D1 féminine: la FFF évoque une reprise à huis clos

Comment appréhendez-vous la période de pandémie pour le développement du football féminin en France? 

Au-delà du football féminin, on est vraiment dans un contexte que personne n’avait imaginé. Qui dit contexte sans précédent, dit règle exceptionnelle. Je peux vous dire que jeudi, quand il a fallu décider avec le comité exécutif d’arrêter toutes les compétitions amateurs sauf la D1 féminine et le National 1, ce n’était pas une petite décision. Heureusement, on avait consulté l’ensemble de tous nos clubs et acteurs. C’était donc une décision collégiale. Vous pouvez imaginer ce que c’est pour tous ces jeunes de ne pas aller à l’entrainement, de ne pas jouer.  Qu’il n’y ait pas de foot en ce moment, c’est juste incroyable. Mais ce n’est rien par rapport à tout ce qui se passe. Par rapport à la D1 féminine, ce qui fait que l’on a pris une décision différente des autres compétitions, c’était d’avoir un traitement égalitaire avec les garçons pour le plus haut niveau amateur. Deuxième chose: il y a encore deux clubs, l’Olympique Lyonnais et le Paris Saint-Germain, encore qualifiés en Ligue des champions. Forcément, il faut déterminer un premier, un second, et disputer les deux quarts de finale que l’UEFA n’a pas encore arrêtés. On ne vous cache pas que les modalités ne sont pas encore définies et que l’on sait à quel point ce sera difficile et progressif pour le déconfinement. Ce qui est certain, c’est que la Fédération ne prendra aucun risque. C’est la santé de nos joueuses et joueurs qui sera prioritaire.

Pour la FIFPro, le syndicat international des footballeurs, la pandémie serait une “menace existentielle pour le football féminin. Quelle est votre position? 

On sait que l’économie du football féminin est fragile, aujourd’hui il y a tout juste des partenaires qui commencent à investir. On a bien vu que la Coupe du monde en 2019 avait eu un impact, grâce à l’affluence et les audiences. On est quand même le top 3 des audiences de TF1, tout événement confondu sur l’année. Il faudra être très vigilant. On le sera avec la Fédération. On travaille beaucoup avec la nouvelle association des clubs professionnels, créée par Laurent Nicollin, et l’UCPF. L’idée: bien faire circuler les informations. Ces clubs-là ont le droit au fonds de solidarité de l’État, mais aussi au chômage partiel et toutes les actions de garantie pour palier les difficultés économiques des clubs. On sait que plus rien ne sera pareil. C’est une vraie opportunité pour le sport en général de réfléchir à de nouveaux modèles économiques, et c’est le cas du football féminin. C’est le moment de trouver un modèle économique nouveau, avec d’autres ressources davantage diversifiées qui permettraient une autonomie plus grande des clubs. Désormais, les entreprises ne penseront plus jamais comme avant. 

Craignez-vous la disparition de certains sections féminines de clubs professionnels dans la difficulté? 

Tout le monde est vigilant. Ce serait très très mal perçu que les coupes soient faites par rapport au sport féminin. Je sais que la ministre des Sports est très très vigilante par rapport à ça. On essaie de se soutenir les uns et les autres et ce n’est pas le moment d’aller crier au scandale. On essaie d’être vraiment unis et solidaires, que ce soit avec les présidents de fédération, de clubs pros et amateurs, pour éviter ce genre de situation. 

Si les conditions sanitaires le permettent, espérez-vous une reprise de la D1 qui pourrait s’étirer jusqu’à fin juillet? 

Aujourd’hui, c’est le sanitaire qui décide. Une fois encore, les modalités de déconfinement qui nous permettraient de reprendre l’entrainement, on ne les connaît pas encore. Il reste six journées de championnat. Il y a besoin d’une période de réathlétisation de trois à quatre semaines, d’après le médecin fédéral et ceux des clubs. Ce qui est sûr, c’est qu’aucun risque ne sera pris pour la santé des acteurs de la D1 féminine. Si les modalités de déconfinement le permettent, la D1 féminine reprendra. Si ce n’est pas le cas, cela s’arrêtera comme les autres compétitions. 

Vous êtes-vous fixé une date limite? 

On aura de nouvelles annonces le 11 mai, avec les modalités de déconfinement, et la date du 23 avril avec l’UEFA qui dira si elle arrête la Ligue des champions pour les filles ou pas. Jusqu’à mi-juillet, les rassemblements de plus de 20 personnes ne sont pas possibles. On est quand même limités. 

S’oriente-t-on vers une hypothèse de reprise à huis clos? 

Oui pour l’instant, c’est certain. 

Vous pourriez aider certains clubs de D1 ou D2 qui pourraient être en difficulté?

Le budget alloué aux clubs amateurs n’a jamais été aussi conséquent avec 80 millions. Il va y avoir un fonds de solidarité de la Fédération mis en place dans les prochains jours, mais aussi au sein de nos Ligues et nos districts. Les modalités sont en train d’être fixées. Tout le monde va être vigilant pour cette saison, mais aussi pour la saison prochaine qui sera difficile pour tout le monde. On fait tout pour que nos clubs bénéficient des aides gouvernementales, avec la possibilité d’avoir le chômage partiel pour les joueuses (plus de 150 joueuses en contrat fédéral en D1 sur 250, 48 joueuses sous contrat en D2). La Fédération a aussi versé tous les frais même si les compétitions sont arrêtées. C’est quand même sept millions sur l’ensemble des championnats nationaux féminins et masculins. On fait vraiment tout pour pouvoir les soutenir.

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