Tournoi des six nations : Wayne Pivac veut « préserver l’héritage » gallois

Nouvel entraîneur des Gallois, Wayne Pivac entend prolonger l’oeuvre de son prédécesseur, Warren Gatland.

Nouvel entraîneur des Gallois, Wayne Pivac entend prolonger l’oeuvre de son prédécesseur, Warren Gatland. Rui Vieira / AP

« Si ce n’est pas cassé, n’essaie pas de le réparer. » Cette maxime, Wayne Pivac l’a érigée en mot d’ordre au moment de prendre en charge, après la Coupe du monde au Japon, la destinée de l’équipe de rugby du Pays de Galles, qui affronte les Bleus samedi 22 février à Cardiff (17 h 45).

Le technicien néo-zélandais sait qu’il pose ses pas dans la large empreinte laissée par son compatriote et prédécesseur, Warren Gatland. Sous les ordres de ce dernier, le XV du Poireau s’est hissé à la première place mondiale, a remporté quatre Tournois des six nations entre 2007 et 2019, dont trois Grand chelems, mais échoué par deux fois à franchir le cap des quarts de finale en Coupe du monde.

« Je passe après quelqu’un d’extrêmement bien vu, non seulement par le public gallois, mais par les joueurs qui ont évolué sous ses ordres, constate le technicien. A moi de faire de mon mieux pour préserver l’héritage. » Tout en apportant sa touche au jeu gallois.

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Avant de faire du Millenium stadium de Cardiff son terrain de jeu, Wayne Pivac a vu du pays : de Suva, la capitale des Fidji dont il a entraîné la sélection, à sa Nouvelle-Zélande natale, en passant par Llanelli, aux commandes de l’équipe galloise locale des Scarlets.

Quatrième sélectionneur kiwi du Pays de Galles (après Gatland, Graham Henry et Steve Hansen), il ne s’estime pas étranger à sa nouvelle patrie, où il s’est établi depuis cinq ans. « Je me vois comme un coach gallois. C’est un grand avantage, ici, de connaître le rugby local, et je ne m’y serais pas aventuré si je ne m’en sentais pas capable et passionné par ce défi. »

Large renouvellement sur les bancs des Six nations

Comme Fabien Galthié, qu’il affronte samedi, et comme les techniciens de l’Irlande (Andy Farrell) et de l’Italie (Franco Smith), Wayne Pivac a été promu après le Mondial. Cette rotation, si elle frappe par son ampleur, s’inscrit dans une logique : au rugby, les entraîneurs signent en général pour un quadriennat – ici pour préparer la Coupe du monde 2023 en France.

Quatre nouveaux sélectionneurs et autant d’envies de rebattre les cartes sur le Vieux continent. « Pour le moment, j’adore chaque instant passé avec cette équipe, savourait Wayne Pivac, jeudi dans le vaste hôtel servant de camp de base aux Gallois dans la campagne cardiffoise. Tout est parfait. Enfin, à l’exception de quelques moments du match en Irlande. » Battus par le XV du Trèfle (24-14), ses hommes ont été dominés et incapables de répondre pendant 80 minutes à l’agressivité des coéquipiers de Jonathan Sexton.

Pour Josh Adams, la défaite en terre d’Irlande a servi de piqûre de rappel aux Gallois. « Après une défaite, les grandes équipes doivent avoir une réaction, quel que soit l’adversaire, relate le jeune ailier gallois. Entraîneurs comme joueurs, on a regardé tous ensemble ce qu’on a fait de mal, et on s’est entraîné deux fois plus. »

A 24 ans, le prolifique marqueur d’essai des Cardiff Blues se réjouit d’élargir ses connaissances auprès d’un nouveau staff : « Je continue d’amasser des idées et j’ajoute de nouveaux aspects à mon jeu, c’est génial de se confronter au monde d’un nouvel entraîneur. »

Un « monde » qui compose avec la structure en place, le jeu gallois étant loin d’être cassé. S’appuyant toujours sur l’assise défensive érigée par Shaun Edwards – ancien adjoint de Gatland, devenu, depuis novembre, celui de Galthié et entraîneur de la défense française -, les hommes en rouge ont entamé les Six nations par une balade à domicile face à l’Italie (42-0).

« On va s’attacher à faire bouger la balle un peu plus en attaque, mais ça va prendre un peu de temps, prévenait Wayne Pivac avant le début du Tournoi. Ce n’est pas nouveau, il m’a fallu un peu de temps aux Scarlets pour changer la mentalité, affiner les compétences et faire en sorte que tout le monde comprenne son rôle. »

Des évolutions, pas de révolution

« Il sait s’entourer des meilleurs, et on le voit déjà avec le Pays de Galles, a souligné Xavier Rush, ancien capitaine de Wayne Pivac aux Auckland Blues, auprès de la BBC. Il s’est adjoint les meilleurs spécialistes possible à chaque poste et a intégré des icônes du pays dans son staff », comme Sam Warburton, ancien pilier de la ligne défensive galloise et désormais entraîneur de la défense. « Il n’est pas du genre à vouloir tout changer pour marquer son territoire, il va prendre le pouls de l’équipe avant d’opérer des changements. »

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S’ils ont accueilli Wayne Pivac avec bienveillance, les vétérans gallois ne veulent pas d’une révolution. « Certains joueurs vont essayer de rester dans l’ombre, en espérant qu’on ne vienne pas leur demander de tout changer dans leur jeu, avertissait le capitaine Alun Wyn Jones avant le tournoi. Mais nous avons la chance de faire partie d’un groupe qui aime les défis, et de participer à son évolution. »

Face à des Français, avec qui « la différence s’est faite sur des petits riens » lors des trois derniers matchs, selon le coach, les Gallois auront à cœur de montrer qu’ils restent les premiers prétendants à leur propre succession dans ce Tournoi des Six nations.

Au moment de tirer un trait sur son aventure galloise, après le match pour la 3e place du Mondial perdu contre les All Blacks, Warren Gatland s’était félicité d’avoir « redonné ses lettres de noblesse » au XV du Poireau. Il avait aussi milité pour la continuité, même avec un nouveau staff, « parce qu’après ce que nous avons réalisé, ça me fendrait le cœur si le pays de Galles retombait dans le marasme. »

Pour son troisième match officiel à la tête des Gallois, une semaine après avoir disputé et perdu le « plus gros test de [sa] carrière » à Dublin, Wayne Pivac reste attendu au tournant par tout un peuple ne jurant que par la balle ovale. « Tout ceci est un incroyable défi, mais je m’y suis plus que préparé. »

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