Connors-Vilas 1981, la finale qui n’a jamais pris fin

Après Indian Wells et Miami, revivez tout au long de cette semaine des moments forts de l’histoire du tournoi de Monte-Carlo , qui aurait dû se tenir du 13 au 19 avril.

“En définitive, cette pluie aura démontré le décalage existant entre le sport lui-même et tout ce qui empêche le tennis d’aujourd’hui d’être un simple sport…” Près de 40 ans après, cette tirade du journaliste Hervé Duthu, en conclusion de son reportage au tournoi de Monte Carlo 1981 pour le Journal de 20h d’Antenne 2, fait plus que jamais écho à la triste actualité d’aujourd’hui. A l’époque, c’était moins grave, bien sûr. Mais s’il y a bien un point commun entre les éditions 1981 et 2020 du tournoi monégasque, c’est qu’elles resteront à jamais vierges de tout vainqueur. On avait eu, très vite, quelques signaux nous indiquant que cette édition 1981 ne serait pas tout à fait comme les autres, avec l’élimination dès le 1er tour de Bjorn Borg, l’ogre absolu de la terre, quelque peu diminué physiquement et mentalement cette semaine-là et sorti d’entrée par Victor Pecci (6-0, 4-6, 7-5). Voilà qui offrait à Jimmy Connors, tête de série n°2, de belles raisons de croire en son premier titre sur terre battue européenne.

Il est vrai que l’Américain n’aura jamais mis autant d’énergie dans cette quête qu’il en mettait pour enflammer le public de l’US Open, invectiver les arbitres ou faire le pitre avec les spectateurs du premier rang. A titre d’exemple, il n’est venu que trois fois durant toute sa carrière à Monte Carlo : en 1980, 1981 et 1989. Mais 1981 aurait pu, vraiment, être son année. Cette semaine-là, “Jimbo”, sans forcément épater la galerie – pardon, la terrasse – du Monte Carlo Country Club, mais en se montrant particulièrement solide et concerné, réalise une vraie “trouée” dans le tableau : il ne perd pas un set et seulement 26 jeux au total de ses quatre premiers matches, infligeant notamment 6-3, 6-2 au jeune mais déjà redoutable Yannick Noah en quart de finale. De l’autre côté du tableau, Guillermo Vilas, s’il frôle la défaite en quart face au Tchécoslovaque Tomas Smid, n’est pas en reste. Au 1er tour, il colle un “double bagel” (6-0, 6-0 !) à Ilie Nastase avant d’expédier un autre ancien vainqueur de Roland-Garros, Adriano Pannatta (6-2, 6-2), en demi-finale. Propre !

Jimmy Connors - 1981

Jimmy Connors – 1981Imago

Les rallyes de Monte-Carlo

La finale entre Connors et Vilas promet donc des étincelles et s’annonce très ouverte. L’Argentin, N°5 mondial, est le spécialiste attitré de la terre battue mais Connors est mieux classé (n°3) que son rival, qu’il a du reste battu 4 fois sur 6. Alors… La finale s’annonce belle, donc, mais elle se fait désirer. Elle est en effet déprogrammée au lundi (20 avril), conséquence d’une fin de tournoi déjà très perturbée par la pluie. Mais le lundi de Pâques, tout le monde est bien là et, entre deux gouttes, le spectacle peut commencer. Pendant près d’une heure, il est franchement superbe. Les deux hommes sont au meilleur de leur forme et se livrent à un combat ardu, constellé d’échanges de chiffonniers dont certains dépassent les 50 coups de raquette. C’est qu’à la base, on n’a déjà pas affaire aux deux plus mauvais renvoyeurs du circuit. Mais là, sur cette terre battue rendue glaiseuse par l’humidité, marquer un point relève tout à la fois du jeu de patience et du casse-tête.

Les deux joueurs ne parviennent pas à se séparer. A 5-4, Vilas se montre toutefois menaçant lorsqu’il s’approche à deux points du set, à 0-30 sur le service de son adversaire. Mais Connors s’en sort, et égalise à 5-5 au terme d’un point qui est à la fois un chef d’œuvre et un ballet comique, interminable, joué sous une pluie qui devient diluvienne en cours de rallye. L’Américain, finalement, conclut d’un coup droit gagnant et se précipite en courant vers sa chaise. Tout le monde plie les voiles. La partie est interrompue et, vu les trombes d’eau qui s’abattent, elle ne pourra clairement plus reprendre ce jour.

Guillermo Vilas - 1981

Guillermo Vilas – 1981Imago

Connors n’en avait pas vraiment envie

Commencent alors de longues discussions en coulisses pour trouver une solution à ce marasme. La première solution proposée, la plus naturelle, est de décaler la suite du match au lendemain, mardi donc. Mais il faut pour cela l’accord des deux joueurs et aucun des deux ne le donne : Connors et Vilas ont d’autres engagements et ne peuvent se permettre de rester un jour de plus en Principauté. A vrai dire, les prévisions météo, qui restent désespérément défavorables pour les jours suivants, ne les motivent guère à infléchir leur position. La deuxième solution envisagée est d’annuler purement et simplement la finale, et donc de partager les points ATP et le prize-money entre les deux hommes. Mais là encore, les intéressés ne le souhaitent guère. En troisième recours, proposition est donc faite de reporter le match à une date plus lointaine, au mois de juin, après Roland-Garros. Celle-ci fait consensus, sur le moment.

Finalement, les bonnes volontés s’envoleront avec le temps et la réalité des choses. Après Roland-Garros, Connors a plus envie de filer sur herbe que de s’infuser du “rab” sur cette terre battue qu’il ne goûte guère, et sur laquelle il ne jouera plus jamais la moindre finale. Le temps fera son œuvre et les organisateurs laisseront finalement à jamais vierge cette ligne du palmarès. Mais ils retiendront la leçon et assureront leurs arrières. Ainsi en 1993, dans un contexte météo similaire, la finale entre Sergi Bruguera et Cédric Pioline a pu se jouer… en salle. Evidemment, c’est moins romantique que la vue imprenable sur la mer. Mais peut-être que si cette salle avait existé plus tôt, Jimmy Connors, qui sait, serait à 110 aujourd’hui…

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