Coronavirus : à l’arrêt, le football fait son introspection

Le stade Charlety, à Paris, vide, en 2020.

Le stade Charlety, à Paris, vide, en 2020. JB AUTISSIER / PANORAMIC

Que faire ? Peu de dirigeants du football ont pour écrivain fétiche Lénine (auteur, en 1901, de l’ouvrage au même titre interrogatif) ; pourtant, le ballon rond à l’arrêt et les caisses vides, les voilà eux aussi tourmentés par des questions brûlantes. On entend même monter çà et là une rumeur quasi bolchevique, sans qu’elle puisse bien sûr prétendre à la majorité. Le sport roi n’est pas rompu à l’introspection ; tout allait si facilement jusqu’alors.

Mais à Zurich – où Lénine la précéda –, la Fédération internationale de football (FIFA) n’est plus sûre de rien. « Notre monde comme notre sport seront différents après le retour à la normale », dit Gianni Infantino, son président, dans un étonnant oxymore. Prière, ajoute-t-il, de « contribuer de manière positive et mettre l’intérêt global au-dessus des intérêts individuels ». Certains ont dû se pincer : jusqu’à la crise, le Suisse poussait coûte que coûte un projet de championnat du monde des clubs qui surcharge davantage le calendrier et perturbe un équilibre des pouvoirs déjà fragile.

Le trésor de guerre de la FIFA

Concrètement, la FIFA se concentre pour l’heure sur le sauvetage de la pyramide grâce au trésor de guerre constitué au fil des années par son ancien président Sepp Blatter – près de 2,5 milliards d’euros de réserves en 2019.

Le versement des fonds sera anticipé ; les réformes de fond attendront, confie un membre du conseil de la fédération internationale : « Nous n’avons eu aucune discussion concernant l’après ou les pistes de réflexion sur un éventuel changement de modèle. » Un proche de l’institution, sceptique, enchérit : « La crise actuelle ne fait que mettre en lumière le vide et l’inutilité de la machine FIFA. Au-delà de la distribution des fonds, c’est “blablaland”. »

« Le président Ceferin est ouvert à toutes les propositions : plafond salarial, plus de régulation… Mais il faut mesurer d’abord l’impact de cette crise », confie un cadre de l’UEFA

La réflexion est plus avancée du côté de l’Union des associations européennes de football (UEFA), dont le président, Aleksander Ceferin, estimait, dès le 18 mars, que « l’heure [n’était] plus à l’égoïsme » et que « le football mondial [repartait] de zéro ».

Un haut dirigeant de l’UEFA livre cette analyse : « L’industrie du football était disproportionnée par rapport aux autres activités économiques. Le président Ceferin est ouvert à toutes les propositions : plafond salarial, plus de régulation… Mais il ne faut pas aller trop vite et mesurer d’abord l’impact de cette crise. Si on ne termine pas les coupes d’Europe, cela aura un impact important en termes de redistribution pour les clubs des grands championnats. Il y a une unité européenne dans ce travail de réflexion, c’est l’aspect positif de cette période. La FIFA, elle, la joue en solo, pour ses propres intérêts. »

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