Riolo: “Peut-on souhaiter la reprise de la Ligue 1?”

Le débat autour de la reprise du foot post-crise sanitaire devient de plus en plus ubuesque. Qui pense quoi dans le foot français? Où est l’unité, la volonté de sortir tête haute de la crise? Chaque jour qui passe met à jour des intérêts personnels, des pensées divergentes. La démagogie, les bons sentiments, la moraline envahit le débat. Là où il faudrait être concret, efficace, on lit des tartines de lignes inutiles. De la soupe verbale pour un résumé simple: la santé avant tout. Merci messieurs. La guerre c’est pas bien, la paix c’est mieux aussi non ??
 

L’interview de Rudi Garcia est une nouvelle preuve de l’indigence de notre foot. Il est le leader d’un groupe WhatsApp des coaches de L1. Et le conseiller du groupe est le pire sélectionneur de l’histoire de notre foot. Mon Dieu, il ne manquait plus que ça. Mais on a fait quoi pour mériter ça?  

Donc, Rudi Garcia ne veut pas reprendre si c’est pour jouer tous les 3 jours et si la trêve est raccourcie. Mais après nous avoir servi son “romantisme sanitaire”, il termine en disant qu’il faut quand même reprendre. Bah merde alors? On va s’en sortir comment? Donc, on n’accepte pas des conditions extraordinaires pour répondre à une situation exceptionnelle mais on doit quand même reprendre. Il y a un autre groupe WhatsApp pour la traduction?

Et puis, ces gens pensent vraiment qu’il y a quelqu’un qui veut pousser à un retour sans un préalable sanitaire adéquat? 

Curieuse cette impression que derrière Rudi Garcia, il y a la pensée de l’OL depuis le début de la crise. Un hasard probablement.

Un point positif tout de même, Garcia évoque la date du 23 avril et la prise de parole de l’UEFA. On pourra peut-être à ce moment-là arrêter de brasser du vent afin de répondre réellement aux enjeux.

Derrière certains coaches, de plus en plus de joueurs affichent toute leur passion pour le foot en déclarant ne pas forcément vouloir reprendre. Curieux non? Dans tous les secteurs d’activités, on veut retrouver le travail, redonner un sens à sa vie, mais parmi les footeux non. Toucher son salaire, même réduit, et jouer avec son fils dans le jardin de la villa, c’est bien assez.

Je dois être bien naïf, mais j’aurais bien aimé un propos clair et simple de nos acteurs du foot. Des: “On est pressé de reprendre”… “Dès qu’on sera sûr que c’est sans danger, on veut vite retourner sur le terrain”. “Même si on n’aime pas jouer sans public, se rapprocher de lui, offrir un peu de plaisir malgré tout, on a très envie de le faire”. “On a parlé avec le staff médical, on sait qu’il faudra faire ça et ça et même si on est pas en top forme, on donnera le max”…

Non, il ne faut rien attendre de notre foot. Nous on pense négatif. Jouer tous les trois jours c’est pas bien. On va se blesser. Le verre vide, c’est notre passion.

Récemment dans l’After, Thibaud Leplat est venu nous parler de son remarquable papier évoquant les pistes d’un renouvellement post crise. Il nous a parlé de la terrible crise économique de 2008 qui a flingué l’éco espagnole et donc les clubs. La réaction par la réflexion, le jeu a non seulement sauvé le foot espagnol mais l’a aussi mené sur le toit du monde, en clubs et en sélection. Le jeu, c’est la passion. Thibaud indiquait que ça pouvait être une source d’inspiration. J’aime beaucoup mon confrère. C’est un intellectuel du foot. Mais il doit savoir que notre foot a arrêté de réfléchir depuis très longtemps. Il ne sait que compter et encore pas bien si on se fie à la gestion de nos clubs. 

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Le spectacle offert par nos acteurs du foot est donc chaque jour plus affligeant. Dirigeants, syndicats, joueurs. C’est désespérant. La LFP et son directeur général ont bien du mérite de vouloir relever cet ensemble fissuré de partout. J’aimerais que tout ce petit monde sorte du “sanitairement correct” dont parle le philosophe André Comte-Sponville. Personne ne veut prendre de risque et envoyer qui que ce soit face au danger. Il faut avancer. Etre responsable, c’est penser l’après et cesser de se lamenter ou de faire des caprices autour du calendrier ou  des conditions de jeu. Outre l’aspect sanitaire, cette crise revêt aussi un volet sociétal. Il serait bon d’être à la hauteur de ceux qui chaque jour se battent pour soigner les malades. Chacun son rôle. La médecine ne va pas résoudre tous nos problèmes et les footeux n’ont pas à jouer au docteur et à faire les assistants brancardiers. Le foot n’est qu’un jeu, qu’un sport c’est vrai. Mais il est important dans la vie de millions de gens. Pour ceux qui le font, le regardent, le rêvent, en vivent. Un peu de concret, de pragmatisme et moins d’idéologie de bazar. J’aimerais que quelqu’un s’exprime pour dire: on va tout faire pour que ça soit possible. Peut-on rêver que ça soit possible sans se sentir coupable d’être complice du virus? On attend le feu vert de ceux qui savent et on arrête de chouiner.  

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