C’est déjà la reprise au Turkménistan, officiellement épargné par le coronavirus

Le Turkménistan avait pourtant suivi le mouvement jusqu’ici. Mi-mars, ce pays d’Asie centrale avait suspendu son championnat de première division qui oppose huit équipes. La fédération de football écoutait alors les recommandations du ministère turkmène de la Santé et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Mais un mois plus tard, malgré les inquiétudes d’observateurs extérieurs sur la réalité de la situation épidémique dans le pays, le ballon rond a fait son retour pour le bonheur des fans.

Près de 300 personnes réunies dans un stade prévu pour en accueillir 20 000 ont assisté dimanche au derby opposant deux clubs de la capitale Achkhabad : le FK Altyn Asyr, champion en titre, face au Köpetdag, leader du championnat. Après une morne première mi-temps, les deux formations se sont neutralisées sur le score de 1-1. Un match nul qui a quand même fait les affaires de Mourad, un inconditionnel du Köpetdag.

C’est un club de légende, successeur d’une équipe soviétique nommée en l’honneur d’une ferme collective“, a affirmé cet homme de 60 ans qui, comme d’autres supporters interviewés par l’AFP, n’a pas peur de la pandémie. “Le sport tue tous les virus !”, a poursuivi Mourad en plaisantant. “Et quand votre équipe favorite gagne, cela renforce votre immunité.”

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Au Bélarus et au Tadjikistan, ça joue aussi

Le Turkménistan fait partie des trois anciennes républiques soviétiques, avec le Bélarus et le Tadjikistan, qui ont maintenu leurs championnats professionnels. Avec des résultats en termes d’audience. Alors que l’intérêt pour le championnat bélarusse n’a jamais été aussi grand en Europe, le finale de la Super Coupe du Tadjikistan a, de son côté, attiré début avril des spectateurs en ligne des quatre coins du globe.

Le Bélarus, qui compte officiellement 4779 cas déclarés et 47 morts, a néanmoins été critiqué pour avoir maintenu la présence de spectateurs dans les tribunes. Au Tadjikistan, les matchs se tiennent à huis clos même si les autorités, comme au Turkménistan, affirment qu’il n’y a aucune contamination dans le pays.

Même après le match de dimanche, le FK Altyn Asyr, qui signifie “Age d’or”, reste favori pour remporter le championnat turkmène une nouvelle fois cette année, comme c’est le cas depuis 2014. Un autre fan de football local, Vepa, 20 ans, dit qu’il ne “rate jamais un match“. Son club à lui, le FK Ahal, représente la province éponyme entourant Achkhabad. C’est de là que viennent la famille du président Gourbangouly Berdymoukhammedov et une partie importante de l’élite turkmène.

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Le football instrumentalisé bien que peu populaire au Turkménistan

Le jeune homme ne pense pas que son équipe puisse gagner le championnat mais place de grands espoirs dans l’arrivée d’Elman Tagayev, un milieu de terrain de retour au pays après un passage en Ouzbékistan voisin. “Son jeu est dynamique et magnifique“, résume Vepa, qui a refusé de donner son nom de famille.

Même pendant la période soviétique, le Turkménistan n’était pas un bastion du football. Et ce sport ne fait toujours pas partie de ceux promus activement par le président Berdymoukhammedov, qui adore se mettre en scène comme un sportif accompli. Le 7 avril dernier, il était ainsi apparu sur les chaînes d’Etat montant à cheval et faisant du vélo pour la journée mondiale de la santé. Le même jour, des milliers de fonctionnaires participaient à de grands exercices de gymnastique publics à travers le pays.

Ces scènes avaient soulevé la question de la prise au sérieux de la pandémie par les autorités turkmènes, le président ayant pourtant appelé à renforcer les mesures de détection et de prévention du virus. Selon la propagande officielle, une chose est sûre, Gourbangouly Berdymoukhammedov reste le premier des défenseurs de la santé des Turkmènes. Dans un poème publié vendredi dans un journal d’Etat, la poétesse Gozel Shagulyyeva le décrit comme “une imprenable forteresse” et un “protecteur qui prend soin de notre santé“.

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