espagne)
Adversaire : Jim Courier (Etats-Unis)
Score : 6-4, 2-6, 6-2, 3-6, 6-3

Dès l’âge de six ans, j’ai rêvé gagner un jour Roland-Garros. Je livre ce secret aujourd’hui : tous les ans c’était mon vœu d’anniversaire le plus cher, gagner Roland-Garros !” Ce dimanche 6 juin 1993, Sergi Bruguera a donc été exaucé, et ce, en déboulonnant celui qui était alors le maître des lieux, Jim Courier. Double tenant du titre et numéro 2 mondial, l’Américain était l’homme à battre à Paris et s’avançait comme le grand favori à sa propre succession.

En quête d’un fabuleux triplé – plus réalisé depuis Björn Borg –, Courier semblait avoir toutes les cartes en main dans cette finale. Car il connaissait bien Bruguera : il l’avait déjà croisé sur le circuit à quatre reprises pour… quatre victoires sans perdre le moindre set. La dernière en date ? En quart de finale à Rome (6-3, 6-4) en préparation du Majeur parisien. Oui mais voilà, quelques semaines voire quelques jours peuvent parfois faire bien des différences. Et les Français en font l’amère expérience en début de tournoi : le Catalan balaie Henri Leconte au 1er tour (7-6, 6-1, 6-0), et surtout Thierry Champion au 2e (6-0, 6-0, 6-0, un épisode raconté précédemment).

En quart de finale, Bruguera s’offre le nouveau numéro 1 mondial Pete Sampras (6-3, 4-6, 6-1, 6-4), ce qui lui fait prendre une nouvelle dimension. Et Andrei Medvedev, qui l’avait pourtant battu à Estoril puis Barcelone, ne pèse pas bien lourd en demie (6-0, 6-4, 6-2). C’est donc sans peur que le 11e joueur mondial se présente face à Courier sur le Central. Dans la pure tradition espagnole des spécialistes de terre battue – il a d’ailleurs remporté 13 de ses 14 titres sur cette surface –, il use parfaitement de son lift pour neutraliser les coups de boutoir de l’Américain et mène rapidement un set à zéro puis deux sets à un.

Mais Courier a un rendez-vous avec l’Histoire et la partie rebascule en sa faveur : il revient à deux sets partout et fait le break d’entrée de cinquième dans cette finale haletante. Plus expérimenté, plus habitué à gagner, l’Américain a le vent en poupe et dicte le jeu avec son coup droit. Pourtant, la balle revient inlassablement et, au moment où il semblait tenir le bon bout, il craque. Bruguera aligne alors quatre jeux, avant de l’emporter finalement 6-3. Il réalisera même son rêve Roland une seconde fois l’année suivante, faisant à nouveau tomber Courier, en demi-finale cette fois. L’ancien élève de Bollettieri, lui, ne goûtera plus au moindre titre en Grand Chelem.

19. Yannick Noah – Ivan Lendl

Edition : 1983
Quart de finale
Vainqueur : Yannick Noah (France)
Adversaire : Ivan Lendl (Tchécoslovaquie)
Score : 7-6, 6-2, 5-7, 6-0

Historiquement, sa finale contre Mats Wilander reste bien évidemment le sommet du parcours de Yannick Noah en 1983, et même de toute sa carrière sportive. Mais quelques jours plus tôt, le Français avait peut-être gagné sa véritable finale personnelle, en quarts, contre Ivan Lendl. Lendl, son ennemi juré, l’antithèse de son jeu, de son personnage et de sa conception de ce métier. Ils ont le même âge. 23 ans. S’affrontent depuis l’adolescence. Et ne s’aiment pas beaucoup. Enfin, Noah n’aime pas Lendl, en tout cas. Il veut le battre presque autant qu’il veut gagner le tournoi, c’est dire.

Ce mercredi de la seconde semaine, en fin d’après-midi, il règne une ambiance électrique sur le court central. D’abord parce que Christophe Roger-Vasselin vient de battre le numéro un mondial, Jimmy Connors. Immense et invraisemblable exploit. Si Noah sort Lendl, il y aura une demi-finale 100% française. Du jamais vu à Roland-Garros depuis 1946. La victoire de son pote Roger-Vasselin galvanise Noah, qui ne s’imagine pas une seconde perdre contre CRV.

