Bundesliga: comment Marcus Thuram s’est fait un prénom

9 janvier 2019 au Parc des Princes, quart de finale de la Coupe de la Ligue PSG-Guingamp. Après avoir manqué un premier penalty face à Alphonse Areola, Marcus Thuram a le ballon de l’exploit au bout du pied. Il a laissé son partenaire Ngbakoto de tirer le deuxième penalty de cette seconde période complètement folle. Cette fois, la pression est à nouveau sur ses épaules. Avant de tirer (et de marquer), Neymar s’approche de lui. “Il m’a dit qu’il fallait que je tire, que j’étais un bon joueur mais que pour devenir un très grand il fallait de la personnalité”, raconte Marcus Thuram en zone mixte

Un joueur déjà engagé

Un an et demi plus tard, si le talent est toujours là, la personnalité du fils aîné de Lilian Thuram s’est affirmée. Dimanche, alors que tous les regards étaient encore braqués sur la Bundesliga, premier grand championnat à avoir repris ses droits, l’attaquant du Borussia Mönchengladbach a célébré le premier de ses deux buts en posant un genou à terre. Un geste en hommage à George Floyd qui a fait le tour du monde. Et la fierté de son entraîneur. “Marcus a tout résumé, appuie Marco Rose. C’était un message contre le racisme que nous soutenons tous. Je pense que tout le monde a la même pensée que lui.” 

A seulement 22 ans, Marcus Thuram montre déjà l’exemple. “Il a reçu une éducation avec des valeurs, rappelle à RMC Sport Jocelyn Gourvennec, son coach à Guingamp. Lilian a des convictions, des valeurs et il les affiche. Il ne s’est jamais caché. Marcus et son frère (Képhren, milieu de l’OGC Nice) ont grandi là-dedans. Il a voulu faire passer un message, sans arrière-pensée. Il l’a fait et je trouve ça très bien.”

L'hommage de Marcus Thuram à George Floyd

Une ascension régulière

L’attaquant semble plutôt bien supporter le poids d’un héritage qui pourrait lourd à porter. La réussite, l’engagement, le combat contre les discriminations… L’attaquant s’appelle Marcus en hommage à Marcus Garvey, un militant jamaïcain du début du XXe siècle, inspirateur du Panafricansime, un mouvement visant à unir les Africains et les descendants d’Africains hors d’Afrique. Quant au papa, on rappellera simplement aux plus jeunes que le champion du monde 98 est aujourd’hui encore le recordman des joueurs les plus capés en équipe de France (142 sélections). “Le fait d’être attaquant lui a permis d’éviter des comparaisons avec son papa”, estime Gourvennec.

Marcus Thuram grandit doucement mais sûrement. Du Barça où, enfant, il a eu sa première licence pendant que papa terminait sa carrière, à Gladbach en passant par Neuilly, l’AS Boulogne-Billancourt, le centre de formation et les débuts en Ligue 2 à Sochaux et la Ligue 1 à Guingamp, l’ascension n’est pas vertigineuse mais elle est régulière. Pour sa première année avec l’EAG, il claque 11 buts. Il en plante dix de plus la saison passée (21). “J’étais curieux de voir quelle orientation il allait donner à sa carrière, affirme Jocelyn Gourvennec. Avec le Borussia Mönchengladbach, il a fait un excellent choix. C’est un club très stable, très bien organisé autour de Max Eberl, le directeur sportif. Il a su s’imposer.”

Gourvennec: “C’est un garçon très intelligent”

Avec son compère d’attaque Alassane Pléa, celui qui idolâtrait Ronaldo le Brésilien, réalise une première saison plus que prometteuse en Bundesliga (10 buts en 29 matchs). En course pour une place en Ligue des champions, il est à la fois ambitieux et lucide. Si ses qualités de puissance et de vitesse sont indiscutables, il sait aussi être à l’écoute pour progresser. “J’ai vraiment été impressionné par sa capacité à intégrer les consignes, avoue Gourvennec. C’est quelqu’un de très jovial, toujours de bon humeur. Il aime le foot. Il travaille très bien. Sous ses allures de gamin qui ne pense qu’à jouer, il a vraiment une réflexion. C’est un garçon très intelligent.”

Avec le technicien breton ou Antoine Kombouaré, les nombreux échanges avec Lilian Thuram ont aussi servi Marcus, parfois un peu trop relâché. Un jour, le Kanak le prend entre quatre yeux. Il le met en garde contre une certaine nonchalance et évoque la menace d’un retour à l’échelon inférieur. “On était d’accord sur le fait que Marcus a encore besoin d’étapes, de travailler avant d’aller sur un grand club”, abonde Jocelyn Gourvennec. Mais l’attaquant apprend vite. Cet été, fort de ses excellentes statistiques en Bundesliga et de sa marge de progression, il sera encore la cible de clubs plus huppés, bien décidés à faire plier le club allemand qui a lâché un peu plus de 10 millions d’euros pour le recruter à Guingamp. La presse allemande a évoqué le nom de Liverpool. Rien que ça…

Et après, les Bleus?

Mais il n’y a pas que les grands clubs qui vont suivre avec intérêt les performances de Marcus Thuram. Didier Deschamps a déjà reconnu qu’il suivait celui qu’il a vu grandir aux côtés de son papa. Ce ne sont pas les dernières sorties de l’attaquant qui devraient lui faire changer d’avis. Rejoindre l’équipe de France, Marcus Thuram y pense. “Il en a les capacités et le talent, estime Jocelyn Gourvennec. Il y a une forte concurrence dans le secteur offensif. Il faudra qu’il se fasse une place.” Une mission dans ses cordes pour marcher un peu plus sur les traces de son père.

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