Déconfinement, phases finales… Le médecin de Clermont tire le signal d’alarme !

L’Auvergne est loin d’être la région française la plus touchée par l’épidémie de Covid-19. A l’heure où nous écrivons ces lignes, le médecin de l’ASM Clermont Auvergne, Mathieu Abbot, ne compte que “25 patients en réanimation” dans une interview diffusée sur le site internet du club auvergnat. Et encore, une bonne partie de ces patients Covid + viennent des régions voisines comme l’Ile de France et la Bourgogne où les services sont saturés. Pour autant, le médecin des “jaune et bleu” est loin d’être rassuré. Très loin, même.

D’abord parce qu’il voit qu’en dépit des avancées scientifiques, les questions et les zones d’ombres restent nombreuses. Pire : “Il y a encore bien plus de questions que de réponses”, selon lui. Pour les sportifs, il s’agit des risques de myocardites, c’est à dire des pathologies touchant le myocarde, le muscle du cœur. Celles-ci peuvent conduire à des arythmies qui, in fine, peuvent provoquer des morts subites. Alors, quand on évoque avec lui le sujet du déconfinement programmé au 11 mai et la pratique du rugby, le médecin préfère se montrer prudent : “Il est clair que vu le très faible taux d’immunité collective, si l’on revient au même stade qu’avant le confinement, les mêmes effets de propagation reviendront aussi vite et probablement même encore plus vite. Les choses peuvent donc vite repartir dans le mauvais sens. Dans le rugby comme ailleurs, il ne faut absolument pas envisager de revenir comme avant. Il va falloir trouver des moyens de mettre en place une certaine distanciation sociale.”

Nous avons fait remonter le message d’une reprise délicate dans le contexte actuel

Une distanciation sociale d’autant plus importante pour la population des rugbymen professionnels qui, à en croire le corps médical n’a été que très peu touchée et paraît donc vulnérable lors du déconfinement. Ce qui nous amène à la vive mise en garde lancée par le médecin auvergnat quant à une possible reprise : “Nous avons fait remonter le message d’une reprise délicate dans le contexte actuel. En tant que médecin, j’aimerais que l’on puisse être entendu là-dessus et faire valoir le fait qu’il y a un troisième scénario de reprise impossible dans le contexte sanitaire actuel. Aujourd’hui, nous ne sommes pas en mesure de reprendre notre sport dans des conditions acceptables. Quand le pourrons-nous ? Je n’en sais rien.”

Bien sûr, Mathieu Abbot n’ignore pas que cette situation pourrait précipiter la fin de carrière de plusieurs joueurs, qui auraient certainement espéré une meilleure sortie : “Parler de reprise dans les conditions actuelles, je ne pense pas que ce soit la meilleure façon de protéger leur santé. En tant que membre du groupe, c’est forcément compliqué de tenir ces propos vis-à-vis de joueurs comme Dato, Nick, Rémy, Greig, Ice, Charlie, etc… qui pourraient quitter le club sans véritable fin mais mon rôle est de protéger leur santé et de dépasser le niveau affectif, sportif et même économique que je comprends par ailleurs parfaitement. Tant que le virus circule, que nous n’avons ni traitement prouvé efficace ni de vaccin, et tant que nous n’avons pas de tests sérologiques fiables et à disposition cela parait utopique… et cela sans parler de la question éthique de disposer de tests sérologiques alors que leur utilisation semble restreinte pour le grand public.”

Certains de nos joueurs ont perdu 7 à 8 kilos

Vous l’aurez compris, la reprise dans ce contexte de virus paraît peu probable, voire dangereuse. Et même si l’on fait abstraction de ce foutu virus. Pourquoi ? Parce que les joueurs sont complètement déconditionnés. Dans les colonnes de l’édition de Midi olympique qui paraîtra demain, le deuxième ligne international lyonnais Félix Lambey nous confie ses inquiétudes par rapport au désentraînement et à la perte de masse musculaire malgré ses efforts quotidiens pour s’entretenir.

Mais qu’il se rassure : les joueurs auvergnats sont dans le même cas, si l’on en croit que leur médecin : “Avec une population qui a été arrêtée durant au moins 2 mois et qui sera complètement sous-entraînée, (la reprise par des phases finales, ndlr.) c’est aussi leur faire prendre un risque sur leur santé. Si on élude le problème du virus, pour faire reprendre les joueurs et les amener à un niveau athlétique cohérent avec des matches à très haute intensité, il faut compter 8 semaines. Certains de nos joueurs ont perdu 7-8 kg, on ne pourra pas leur faire reprendre en quelques jours. Il faudra aussi les faire s’entraîner collectivement. Franchement, aujourd’hui c’est très compliqué de se projeter à cet été en encore plus sur des phases finales. Les joueurs ont une masse musculaire qui est très importante mais ils ne sont pas en mesure de l’entretenir à domicile où ils n’ont pas les équipements nécessaires. Nous faisons de l’entretien de base, mais pas de développement. L’hypertrophie musculaire se perd très vite. Ils peuvent prendre du poids comme tout le monde (s’ils ne font pas attention), mais le problème est surtout la perte de masse musculaire qui amène un déconditionnement qu’il faudra compenser à la reprise. Cela prend du temps, beaucoup de temps.”

Un témoignage franc et direct qui douchera sûrement les espoirs de certains qui espèrent reprendre le championnat au plus vite, mais qui est livré par un homme de science conscient des risques et surtout des nombreuses interrogations qui entourent encore ce mystérieux virus…

Lire la suite sur Eurosport.fr