Sur le court, Noah a envie de bouffer Lendl. C’est palpable. De fait, il le bouffe. 7-6, 6-2, 5-2. Lendl adopte alors cette attitude détestable qui pouvait parfois être la sienne dans la première moitié de sa carrière. Sur le point de s’incliner, il “balance”, sourit ironiquement, joue nonchalamment. Comme s’il s’en foutait. Comme pour dire à son adversaire “vas-y, je m’en fous, ce n’est pas toi qui gagne ce match, c’est moi qui le perds, je le fais exprès, tu n’as aucun mérite”.

Attitude quasi-puérile mais, du je-m’en-foutisme au relâchement, il n’y a parfois qu’un pas. A 5-3, 40-15, Noah a deux balles de match sur son service. Il se crispe, ne sort plus de premières balles, délivre des secondes molasses et Lendl, en dilettante, lui donne du retour-volée. Et fait le point. Deux fois. Décontenancé, Noah perd son service, puis un autre, Lendl aligne cinq jeux et empoche le set 7-5. Roland a pris un coup sur la tête et son héros n’est pas loin de s’écrouler. La suite, il l’a raconté dans les colonnes du journal Le Monde en 2013, pour les 30 ans de son titre :

Je devrais avoir gagné et je me retrouve embarqué dans un 4e set. Je sers. Et je panique complètement. 0-15. 0-30. 0-40. Si je perds ce jeu, je perds le match. Je sens le public, je sens que les gens ont peur. Il y a une espèce de brouhaha, une ambiance pesante qui s’installe. Il commence à faire nuit et je me mets à stresser à l’idée d’aller me coucher en me disant qu’il faudra refaire un set le lendemain. Heureusement, j’arrive à retrouver mes esprits et je gagne le jeu. 1-0, changement de côté. Je suis apaisé, je retourne dans ma bulle, et je lui mets 6-0. C’est la seule fois que je lui ai mis une roue de bicyclette. J’explose de joie. Lendl, je l’aime pas.”

18. Stan Wawrinka – Novak Djokovic

Edition : 2015
Finale
Vainqueur : Stan Wawrinka (Suisse)
Adversaire : Novak Djokovic (Serbie)
Score : 4-6, 6-4, 6-3, 6-4

“Je crois que jamais de ma vie je n’ai aussi bien joué au tennis que ce jour-là. ” Stan Wawrinka a quelques matches références au compteur mais il l’a souvent dit : cette finale de Roland Garros, c’est probablement sa référence tennistique absolue.

Ce jour-là, toutes les étoiles sont alignées pour le Suisse. Pour sa première finale à Roland Garros – la première également sans Nadal depuis 2009 –, il retrouve un adversaire qu’il a toujours apprécié, à tous les sens du terme. Novak Djokovic, alors en quête de son premier sacre parisien, est certes légèrement favori, mais il est le premier à craindre un rival qui lui a souvent posé de gros problèmes par le passé.

Le début de la rencontre, sans round d’observation, est toutefois favorable au n°1 mondial qui remporte le 1er set. Mais Stan est monté en puissance au fil des jeux. Mis en confiance, il met la main sur le match et breake enfin au meilleur moment pour revenir à un set partout.

C’est là que le Vaudois prend littéralement feu. A partir de 2-2 au 3e set, il aligne 10 points avant de réussir, à 5-2, le coup le plus mémorable de cette finale, avec cette cinglante accélération de revers qui contourne le filet pour atterrir dans la lucarne opposée.

Djokovic fait le dos rond et mène encore 3-0 au 4e set. Mais Wawrinka se remet à pratiquer son tennis d’humanoïde. Il revient et place un nouveau contre meurtrier à 4-4. Puis fait preuve d’une grande solidité mentale en sauvant de nouvelles balles de break au moment de servir pour le match.

C’était le jour de Stan the Man, clairement. Nadal mis à part (hors concours), jamais sans doute n’a-ton vu un homme jouer aussi bien en finale de Roland Garros. Djokovic perd une troisième finale à Paris mais il n’a pas tout perdu. Ses larmes, lors de la cérémonie, touchent le cœur du public qui lui offre une vibrante ovation. Et le Serbe reviendra l’année suivante pour gagner…

17. Michael Chang – Jimmy Connors

Edition : 1991
3e tour
Vainqueur : Michael Chang (Etats-Unis)
Adversaire : Jimmy Connors (Etats-Unis)
Score : 4-6, 7-5, 6-2, 4-6, ab.

Le dernier fait d’armes à Roland d’un vieux lion. Quand on associe Jimmy Connors et l’année 1991, on se souvient avant tout de son ultime grande aventure en Grand Chelem qui l’avait conduit jusqu’en demi-finale de l’US Open à 39 ans, après ce fabuleux huitième contre Aaron Krickstein. Mais “Jimbo” avait auparavant fait le spectacle à sa manière du côté de la Porte d’Auteuil où il avait vécu un amour contrarié en début de carrière.

