« Renonçons à une reprise du championnat de football dans ces conditions »

Tribune. Le football nous manque. Privés de notre passion, nous rêvons le foot ! Les matchs se jouent désormais dans nos imaginaires… Cette crise inédite nous ôte donc aussi ces moments forts, qui d’ordinaire égayent notre quotidien, mais elle ne doit pas nous affaiblir. Elle doit nous permettre de rebattre les cartes pour mieux en ressortir grandis. Collectivement. Nous attendons tous de pouvoir revoir nos artistes sur les terrains. Alors qu’une sortie de confinement se dessine, la reprise des championnats professionnels occupe tous nos esprits et une question se pose : que devons-nous faire prévaloir ?

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Le football moderne, troisième vecteur de sociabilisation derrière la famille et l’école, est un écosystème complexe, unique, qui, pour nous faire rêver, cultive ses pépites : les joueurs. Hissés au rang de modèles, ils sont salués, adulés, imités comme aucun autre artiste. Les supporteurs, les clubs, les ligues, les fédérations, clés de voûte d’un sport au rôle sociétal incomparable, sont là pour eux et avec eux. Ce rôle revêt une importance encore plus grande dans la période difficile qui s’ouvre pour une grande majorité des Français. Aussi, il est plus que jamais nécessaire de protéger les joueurs pour qu’ils puissent pleinement remplir les trois missions qui sont les leurs : sportive, économique et – surtout – sociétale.

« Nous devons réfléchir à long terme sur les responsabilités qui nous incombent »

Cela semble tellement évident qu’on l’oublie le plus souvent : sans les footballeurs, il n’y a pas de football ! Nous devons donc prendre soin d’eux et les préserver contre les risques auxquels ils sont exposés. L’analyse médicale menée par l’UNFP [Union nationale des footballeurs professionnels] et la Fifpro [Fédération internationale des associations de footballeurs professionnels] alerte sur les risques physiques élevés en cas de matchs organisés tous les trois jours après une si longue période d’arrêt : fatigue accentuée et augmentation par six de l’incidence des blessures musculaires dès la fin du deuxième match, baisse de la performance ! Ces risques doivent-ils être pris ? La question mérite d’être posée, car c’est un enjeu véritable pour les joueurs, pour leur carrière, au-delà, pour l’ensemble de la filière et, surtout, pour le spectacle que le football pourra offrir. Sera-t-il en mesure de répondre aux attentes, d’autant plus en ces temps difficiles ? Nous devons y réfléchir collectivement.

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