Coronavirus : pendant ce temps, Paris-Nice continue

Cyclists waits in a empty square due to the novel coronavirus outbreak in France, prior the start of the 161,5 km, 6th stage of the 78th Paris - Nice cycling race stage between Sorgues and Apt, on March 13, 2020. The organizers of the 78th Paris-Nice cycling race announced on March 13, 2020 the cancellation of the last stage scheduled for Sunday due to the coronavirus pandemic. / AFP / Alain JOCARD

Cyclists waits in a empty square due to the novel coronavirus outbreak in France, prior the start of the 161,5 km, 6th stage of the 78th Paris – Nice cycling race stage between Sorgues and Apt, on March 13, 2020. The organizers of the 78th Paris-Nice cycling race announced on March 13, 2020 the cancellation of the last stage scheduled for Sunday due to the coronavirus pandemic. / AFP / Alain JOCARD ALAIN JOCARD / AFP

« Bonjour Sorgues ! » Le tweet matinal du compte officiel de Paris-Nice, vendredi matin sous le soleil du Vaucluse, pouvait sembler un tantinet décalé. Le sport mondial est désormais quasiment à l’arrêt mais la course cycliste, partie dimanche des Yvelines, poursuit sa route vers la Côte d’Azur.

Pas tout à fait, toutefois : jeudi soir, l’organisateur Amaury Sport Organisation (ASO) a informé les équipes que la traditionnelle étape de l’arrière-pays niçois, arrivant sur la Promenade des Anglais, n’aurait pas lieu dimanche. La course s’arrêtera au sommet du col de la Colmiane, samedi, avant que le cyclisme ne s’installe comme les autres sports dans un coma d’une durée indéterminée.

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La poursuite de l’épreuve deux jours supplémentaires est-elle irresponsable ? Pas du tout, estiment les coureurs dans leur grande majorité. L’organisateur a, depuis le départ des Yvelines, assuré qu’il suivrait les recommandations des préfectures traversées. Les liens entre ASO et les autorités locales partout dans le pays sont étroits, en raison de l’organisation du Tour de France.

« 70 % des équipes favorables à la poursuite de la course »

Jeudi soir, alors qu’Emmanuel Macron annonçait de nouvelles mesures afin de lutter contre l’épidémie de coronavirus, le syndicat des coureurs (CPA, Cyclistes professionnels associés) sondait les équipes qui, elles-mêmes, consultaient leurs coureurs. « Soixante-dix pourcents des équipes ont été favorables à la poursuite de l’épreuve », dit Pascal Chanteur, vice-président du CPA. « Et pour les autres, la vraie préoccupation, ce n’est pas l’épidémie mais le fait de pouvoir rejoindre leur domicile dans de bonnes conditions après la course. Mais à aucun moment, ils n’ont peur pour leur santé, ils savent qu’ils ne sont pas une population à risque », estime-t-il – passant sous silence le risque de contamination à d’autres catégories de personnes.

Jeudi, l’Américain Tejay Van Garderen, de l’équipe Education First, a quitté la course, craignant de ne pas pouvoir rentrer aux Etats-Unis s’il attendait le week-end. Vendredi, citant les inquiétudes autour de possibles restrictions de circulation, l’équipe Bahreïn-McLaren, dont les coureurs sont de six nationalités différentes, a annoncé son abandon collectif – malgré la position enviable de son leader belge Dylan Teuns au classement général.

Aucune autre ne l’a suivie et 16 équipes ont pris le départ pour Apt (Vaucluse), vendredi à 12 h 15.

« Davantage inquiets pour les gens qui viennent voir la course »

« Pour nous le danger n’est pas plus grand d’être ici, sur la course, que s’entraîner chez nous, estime le Suisse Stefan Küng, de l’équipe Groupama-FDJ. Nous sommes toujours avec les mêmes 20 personnes, ce serait pareil chez nous avec nos amis et familles. Nous sommes davantage inquiets pour la santé des gens qui viennent voir la course entre amis. Mais ce n’est pas à nous de décider à ce sujet. Le reste, c’est aux autorités de prendre les bonnes décisions. »

« A partir du moment où les pouvoirs publics nous disent : “Vous pouvez courir”, on reste sur l’événement, dit Marc Madiot, manager de l’équipe tricolore. Si un coureur me dit qu’il ne veut pas courir ou si un membre du staff se sent en danger, il peut évidemment rentrer chez lui. Mais on est là pour finir une course, car on ne sait pas quand est-ce qu’on va recourir derrière. On n’est pas dans un stade fermé. Les métros sont toujours remplis. Je ne veux pas rentrer dans une forme de psychose. »

Son homologue d’AG2R-La Mondiale, Vincent Lavenu, renchérit : « La Terre ne s’arrête pas de tourner, la vie continue, les gens vont au supermarché et au travail. Nous, on fait du vélo, c’est notre mission. Et cela en respectant l’ensemble des mesures de précaution. On a pris des mesures favorables pour permettre au métier de continuer. On est un sport qui se pratique en plein air et traverse des régions peu touchées par l’épidémie. S’arrêter parce que les autres le font, ce serait céder à la panique et agir de façon précipitée. »

« Décision unanime des coureurs »

Au sein de l’équipe cosmopolite Israel-Start-up Nation, le débat, jeudi soir, a été plus intense que dans les équipes françaises, explique Lionel Marie, son directeur sportif. « C’était mitigé, certains veulent continuer, d’autres sont inquiets. » Finalement, vendredi matin, après une nouvelle réunion par vidéoconférence avec la direction de l’équipe, décision a été prise de poursuivre Paris-Nice sur « décision unanime des coureurs »

La petite course Paris-Troyes, qui devait s’élancer dimanche de Nogent-sur-Seine (Aube) avec des formations de deuxième ou troisième division, est également reportée. Quatre équipes étrangères avaient déjà déclaré forfait.

Ensuite, en Europe au moins, le cyclisme ne continuera que de manière virtuelle : plusieurs équipes organisent des compétitions ou leurs entraînements sur la plateforme Zwift, les coureurs s’entraînant dans leur salon, devant un écran.

Le Giro reporté

Nouvelle victime de la pandémie due au nouveau coronavirus, le Tour d’Italie cycliste, qui devait partir le 9 mai à Budapest, a été reporté à une date encore inconnue, a annoncé vendredi la société organisatrice RCS.

« RCS, ayant pris note de la situation nationale et internationale, annonce que les dates du Giro 2020 sont reportées », écrit l’organisateur dans un communiqué. Dans la matinée, le gouvernement hongrois avait annoncé ne pas pouvoir organiser les trois premières étapes de l’épreuve prévues dans le pays.

Mais selon RCS, « toutes les parties sont déterminées à travailler ensemble pour permettre au Giro de partir de Hongrie à une date ultérieure ». « La nouvelle date ne sera pas annoncée avant le 3 avril », soit la date fixée par le gouvernement italien comme limite aux mesures exceptionnelles de confinement qu’il a adoptées.

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