Coronavirus: le grand flou de la lutte contre le dopage à l’heure du Covid-19

La lutte contre le dopage est-elle affaiblie par la pandémie de Covid-19? “Cela fait une éternité que je n’ai pas été contrôlé de manière inopinée, je préfère ne pas vous dire quand”, s’est récemment inquiété le cycliste français Romain Bardet, dans les colonnes du Monde. Comme lui, plusieurs professionnels se sont interrogés sur les risques de faire face, à la reprise de la compétition, à des tricheurs qui auraient profité des bouleversements occasionnés par la crise sanitaire. En particulier sur le Tour de France, reprogrammé du 29 août au 20 septembre, bien que le cyclisme ne soit pas la seule discipline concernée par le sujet.

“On travaille très sérieusement aux programmes de contrôle, déjà actuellement, mais aussi après la fin du confinement dès lors qu’on aura la fin du calendrier”, répond Mathieu Teoran, secrétaire général de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), contacté par RMC Sport.

Dans la pratique, les dispositifs de contrôle n’ont pas échappé aux perturbations. “Inévitablement, dans certains cas à travers le monde, des programmes de dépistage sont considérablement réduits et même temporairement suspendus”, admet l’Agence mondiale antidopage (AMA), interrogée par RMC Sport. Aux États-Unis, l’instance américaine en charge de la question (USADA) s’est même essayée à des tests à distance avec des athlètes volontaires se filmant eux-mêmes pendant la quasi-totalité du processus.

Entretenir la peur du gendarme

La problématique de la continuité de la lutte antidopage réside notamment dans les ressources humaines. Si l’AFLD peut toujours s’appuyer sur un “relais suffisant” de préleveurs à temps plein pour maintenir des “contrôles prioritaires”, elle peut moins compter sur les professionnels de santé qui collaborent en temps normal. mais sont aujourd’hui nombreux à être réquisitionnés dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. “Mais ce n’est pas un obstacle absolu à la réalisation de contrôles”, nous soutient-on.

Les instances cherchent ainsi à maintenir une forme de dissuasion. “Si la peur du gendarme diminue, c’est évidemment un facteur de risque”, souligne l’AFLD. “Les athlètes sans scrupules, ou leur entourage, qui pourraient cependant y voir une occasion de tricher seraient très imprudents de le faire, insiste l’Agence mondiale antidopage. Les athlètes restent soumis à des contrôles et doivent continuer à fournir leurs informations de localisation, comme d’habitude, afin qu’ils soient disponibles pour un prélèvement d’échantillon”.

C’est notamment le cas en France, où les sportifs concernés doivent par exemple signaler leurs recours à l’attestation dérogatoire relative au confinement. “S’ils sortent une heure pour faire leur activité physique quotidienne et donc qu’ils ne sont pas chez eux à l’heure indiquée, ils se trouvent en faute par rapport à la législation antidopage”, prévient l’instance française.

Une vague de contrôles attend le peloton

La période actuelle est si particulière qu’elle rendrait presque sans intérêt les substances interdites. Des experts ont notamment souligné que le chamboulement et les incertitudes du calendrier empêchaient par exemple un potentiel fraudeur d’optimiser sa triche. L’AMA abonde sans entrer dans les détails: “De manière générale, les substances interdites agissent en conjonction avec un entraînement intensif approprié. De nombreux athlètes n’ont pas accès à des installations d’entraînement adéquates à l’heure actuelle et la prise de ces substances ne les aiderait pas beaucoup”.

Ceux qui seraient quand même tentés de plonger dans l’illégalité, en profitant des limites actuelles des système antidopage, doivent cependant savoir que l’AFLD prévoit des “programmes de contrôle pré-compétition” qui anéantiraient d’éventuels effets d’aubaine. L’AMA surveille de son côté toutes les “absences ou diminutions de contrôles sur les sportifs dans des zones à haut risque” pour que les organisations concernées “puissent adapter leurs programmes en conséquence” et que les “éventuels points faibles soient à nouveau renforcés”.

La Cycling Anti-Doping Foundation, qui gère le dispositif en la matière de l’Union cycliste internationale (UCI), fait savoir dans un communiqué que les tests pouvant être réalisés se concentrent “prioritairement” sur les coureurs enregistrés dans la liste de son “groupe cible”. Celui-ci, établi chaque année, regroupe notamment les membres des équipes professionnelles majeures et les participants des grandes courses de la saison. Mathieu Teoran confirme: “C’est clair que nos grands champions, qui ont des échéances prévisibles dans les mois qui viennent, vont être contrôlés, quand même bien même il n’y a pas de soupçons, de renseignements ou de problème de passeport biologique”. De quoi rassurer les honnêtes coureurs?

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