« A huis clos, ça ressemble plus à un entraînement qu’à un événement sportif »

Le Colombien Dayer Quintana roule devant le maigre public sur les routes de Saint-Amand-Montrond, le 11 mars 2020

Le Colombien Dayer Quintana roule devant le maigre public sur les routes de Saint-Amand-Montrond, le 11 mars 2020 ALAIN JOCARD / AFP

Le huis clos est un concept bancal, surtout en cyclisme. Ville départ et arrivée de la 4e étape de Paris-Nice (un contre-la-montre de 15 km), mercredi 11 mars, Saint-Amand-Montrond (Cher) n’a ainsi pas été vidée de sa population pour éviter tout contact avec les coureurs en raison des risques du COVID-19. « Mais les gens sont juste à quelques mètres des cars derrière les barrières. A la différence des sports collectifs, c’est impossible de faire un vrai huis clos », remarque Julien Jurdie, directeur sportif d’AG2R-La Mondiale.

Impossible peut-être, mais Armaury Sport Organisation (ASO) interdit la présence de spectateurs dans les 300 derniers mètres des étapes. Au départ ce mercredi, les invités peuvent pourtant prendre place dans leur espace dédié à une cinquantaine de mètres des coureurs sur la rampe de lancement. Le speaker, lui, n’a que le palmarès des cyclistes à dérouler pour meubler et s’en excuse : « Nous ne pouvons tendre notre micro aux coureurs pour des raisons sanitaires ». Mais à « circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Et le public le comprend bien vous savez », assure le directeur cyclisme d’ASO, Christian Prudhomme, interrogé par Le Parisien.

« Normalement, Julian vient toujours claquer la bise »

Dans la ville de Julian Alaphilippe, le message passe peut-être mais il est vécu avec un mélange de déception et d’incompréhension. Bloqués à deux rangées de barrières métalliques de leur champion, ils sont une vingtaine à tenter de l’apercevoir en pleine récupération sur son home-trainer. « Normalement, Julian vient toujours claquer la bise et discuter un peu. Je ne vois pas pourquoi on nous interdit d’approcher des coureurs, c’est nul », soupire Dominique, un ami de la famille Alaphilippe.

La ligne d’arrivée à Saint-Amand-Montrond de la 4e étape de Paris-Nice, le 11 mars 2020.

La ligne d’arrivée à Saint-Amand-Montrond de la 4e étape de Paris-Nice, le 11 mars 2020.

Le rythme cardiaque une fois redescendu et la nuée de photographe évacuée, le Français sourit et lance la discussion – à distance – avec ses supporteurs. Sa relative contre-performance du jour (25e) est vite évacuée et son naturel reprend le dessus. « Hé la Catoche ! Désolé, je peux pas venir t’embrasser », lance-t-il à une connaissance. Interrogé sur ce drôle de contexte, le coureur de la Deceuninck préfère voir le verre à moitié plein. « C’est déjà bien qu’on puisse courir. Pour moi, ça reste une journée spéciale, ça m’a fait chaud au cœur d’être encouragé par mes supporteurs. »

Mais jusqu’à quand ? Milan-San Remo a été annulé, le Tour de Catalogne aussi et les classiques du printemps en prennent aussi le chemin. « Je ne peux pas imaginer le Tour des Flandres ou Paris-Roubaix sans public, dit Alain Delœil, directeur sportif de l’équipe Cofidis. Le public fait partie intégrante des courses cyclistes. Depuis le départ, je n’ai pas l’impression d’être vraiment sur Paris-Nice. » Christian Prudhomme a lui réaffirmé que la « course au soleil » irait bien à Nice dimanche. En silence et derrière des barrières.

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