Clermont: baisse des salaires, calendrier… De Cromières fait le point

Que vous inspire à titre personnel la pandémie et ses conséquences pour la planète et ses habitants?

Ça m’inspire que notre humanité est bien vulnérable face aux choses de la nature que ce soit un virus, que ça puisse être, je me souviens encore de triste mémoire du tsunami de l’océan indien qui avait plus de 250.000 morts. Je pense aux différentes tempêtes qui ont ravagé les Antilles… Je crois que ce que ça m’inspire c’est que l’homme a tendance à croire qu’il est plus fort que tout, plus fort que tous les éléments et qu’en fait il suffit de pas grand-chose pour qu’il soit totalement déboussolé. Voilà ce que ça m’inspire. Donc de l’humilité, de l’humilité humaine, je crois que ça nous manque beaucoup, il y a trop d’orgueil sur cette planète.

Justement, pensez-vous que cela aurait une école d’humilité pour les dirigeants du sport en général et du rugby en particulier?

J’espère que c’est une leçon d’humilité pour tout le monde, surtout. Il n’y a pas que les dirigeants, c’est valable pour tous les citoyens, il n’y a pas que le monde sportif, ça doit être vrai pour tous les entrepreneurs et ça doit être encore plus vrai pour le monde politique. L’homme, l’humanité, c’est quelque chose d’extrêmement puissant, on le voit dans les manifestations, un amalgame de gens, la puissance que ça a même face aux policiers… Chaque homme en tant qu’individu doit penser qu’il est petit sans l’autre.

Quels sentiments vous inspirent la situation aujourd’hui du rugby mondial, français et de votre club l’ASM?

Le premier problème du rugby mondial, c’est un problème de calendrier, chacun tire à hue ou à dia la couverture vers lui-même pour défendre ses petits intérêts qu’ils soient nationaux à travers le Top 14, le Pro 14 ou le Premiership ou internationaux que ce soit le Tournoi des six nations, les plateformes de matchs internationaux avec l’hémisphère sud, tout cela dans la plus grande cacophonie, personne ne comprenant ou essayant de comprendre les efforts qu’il doit faire pour que l’harmonie se crée parce que c’est de cette harmonie que le sport rugby se grandira. World Rugby ne peut pas tout seul considérer qu’elle va faire seule le rugby parce qu’elle sera capable de programmer et gagner du fric – je parle vulgairement parce que je pense qu’il y a beaucoup de vulgarité derrière tout ça – en faisant plus de matchs internationaux et en ne considérant pas les autres que ce soit à leur niveau les fédérations européennes ou sudistes, ou les championnats nationaux.

Il faut que les gens comprennent que tout cela est un empilage: plus la base est large et solide c’est à dire le rugby amateur, plus le rugby mondial sera fort. Ce n’est pas par le haut qu’il faut prendre le sujet, c’est par le bas. C’est comme une pyramide, si le bas de la pyramide n’est pas bon, le haut est fragile. Je vais prendre le cas français, le Top 14 doit être beaucoup plus respecté qu’il ne l’est par les autorités supérieurs au Top 14, d’abord la Fédération Française de Rugby, ensuite les fédérations regroupées sous l’égide de World Rugby. De même le Top 14 doit encore plus, même s’il fait des efforts et j’en suis le témoin journalier, respecter le monde amateur et l’aider.

Le 15 juin, Paul Goze le président de la LNR assistera à la réunion de travail World Rugby sur le nouveau calendrier…

Oui… Je ne sais pas ce que Paul Goze pourra dire. Je pense qu’il ne pourra que s’opposer, non pas à l’idée générale, on peut toujours en discuter mais il faut un peu de temps. Paul a été prévenu vendredi dernier qu’il y avait de grandes manœuvres – il nous a réuni présidents de clubs du Top 14 dans la foulée – qui se mettaient en place au niveau de la fédération internationale pour harmoniser des calendriers etc… Tout cela c’est très bien. Mais le Top 14 ne peut pas y répondre en 15 jours, ce n’est pas possible.

