Cassons le mythe : Non, les Pistons n’auraient pas dominé la NBA avec Carmelo Anthony

Mai 2003. Je découvre pour la première fois Carmelo Anthony au travers d’un numéro du magazine Mondial Basket. Maillot orange de Syracuse sur le dos. Bandeau assorti. Nattes collées. Numéro quinze sur le dos. Le jeune passionné de basket que je suis est sous le charme du joueur présenté comme un futur crack et tout juste sacré champion universitaire. La NBA lui tend les bras. C’est décidé, il rejoint le clan de mes idoles, au même titre que Tim Duncan, Vince Carter ou Tracy McGrady. Puis vint la draft. Cleveland qui pioche LeBron James. Logique. Detroit en deuxième position. Darko Milicic… Quoi ? Oui. Darko Milicic. Les Pistons zappent Anthony pour sélectionner un intérieur serbe. Ce sera donc Denver pour Melo.

Un an après, en 2004, la franchise du Michigan savourait son titre après avoir vaincu les Lakers de Shaquille O’Neal et Kobe Bryant en finales (4-1). Mais Milicic n’a pas pesé, à l’inverse du rookie des Nuggets qui a mené son équipe en playoffs dès sa première saison chez les pros. Pendant quelques années, je me suis demandé ce que seraient devenus les Pistons s’ils avaient osé miser sur l’ailier américain. Avec, pour moi, toujours la même conclusion : plusieurs bagues pour Detroit et un regard complètement différent sur la carrière d’Anthony.

Alors qu’il s’approche de la retraite, l’ancien multiple All-Star prend maintenant le temps de se replonger dans son parcours. Et pour lui, ça ne fait aucun doute : son palmarès compterait deux ou trois titres de champion NBA s’il avait atterri à Detroit en 2003. Ce qu’il a lui-même affirmé lors d’un live Instagram avec son ami Dwyane Wade. Un discours que je défendais becs et ongles plus jeune. Mais j’ai grandi. Et aujourd’hui, impossible de soutenir le même raisonnement. Non, les Pistons n’auraient pas dominé la ligue avec Carmelo. Bien au contraire.

Carmelo Anthony, bonus individuel et malus collectif

Ben Wallace

Ben WallaceImago

Petit rappel du contexte de l’époque. Quelques semaines avant la draft, les troupes de Rick Carlisle, menées par Chauncey Billups, Rip Hamilton et Ben Wallace, se hissaient jusqu’en finales à l’Est avant de subir une défaite en quatre manches sèches contre les Nets de Jason Kidd. Une équipe solide, en constante progression, au sein d’une Conférence très faible au début des années 2000. Sans vraie armada de ce côté du pays – même si New Jersey était un peu au-dessus – il suffisait d’un ou deux ajustements pour que trois ou quatre franchises se retrouvent en position d’aller au bout. Ou au moins de défier l’un des ogres de l’Ouest, Los Angeles ou San Antonio par exemple. Mais cet atout en plus, pour Detroit, ce n’était pas Anthony.

Mais avant d’étayer mon point de vue, laissons plutôt la parole à un acteur bien mieux renseigné que moi et bien mieux placé pour s’exprimer. Ben Wallace. Trois fois All-Star et quatre fois lauréat du trophée de meilleur défenseur de l’année. Et surtout membre clé des Pistons sacrés en 2004. Il sait de quoi il parle. “Je pense honnêtement que nous n’aurions pas gagné le titre [avec Carmelo Anthony]”, déclarait l’ancien All-Star dans un podcast. “Melo voulait contribuer de suite. Ça aurait pu perturber l’alchimie de l’équipe. Darko est venu et il a dit qu’il n’était pas prêt à jouer de suite. Il a accepté son rôle et ça nous a permis de grandir, de progresser et finalement de gagner un titre. Si nous avions drafté Melo, Tayshaun [Prince] ne serait pas devenu le joueur qu’il est devenu.

Là, il touche un point sensible. Commençons par l’alchimie. Il est clair que Carmelo Anthony est arrivé en NBA avec l’intention de s’affirmer de suite comme une star de la ligue. Cette attitude, elle aurait posé des problèmes avec Larry Brown, le coach fraîchement nommé par les Pistons. Un entraîneur rigoureux, défensif et réputé pour ne pas donner de temps de jeu à ses rookies. Le potentiel de clash est élevé. Et ça peut faire effectivement dérailler un groupe qui se reposait d’abord sur son collectif en l’absence de grandes individualités. Hamilton et Billups étaient tous les deux des joueurs capables de marquer 20 points par match mais ils ne boxaient pas dans la même catégorie que Kobe Bryant ou Allen Iverson.

Pas de Rasheed Wallace, pas de titre

Pistons 2004

Pistons 2004From Official Website

Melo apporterait sans doute des points, mais au détriment d’autres aspects essentiels du jeu. Et toutes les autres tâches, c’était justement le rôle de Tayshaun Prince. Le ciment de ce groupe. L’ailier titulaire dans la quête du titre en 2004. Avec plusieurs actions cruciales lors des playoffs. Prince est moins talentueux qu’Anthony intrinsèquement. Bien moins talentueux même. Mais il était très important pour Detroit. Il pouvait marquer quelques paniers – notamment à trois-points – sans pour autant monopoliser la balle et perturber la fluidité du jeu. C’était aussi le stoppeur attitré de l’équipe. Il se donnait aux rebonds. Il faisait tous les efforts qui, une fois accumulés, font gagner des matches. Son développement aurait effectivement été complètement différent s’il s’était retrouvé barré par un jeune prodige dans la rotation. Peut-être même que les Pistons ne l’auraient pas conservé…

Il y a un autre point, le plus important selon moi. Quand les passionnés de basket se replongent sur ce scénario imaginaire, ils aiment fantasmer autour d’une équipe avec donc Anthony, Billups, Hamilton, Ben Wallace et… Rasheed Wallace. Un sacré cinq majeur. Sauf que c’est un petit oubli historique. Le ‘Sheed’ ne jouait pas pour Detroit en 2003. Il est arrivé en cours de saison. Et c’est un détail qui change tout. Parce que je pense que les Pistons n’auraient jamais fait venir Wallace si Anthony était déjà sur place !

Sans être bien placés dans la course au titre, les dirigeants ne se seraient peut-être pas mis en position de faire ce transfert. L’attaque serait principalement axée sur Anthony. Et sans Rasheed Wallace, pas de titre. Une équipe avec Billups et Hamilton associés à Anthony et Ben Wallace aurait sans doute squatté le haut du tableau de la Conférence Est pendant des années. Mais sans passer le cap je pense. Un peu comme les Denver Nuggets l’ont été à l’Ouest finalement. Avec, certes, moins de concurrence. Peut-être une ou deux finales disputées. Pas nécessairement un titre. Après, c’est un point de vue. D’autres pourront argumenter en pensant le contraire. C’est toute la magie avec ces scénarios imaginaires que nous procurent le sport et particulièrement la NBA.

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