Commerce, marketing, viticulture… Un confinement studieux pour les rugbymen

“Si je devais trouver un point positif à ce confinement, ce serait sur la partie scolaire”.  Matthis Lebel, arrière du Stade Toulousain, mène un double projet : rugbyman professionnel et des études pour l’obtention d’un BTS Management des Unités Commerciales. Double champion du monde U20 et titulaire d’un bac S, le Toulousain est pleinement concentré sur ses études et moins torturé par le rugby: “Déjà, il y a des maux de têtes en moins : savoir si on va jouer le week-end, si on va gagner, comment on va aborder l’adversaire…. Ça enlève une petite pression, celle d’être concentré toute la semaine sur l’aspect rugby. Là, on pense aux cours.” Et il y passe beaucoup plus de temps que d’ordinaire. Deux à trois heures par jour, un changement radical qui simplifie aussi son quotidien : “En participant à tous les entraînements du groupe professionnel, il fallait que je me cale un cours ou deux par semaine, surtout les matières que je devais valider. Je voyais donc avec les professeurs mes moments de libre pour ne pas que ça empiète pas les moments de rugby ou mes plages de repos, histoire de ne pas exploser non plus physiquement ou mentalement.”

Et ils sont nombreux dans ce cas-là à s’être replongé dans les livres scolaires. Début avril, Guilhem Guirado vient de valider quatre matières de son bachelor spécialité marketing. Et comme Lebel, tout cela est fait à distance. L’ancien Toulonnais est scolarisé à l’Edhec de Nice. Et avant le confinement, ce n’était pas forcément gagné cette réussite scolaire : “Pendant la Coupe du monde, j’avais délaissé les études pour me concentrer sur l’aspect sport. Malheureusement, grâce à ce confinement j’ai pu rattraper le temps perdu et me mettre à l’ordre du jour. J’avais un DUT (en gestion logistique et transport) donc un bac+2. Je vais essayer d’avoir un bac +4. Il faut essayer de tirer des enseignements et voir le verre à moitié plein dans cette situation désastreuse.”

Lamerat, année deux mille vin

Les verres, Rémi Lamerat connait. Le trois quart-centre bordelais a un peu d’avance. Son diplôme BTSA en viticulture est déjà validé depuis six mois. Sa reconversion est déjà préparée. Ça sera dans le vin, sa deuxième passion. Et lui aussi veut voir le positif dans cette période sans rugby : “Le bon de ce confinement, c’est que je consacre du temps à ce que je peux moins faire habituellement. Ça s’est naturellement réorienté vers le vin. J’ai quasiment transféré tout mon engagement que je mets habituellement dans le rugby dans le vin pour ne pas subir le temps qu’il me reste de mes journées. Ça me prend une grosse dizaines d’heures par semaine.”

Le centre de Bordeaux s’est aussi plongé dans les livres pour renforcer sa culture viticole ou parfaire ses connaissances en permaculture et en biodynamie. Mais lui est déjà dans l’après carrière de manière concrète : “Je travaille beaucoup en ce moment à mon projet d’installation personnel après le rugby. Je bosse avec un négociant, la maison Bertrand Ravache à Saint-Emilion qui m’a donné l’occasion de participer à l’élaboration d’une de ces cuvées qu’on a co-signé ensemble. Je commence aussi à regarder ce que coûte une exploitation viticole pour m’installer dans l’avenir et avec ce confinement et le temps que j’ai, ma recherche s’est bien affinée.” Peut-être en Auvergne où l’international a joué pendant trois saisons et où il vient de réaliser ses premières plantations en vue de sa première cuvée d’ici quatre ou cinq ans.

Xavier Garbajosa ne travaille pas sur une reconversion mais il a lui aussi a ouvert les livres. Pas pour valider des acquis mais pour acquérir des nouvelles compétences managériales notamment : “Autant les 15 premiers jours, c’était plutôt bizarre. J’étais un peu sur une autre planète, à écouter, à chercher les infos, à ne pas trop comprendre. Franchement, j’ai eu l’impression que c’était un vrai break, une période de vacances. J’ai posé les affaires, j’ai soufflé, j’ai pensé à autres choses, j’ai décompressé. Puis le naturel est revenu au galop, j’ai ouvert les bouquins, l’ordinateur, j’ai commencé à me pencher sur la suite”.

Arrivé en juillet dernier, le nouveau manager de Montpellier n’avait pas eu forcément la possibilité de mettre en place tout ce qu’il souhaitait. La tête dans le guidon, il a pu prendre du recul pendant cette période : “J’ai travaillé sur l’intersaison, la fin de saison, les différents scénarios de reprise, le recrutement au centre de formation avec le nouveau directeur, la structuration du club etc. Plein de choses que l’on n’a pas le temps de faire quand la saison bat son plein mais qui est plutôt intéressante.” L’ancien entraîneur de La Rochelle a aussi profité de cette période pour faire une sorte d’introspection. Manager en chef, pour la première fois de sa carrière, il a pris le temps d’analyser les deux-tiers de la saison : “Ce que je pourrais faire de mieux personnellement, comment je me suis comporté, ce que je regrette ou pas, sur quoi il faut continuer d’avancer, ne pas lâcher et les choses que l’on peut, peut-être négocier. Une remise en question personnelle.”

Mais que ce soit pour Lebel, Guirado, Lamerat ou tant d’autres, cette double activité permet de combler les journées : “On nous a enlevé le rugby, il nous manque quelque chose on le ressent, confie Matthis Lebel. C’est bien d’avoir ce double projet auquel se rattacher. Moi je sais que j’ai encore envie de continuer dans les études, continuer à faire des formations, dans les assurances ou l’immobilier”. Avant, on lui souhaitera à lui et aux autres de vivre pleinement les belles années de rugby qu’ils ont encore devant eux. Dès qu’ils pourront refouler les terrains de Top 14.

Lire la suite sur RMC Sport