C’est même incompréhensible comme manœuvre, pour moi c’est complètement absurde. Je ne cherche même pas à répondre ou à avoir une idée sur la question. La vraie question, c’est si on nous dit on vous donne un an, voici les grandes lignes, et bien on va travailler, on n’est fermé à rien. La manière dont ça a été présenté, je trouve ça d’une inconvenance, d’un mépris inconcevables vis-à-vis des clubs qui encore une fois font vivre que ce soit nous, les Anglais ou d’autres nations, c’est nous qui faisons vivre les joueurs concernés par les matchs internationaux, que je sache. Ce n’est ni la fédération française de rugby ni World Rugby qui dépense un centime pour que ces joueurs soient au niveau où ils sont.

Quand allez-vous disputer votre quart de finale de coupe d’Europe?

Je n’en sais rien du tout, je ne fais pas les calendriers, je les assume. On me dit le 19 septembre, bon… J’espère. Je ne sais pas très bien comment tout ceci va se boutiquer si l’on doit disputer les 29 matchs de la formule complète du Top 14 plus ces matchs de coupe d’Europe 2019/20 et derrière lancer la coupe d’Europe 2020/21 et puis derrière avoir les six ou sept matchs internationaux que programme World Rugby en octobre et novembre, je ne vois pas très bien comment tout cela va pouvoir se faire. Donc j’attends que la lumière nous soit répandue sur tous, on verra…

Comment se sont passées les négociations avec les joueurs et leurs représentants pour consentir des diminutions de salaires?

Sérieusement et de manière responsable ce qui m’a plu de la part de nos joueurs parce que ça a montré leur maturité. Quand on demande des efforts, il normal qu’on cherche à comprendre pourquoi. Donc nous avons passé beaucoup de temps à expliquer les comptes du club, les différentes sources de revenus, les différents leviers sur lesquels on pouvait agir pour s’assurer de la pérennité – il y aura pérennité je pense – et de surmonter les difficultés au moins de l’année prochaine ainsi que finir pas trop mal cette année. C’est le cumul des deux qui fait que le club est serein ou ne sera pas en difficulté. Cela leur a été expliqué, la très grande majorité, disons 90% et même plus ont été convaincu et on dit “bon on y va”, je voudrais d’abord les remercier et j’espère avoir d’autres occasions de le faire. Il l’ont fait dans leur intérêt parce que c’est leur sport qu’ils essayent de sauver. Et puis on en eu deux ou trois qui ont plus de mal que les autres pour comprendre. C’est normal, c’est comme dans toute société humaine, il y a toujours des gens un peu en difficulté.

Davit Zirakashvili, 15 ans passés au club, ne pourra pas avoir la sortie qu’il méritait, contraint à la retraite par les conséquences de la pandémie. Allez-vous organiser quelque chose de spécial en son honneur?

Dans mon projet j’avais deux fêtes alors peut-être qu’on n’en fera qu’une mais très, très grande fête. Il était prévu de recevoir tous les joueurs et entraîneurs qui avaient participé à la victoire de 2010 pour fêter les 10 ans de ce premier Bouclier de Brennus. On avait prévu la date de la réception de Toulouse le 31 mai, à deux jours près la date de la finale qui avait eu lieu un 29 mai. Recevoir un club comme Toulouse qui en plus était en finale contre nous l’an dernier, voilà c’était pour moi l’occasion de faire une belle fête du rugby. Le Covid_19 nous en a empêché mais c’est toujours présent dans mon esprit et y associer, parce qu’on n’aura peut-être pas tant que ça de matchs à la maison avec du public, “Dato” Zirakashvili ainsi que nick Abendanon s’il est encore présent parce que je crois qu’il ne va déménager tout de suite. Il y a peut-être une date ou deux où on pourra l’inviter ainsi que sa charmante famille, bien sûr Dato et ses cinq enfants parce qu’on ne fête pas les joueurs uniquement, c’est toute la famille avec les enfants. Les familles sont très importantes pour que les joueurs aient leur équilibre et leur plein potentiel qui n’est pas seulement physique mais énormément moral.

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