Aucune course mais déjà détesté : Mazepin, le sulfureux rookie qui met la F1 dans l’embarras

Il fait partie des petits nouveaux, son nom n’est pas Schumacher mais tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la F1 ont déjà entendu parlé de lui. Nikita Mazepin détonne : à 21 ans, et alors qu’il n’a jamais disputé un Grand Prix parmi l’élite, le Russe a atteint un niveau d’impopularité qu’aucun autre membre de la discipline n’avait connu avant lui.

En décembre dernier, il se filmait à l’avant d’une voiture de luxe, se tournant vers une femme présente à l’arrière pour lui toucher la poitrine, vraisemblablement sans son consentement. La vidéo, qu’il a lui-même diffusée sur les réseaux sociaux, a rapidement fait scandale. À peine une semaine plus tôt, Haas avait officialisé sa promotion en Formule 1.

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Face à la polémique, l’écurie américaine publiait un communiqué pour indiquer qu’elle ne “cautionn[ait] pas le comportement de Nikita Mazepin.” “Le simple fait qu’une telle vidéo ait été publiée en ligne est tout bonnement détestable“, ajoutait-elle. Le pilote, lui, s’excusait pour son “comportement récent car ces gestes sont déplacés“. Il se désolait “d’avoir mis l’écurie Haas dans l’embarras“. Il s’abstenait, en revanche, de demander publiquement pardon à la jeune femme qu’il avait offensée.

Mazepin père, proche de Vladimir Poutine

Celle-ci finissait elle aussi par s’exprimer sur Instagram, assurant que “rien n’était sérieux dans cette vidéo” et qu’il s’agissait “d’une manière idiote de plaisanter entre [eux]”. “Nikita est vraiment une bonne personne et il ne ferait jamais rien pour me blesser ou m’humilier“, précisait-elle. Plusieurs internautes relevaient pourtant qu’avant que le pilote et la jeune femme ne se “suivaient” pas sur les réseaux sociaux, avant que le scandale éclate. Avait-elle subi des pressions ? L’hypothèse est restée en suspens.

Celle d’un licenciement express du jeune Russe a été dissipée en une quinzaine de jours. Juste avant Noël, Haas diffusait un nouveau communiqué au sujet de cette affaire : “Ce dossier a maintenant été traité en interne. Aucun autre commentaire ne sera fait.” L’écurie n’avait de toute façon pas besoin d’en dire plus. Ces derniers mois, elle avait tenté, de manière plus ou moins maladroite, de lever le tabou des pilotes payants en Formule 1.

A gauche, Nikita Mazepin et son père, Dmitry. A droite, Vladimir Poutine – Photo prise le 30 septembre 2018, à Sotchi

Crédit: Getty Images

Günther Steiner, le directeur de l’écurie, y était allé au culot : Stroll mais aussi Russell ou même Lauda, tous ont bénéficié d’un important soutien financier pour atteindre l’élite du sport automobile, rappelait-il. À ceci près que Nikita Mazepin n’est pas qu’un simple pilote payant. Il est aussi fils d’un milliardaire, certes, mais pas n’importe lequel : Dmitry Mazepin, oligarque russe et proche de Vladimir Poutine.

Mazepin, plus de casseroles que de podiums

Mazepin père finance la carrière de son fils grâce au sponsoring de deux des entreprises qu’il dirige : Uralchem, un fabricant d’engrais minéraux et Uralkali, spécialisée dans la vente de minerais. Grâce à ses millions, le jeune Nikita a pu participer à tous les championnats de son choix. Grimper les échelons. Et obtenir, de justesse, sa superlicence, indispensable pour s’installer dans le microcosme de la F1. Voilà comment le Russe, jamais titré dans les formules de promotion, a pu se faire une place sur la grille réunissant les meilleurs pilotes du monde.

Jusqu’ici, Mazepin a cumulé plus de casseroles que de podiums. En 2016, lors d’une épreuve du championnat d’Europe de F3, il avait fichu son poing dans le visage de Callum Ilott, aujourd’hui couvé par Ferrari. Pénalisé à de nombreuses reprises pour des comportements dangereux en piste, il s’est aussi souvent fait remarquer sur les réseaux sociaux. Pour de mauvaises raisons.

Nikita Mazepin (Hitech) après sa victoire au Grand Prix de Toscane de F2, le 12 septembre 2020

Crédit: Getty Images

En “likant” un commentaire à caractère raciste visant Yuki Tsunoda, l’un des pilotes qu’il a parfois poussé dans les bacs à graviers des circuits. Ou en s’invitant sur un direct de George Russell pour révéler disposer “d’un secret à [s]on sujet que certains appellent un coming out.” Voilà pour le CV.

#MazepinOut

Ce passif aurait embarrassé n’importe quelle écurie mais Haas, au bord du gouffre financier depuis plusieurs mois, n’avait pas vraiment le choix. Même si ses dirigeants tentent de faire illusion. “Si une chose similaire se reproduit, il y aura des conséquences, a écrit Günther Steiner dans un billet publié sur le site The-Race.com. Nous avons mis en place des mesures qui l’aideront à s’améliorer et à faire en sorte qu’ils ne refassent plus les mêmes erreurs.” Est-ce la raison pour laquelle le compte de Mazepin a été vidé de tous ses tweets ? Et s’il récidivait, que se passerait-il ?

L’appui des entreprises du milliardaire russe, qui permettrait à l’écurie de récolter 15 à 20 millions d’euros supplémentaires par saison, est vital. Dans la conjoncture actuelle, Haas ne pourrait tout simplement pas survivre durablement sans cet apport. Même si certains sponsors associés à Haas en NASCAR n’apprécieraient pas vraiment que l’image de la structure américaine soit ternie par certains comportements du pilote russe. Preuve que l’épineux cas Mazepin dépasse le simple cadre de la relation entre une écurie et son pilote.

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La FIA, comme les promoteurs de la discipline, ont grincé des dents. Ces derniers mois, la F1 s’est particulièrement engagée dans la lutte contre toutes les formes de discrimination, dans le sillage de sa superstar Lewis Hamilton et de Mercedes et sous un slogan, “We Race As One” – traduisez “en course, nous ne faisons qu’un“.

Sur les réseaux sociaux, des milliers de suiveurs ont souligné l’hypocrisie des patrons de la discipline et fait fleurir les hashtags #MazepinOut et #WeDontWantMazepin (“Nous ne voulons pas de Mazepin“, NDLR). Une pétition a même été lancée et recueilli près de 50.000 signatures. Mais à l’échelle de la F1, c’est un épiphénomène qui ne devrait pas faire trembler le fils de l’un des hommes les plus puissants de Russie.

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Crédit: Getty Images

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