David Dellea, consultant : « Dans le football, il y a toujours eu une résistance à la régulation ; cette fois, l’urgence est là »

David Dellea, du cabinet PwC.

David Dellea, du cabinet PwC.

Les crises sont propices aux remises en question. Celle qu’a provoquée la pandémie due au coronavirus bouleverse l’économie dans son ensemble. Le football, industrie à part entière, n’y échappe pas. Alors qu’il est à l’arrêt, le modèle sur lequel ce sport est bâti depuis des années est malmené. Le Monde interroge certains de ses acteurs sur la gestion de la crise actuelle, ce qu’elle révèle, la façon d’en sortir et, peut-être, les changements à apporter. David Dellea, directeur de la branche sport du cabinet d’audit et de conseil PwC, en Suisse, estime que la période révèle utilement les fragilités du modèle actuel mais ne croit pas à une décroissance.

Comment décririez-vous la situation actuelle pour l’économie du football ?

Il n’y a plus de génération de valeur, donc les conséquences sont forcément désastreuses. Cela met au jour les problèmes de soutenabilité de l’économie du football. L’urgence, pour les acteurs, est de pallier l’absence de liquidités.

Certains acteurs du monde du sport sont mis à nu. Comme les grands clubs de football sont des marques très médiatiques, on a toujours l’impression qu’elles sont très solides. Mais ce ne sont ni Nestlé ni Novartis ! Ce sont des PME. Et aucun restaurant ni cinéma, aussi grand soit-il, ne peut se financer six mois sans aucun revenu.

Avez-vous des craintes à moyen terme sur la viabilité du système ?

Je ne crois pas à une décroissance du haut niveau car la place du football comme sport dominant va demeurer. Mais, si tout le monde regarde le sommet du système, il ne faut pas oublier la base. J’ai davantage d’inquiétudes pour ce secteur non professionnel quand je regarde l’exemple suisse : chez nous, la moitié des aides déployées en direction du monde du sport pour surmonter cette crise vont revenir au sport professionnel.

Si, dans le futur, il faut soutenir financièrement le sport professionnel, que va-t-il se passer en dessous ? Toute la pyramide dépend des revenus du sommet pour financer la base. Il faudra trouver comment continuer à soutenir le monde amateur de façon appropriée et s’assurer que ce système recommence à fonctionner à moyen terme.

Les clubs professionnels vont-ils pâtir d’une baisse de leurs revenus ?

La capacité de l’ensemble de l’économie à investir dans le sport va diminuer et comme toujours, ce sont les plus faibles qui en pâtiront. La Ligue des champions, comme la formule 1 par exemple, restera un actif de luxe, une premium property. Les grandes marques de sport continueront à bénéficier d’une situation de concurrence entre sponsors potentiels. Mais les autres vont souffrir.

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