Banni par le président de la Fédération française de tennis Philippe Chatrier en 1974 parce qu’il jouait sur un circuit concurrent, Connors avait ensuite boycotté l’événement jusqu’en 1978. Mais avec les années, le sale gosse s’était assagi. En tout cas, il avait réussi à se remettre le public français dans la poche. Sur sa fin de carrière, chacune de ses apparitions attirait les foules et ce fut évidemment le cas lors de ce 3e tour qui présentait le double avantage d’être un duel entre vainqueurs de Grand Chelem et un choc de générations.

Vainqueur à la surprise générale du tournoi deux ans plus tôt, Michael Chang n’avait alors encore que 19 ans, soit la moitié de l’âge de son adversaire. Presque tout sépare les deux Américains mais le si discret Chang et Connors, le roi de la provoc’, ont un point commun fondamental : le goût du combat. Retombé à la 324e place mondiale, “Jimbo” s’arrache comme à ses plus belles heures pour tenir la dragée haute à son jeune adversaire et lui prendre le premier set. Mais il avait déjà beaucoup puisé dans ses réserves au tour précédent contre Ronald Agenor (6-4, 6-2, 3-6, 0-6, 6-4) et son corps touche à ses limites.

Bloqué au dos, Connors subit dans les deux manches suivantes mais met un point d’honneur à lancer ses dernières forces dans la bataille en fin de quatrième set. Il revient ainsi à égalité et remporte même le premier point de l’ultime acte avant de jeter l’éponge, épuisé. Comme un pied de nez final, Connors éclipse Chang par sa sortie pleine de panache : on n’apprend pas au vieux singe à faire la grimace. Emu, le public parisien lui réserve alors un sublime hommage. En coulisses, “Jimbo” sera soutenu pour monter les escaliers après avoir fait illusion en saluant la foule à sa sortie du court. “Je n’ai jamais vu en 35 ans de carrière une telle ovation pour un abandon“, témoigne Ion Tiriac qui était au premier rang sur le Central. Le privilège d’un grand qui a tout donné à son sport.

16. Stan Wawrinka – Stefanos Tsitsipas

Edition : 2019
8e de finale
Vainqueur : Stan Wawrinka (Suisse)
Adversaire : Stefanos Tsitsipas (Grèce)
Score : 7-6(6), 5-7, 6-4, 3-6, 8-6

En qualité pure, c’est l’un des plus beaux matches de l’année 2019 et même de l’histoire de Roland Garros. C’est en tout cas le 4e match le plus long jamais joué à Roland-Garros (5h09), le 47e de l’ère Open à dépasser les 5h de jeu.

D’ordinaire, ce genre de marathon est fait de hauts et de bas. Ce qui rend ce Wawrinka-Tsitsipas exceptionnel, c’est que, malgré une chaleur de plomb, il conserve une qualité et une intensité absolument époustouflantes durant quasiment l’intégralité de ces cinq heures.

Dès les premiers échanges, les deux hommes se rentrent dedans avec une violence inouïe. Tsitsipas dispute une partie d’une bravoure héroïque, faisant souvent visiter le terrain à son adversaire avec sa créativité exquise. Son seul tort est de rater un grand nombre d’occasions, à l’image de cette balle de 1er set bien sauvée toutefois d’un passing de revers.

Mais c’est surtout dans le 5e set set que Tsitsipas pourra nourrir le plus de regrets. Il gâche un total de 8 balles de break dont 3 cruciales à 5-5. Sur la première, le Grec s’offre un plongeon désespéré, aussi magnifique que vain, symbole d’un match homérique qui aurait mérité un meilleur sort.

Mais en face, Wawrinka est un roc. Pour son retour aux affaires depuis sa finale ici en 2017 (et deux opérations du genou entre-temps), le Suisse a le soutien du court Suzanne-Lenglen. Bien que cramoisi, il produit une résistance extraordinaire. Et c’est lui qui finit par conclure sur une balle de match qui ne l’est pas moins, un passing de revers slicé long de ligne qui flirte avec celle-ci.

Tsitsipas proteste, probablement dans une forme de déni passager : la victoire est pour Stan Wawrinka mais c’est le tennis en général, dans son expression la plus belle et la plus cruelle, qui sort gagnant de cet affrontement de titans.

SUITE DU CLASSEMENT A 15 HEURES

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